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Plaider pour rester

Résident permanent reconnu coupable d’un crime grave, Jaskirat Singh Sidhu pourrait être extradé vers son pays d’origine une fois qu'il aura purgé sa peine.

 Jaskirat Singh Sidhu, vêtu d'un complet, dans l'habitacle d'une voiture, l'air songeur.

Le conducteur Jaskirat Singh Sidhu, qui a causé la mort de 13 personnes, attend de voir s'il pourra rester au Canada après la fin de sa peine de prison.

Photo : The Canadian Press / Ryan Remiorz

RCI

En 2019, Jaskirat Singh Sidhu a été condamné à 8 ans de prison pour avoir causé la mort de 16 personnes, et en avoir blessé 13 autres, lors de la collision entre son camion semi-remorque et l'autocar de l'équipe des Broncos de Humboldt, en Saskatchewan.

Aujourd'hui, il attend de savoir s'il sera extradé en Inde, son pays d’origine.

Je ne suis pas une mauvaise personne, je suis comme tout le monde.
Une citation de Jaskirat Singh Sidhu

Je veux juste avoir une chance de faire ma part pour la communauté, plaide Jaskirat Singh Sidhu, dans l'établissement de Bowden, un pénitencier fédéral à sécurité moyenne où il purge sa peine.

Les carcasses des véhicules.

Humboldt, à la croisée des autoroutes 35 et 335, le 7 avril 2018

Photo : La Presse canadienne / JONATHAN HAYWARD

Le 6 avril 2018, Jaskirat Singh Sidhu conduit son camion sur une route rurale du centre de la Saskatchewan. Distrait par une bâche dans un rétroviseur, il percute de plein fouet un autocar qui transporte l’équipe de hockey des Broncos de Humboldt.

Le chauffeur reconnaît sa culpabilité à 16 chefs d’accusation de conduite dangereuse ayant causé la mort, et à 13 chefs de conduite dangereuse ayant causé des lésions corporelles.

Sans même tenter d’obtenir un accord avec la Couronne pour réduire sa peine, il est condamné à 8 années de prison. C'est la plus longue peine jamais prononcée au Canada pour un cas de conduite dangereuse sans présence d’alcool, de drogue ou d’intention délibérée de nuire.

Une fois sa peine purgée, Jaskirat Singh Sidhu pourrait bien être extradé vers l'Inde.

Un conducteur inexpérimenté

Le jour du drame, Jaskirat Singh Sidhu n’en est qu'à son deuxième trajet longue distance sans accompagnement. Après deux semaines de formation, il se retrouve sur les routes rurales de la Saskatchewan au volant d'un poids lourd.

Il y circule à une vitesse estimée entre 86 et 96 kilomètres/heure et dépasse sans s'arrêter un panneau d'arrêt surdimensionné muni une lumière orange clignotante.

On voit l'intersection avec un panneau stop.

L'intersection où a eu lieu l'accident de l'équipe de hockey des Broncos de Humboldt.

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

Au même moment, l'autocar des Broncos se dirige vers l’intersection. Son conducteur, Glen Doerksen, a le droit de passage, mais n'arrive pas à s'arrêter à temps. Dans un choc brutal, l'autobus emboutit l'arrière du semi-remorque.

Je vois la dévastation que j’ai causée.
Une citation de Jaskirat Singh Sidhu

Seul chauffeur survivant, Jaskirat Singh Sidhu se rappelle encore la scène, horrifié. Je vois encore les corps morts, les jeunes qui pleurent. Je vois les premiers secours. Je me vois, debout là, seul dans le froid, raconte-t-il.

Le désir de rester au Canada, malgré tout

Résident permanent reconnu coupable d’un crime grave, Jaskirat Singh Sidhu pourrait être expulsé vers son pays d’origine une fois que sa peine aura été purgée.

L’avocat en droit de l’immigration qui le représente, Michael Greene, a soumis un dossier de plus de 400 pages à l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), afin de démontrer que son client devrait rester au pays.

Il a en apparence un bon dossier, il n'a pas d'antécédents criminels, il est extrêmement repentant. Il n'y a aucun signe qu'il risque de récidiver, affirme le juriste.

Il veut rester ici. Il veut se racheter et faire quelque chose de positif.
Une citation de Michael Greene, avocat de Jaskirat Singh Sidhu

La décision de l'agence pourrait être rendue sous peu. Jaskirat Singh Sidhu doit déposer ses derniers arguments d’ici la fin du mois de novembre.

L'épouse de Jaskirat Singh Sidhu, Tanvir Mann.

La femme de Jaskirat Singh Sidhu, Tanvir Mann, envisage de rejoindre son mari en Inde, si celui-ci est expulsé après sa sortie de prison.

Photo : Radio-Canada / Leah Hennel

Jaskirat Singh Sidhu s’est installé au Canada avec sa conjointe, Tanvir Mann, en 2014. Le couple s'est marié en Inde trois mois avant le drame.

Mon mari m'a dit qu'il avait fait une grave erreur, explique Tanvir Mann avec émotion. J'ai allumé mon ordinateur et [j'ai vu sur Internet] le désastre, Je n'arrivais pas à y croire.

Elle a par la suite témoigné en cour pour le sort de son mari. C'est un homme simple et généreux qui devrait avoir une chance de rester au Canada, il n'avait pas l'intention de faire du mal à qui que ce soit, a-t-elle dit.

Une famille le soutient

Les initiales d'Evan Thomas se retrouvent sur les casques portées par les Blazers de Saskatoon.

Les initiales d'Evan Thomas se retrouvent sur les casques portées par les Blazers de Saskatoon.

Photo : Radio-Canada / Chanss Lagaden

Bien que Scott Thomas ait perdu son fils, Evan, dans l’accident, il pardonne à Jaskirat Singh Sidhu.

Sa femme et lui l’ont rencontré au cours du procès en 2019, afin de lui dire qu’ils lui pardonnaient. Un geste difficile, mais Scott Thomas croit que son fils en aurait voulu ainsi. Nous sommes loin d'être guéris, dit-il cependant, les larmes aux yeux.

Néanmoins, l'empathie et la compassion vont loin, affirme-t-il. C'est pourquoi la famille d'Evan Thomas a écrit une lettre à Agence des services frontaliers du Canada, pour appuyer la demande de Jaskirat Singh Sidhu de rester au Canada.

Bien que le résultat de ses actions soit violent et criminel, il n'avait pas l'intention de faire du mal. C'était juste un accident. Nous pensons que l'expulsion n'est pas nécessaire, affirme le père endeuillé.

D'autres souhaitent l'extradition

Andrea Joseph (à gauche) et Shauna Nordstrom au parc Larose où leurs garçons jouaient au hockey.

Andrea Joseph (à gauche) et Shauna Nordstrom (à droite) au parc Larose, où leurs fils jouaient au hockey.

Photo : Radio-Canada / Curtis Comeau

Cependant, toutes les familles ne voient pas les choses du même œil.

Ce n'est même pas une discussion que nous devrions avoir en ce moment. Les choses devraient être claires et nettes en matière d'expulsion, estime Shauna Nordstrom, dont le fils, Logan Hunter, est mort dans la collision.

Shauna Nordstrom aimerait que Jaskirat Singh Sidhu réponde à ses questions. Pourquoi avez-vous brûlé cinq stops? Pourquoi avez-vous pris le volant, vous, un conducteur de camion sans expérience, sans penser à regarder autour de vous? Pourquoi regardiez-vous vers arrière et pas vers l'avant?

Nous voulons la justice et nous voulons que la vérité sorte au grand jour.
Une citation de Andrea Joseph, mère d’une des victimes

Le fils d’Andrea Joseph est également mort ce jour-là. Les gens pensent que le temps fait passer la douleur. Cela fait 3 ans et demi. Calculez, pleurer pendant 1200 jours d'affilée, c’est dur. Je ne le souhaite à personne, confie-t-elle.

Andrea Joseph refuse d'utiliser le mot accident pour décrire ce qui s'est passé ce jour-là. Elle affirme que le chauffeur du poids lourd a enfreint de nombreuses règles de l'industrie du camionnage dans les jours précédant la tragédie.

En effet, les données inscrites dans le carnet de bord du chauffeur sont totalement absentes durant plusieurs jours, notamment le 30 et 31 mars 2018.

S'il avait été contrôlé avant la collision, il aurait été placé en arrêt obligatoire pour 72 heures à cause des erreurs dans son carnet de bord, dit Andrea Joseph.

Les mères des deux victimes pensent que Jaskirat Singh Sidhu devrait assumer les conséquences de ses actes, y compris l'expulsion. Elles croient que sa vie en Inde ne sera pas difficile. Il a une famille aisée avec une grande ferme. Il ne rentre pas chez lui sans rien. Il a un avenir là-bas, souligne Andrea Joseph.

Tant qu’il reste ici, nous vivons ce traumatisme.
Une citation de Andrea Joseph, mère d’une des victimes

Jaskirat Singh Sidhu dit qu’il ne s'est pas pardonné et ne sait pas s'il le fera un jour. Comment peut-on se pardonner quand on a causé autant de peine , demande-t-il.

Je m'excuse. Je m'excuse auprès de chaque Canadien. Je m'excuse auprès de tous les membres des familles que j'ai fait souffrir, affirme-t-il.

Avec les informations de Karen Pauls

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