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[Reportage] Être infirmière au Canada, un rêve devenu réalité pour deux Latino-Américaines

Portrait de Lorena López Peña, à gauche, et égoportrait de Johana Ravelo qui porte son uniforme d'infirmière et un masque à droite.

Lorena López Peña (à gauche) et Johanna Ravelo sont venues au Canada en quête de deux choses : un meilleur avenir pour leurs enfants et la possibilité d'exercer la profession d'infirmière clinicienne. Elles vont chacune à leur rythme et font face à des difficultés personnelles différentes, mais les deux femmes ont progressé et leur rêve est en train de devenir réalité.

Photo : RCI / Cortesía

Paloma Martínez Méndez

C'est bien connu, le Canada fait face à une importante pénurie de main-d'œuvre dans plusieurs secteurs, et l'un des plus durement touchés est celui de la santé.

Les infirmières qui viennent de l'étranger se frayent un chemin au pays en passant par un processus complexe d'immigration et de reconnaissance de leurs études et de leur expérience professionnelle.

Lorena López Peña et Johanna Ravelo comptent parmi les infirmières cliniciennes latino-américaines qui, petit à petit, avec persévérance et patience, sont en voie d'atteindre leur objectif : exercer leur profession au Canada.

Elles ne sont pas seules. Johana Botero, une infirmière clinicienne et conseillère professionnelle installée au Québec depuis plus de 10 ans, leur offre soutien et conseils pour les aider à réussir.

Voici leur histoire.

Un projet familial

Portrait de famille avec, de gauche à droite, Juan José, Lorena, Eduardo et María José.

C'est en 2019 que la famille Araque Lopez a pris la décision de faire sa vie au Canada. Et bien que le projet avance, la route a été lente. Ils espèrent bientôt être réunis dans leur nouveau chez eux. Sur la photo, Lorena López Peña, infirmière clinicienne, son mari Eduardo Araque et leurs enfants Juan José, 13 ans, et María José, 6 ans.

Photo : Cortesía

C'est un effort conjoint de mon mari et de moi-même, mais aussi de mes enfants, car je suis éloignée d'eux depuis maintenant presque un an. Mais nous pensons que cela en vaudra la peine au bout du compte.
Une citation de Lorena López Peña, infirmière clinicienne d'origine colombienne

L'aventure de la famille Araque-López a commencé en 2019, lorsque le Service national d'apprentissage (SENA) de la Colombie a lancé l'initiative Québec a la Cabeza [Le Québec en tête] pour recruter des infirmières du pays désireuses d'exercer leur profession dans la province francophone du Canada.

Lorena López Peña et son mari Eduardo Araque, lui aussi infirmier, ont soumis leur candidature au Centre hospitalier universitaire de Québec.

Au cours de l'entretien avec le personnel chargé du recrutement, le couple a confirmé qu'ils remplissaient tous deux presque toutes les conditions requises, dont les années d'expérience clinique, la formation adéquate et la volonté de changer leur vie familiale.

Presque toutes les exigences sauf deux : la langue et la validation des diplômes

Égoportrait de Lorena et d'Eduardo, qui porte un chapeau.

La maîtrise du français, la langue officielle du Québec, et le processus de validation des études et de l'expérience professionnelle auprès de l'Ordre des infirmières et infirmiers de la province sont essentiels à l'emploi. Ce sont les aspects les plus complexes de la procédure d'immigration. Mais selon eux, après les sacrifices que la distance leur a imposés, cela vaut la peine de continuer.

Photo : Cortesía

Le couple d'infirmiers colombiens, Lorena López Peña et Eduardo Araque, a décidé que pour accélérer le processus, l'un d'entre eux devait se rendre à Québec pour une immersion totale.

C'est Lorena qui est partie. Une décision qui a eu des conséquences émotionnelles pour tous les membres de la famille.

L'accompagnement

Portrait de Johana Botero à l'extérieur d'un bâtiment de brique.

À la suite de ses propres difficultés lors du processus d'immigration et de l'homologation de ses études et de son expérience professionnelle en tant qu'infirmière clinicienne en Colombie, Johana Botero a lancé en 2016 sa page Facebook « Infirmières au Canada ».

Photo : Radio Canadá Internacional / Paloma Martínez Méndez

Les publications, entrevues et articles que Johana Botero publie sur sa page Facebook Infirmières professionnelles au Canada-Québec et sur d'autres réseaux sociaux sont devenus la principale référence pour de nombreuses infirmières latino-américaines qui souhaitent venir exercer leur profession au pays.

Ce sont des infirmières qui ont toutes les compétences pour exercer ici. L'idée est que ces professionnels puissent facilement immigrer et obtenir un emploi dans nos hôpitaux au Québec pour répondre au besoin de main-d'œuvre qualifiée. L'un des meilleurs moyens est de recruter des infirmières en Amérique latine. Là-bas, si l'on exclut la barrière de la langue, les compétences professionnelles sont les mêmes que pour les infirmières d'ici.
Une citation de Johana Botero, infirmière clinicienne et conseillère professionnelle

En tant que membre de la Commission d'admission par équivalence de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, Johana Botero a réussi à obtenir du Centre hospitalier universitaire de Québec (CHU-Québec) la mise en place d'un programme de recrutement à l'étranger, notamment dans certains pays d'Amérique latine, et est en voie d'obtenir des ententes similaires avec d'autres hôpitaux régionaux de la province.

C'est précisément par le biais du programme du CHU-Québec que Lorena Lopez Peña a entamé sa démarche.

Portrait de Lorena López Peña et de Johana Botero

Les infirmières cliniciennes colombiennes Lorena López Peña (à gauche) et Johana Botero lors de leur première rencontre en Colombie, où cette dernière est allée donner une conférence sur les étapes à suivre pour immigrer avec un emploi sûr.

Photo : Cortesía

Depuis le début du projet, la famille Araque-López a pu compter sur le soutien de Johana Botero.

Le processus n'a pas été facile et a même été plus lent que prévu, car il y a moins de demandes d'immigration provenant de l'extérieur du Canada que de l'intérieur, dit Lorena López Peña.

Cependant, il n'y a plus de retour en arrière possible, estime cette infirmière colombienne. Et heureusement, nous avons le soutien de personnes comme Johana Botero.

En tant que famille, nous avons décidé de faire ce sacrifice jusqu'au bout. C'est difficile ,car cela fait presque un an que je suis ici sans mes enfants ni mon mari. Mais nous avons déjà traversé la partie la plus longue et la plus fastidieuse, alors maintenant nous avons moins longtemps à attendre d'ici notre réunion et l'atteinte de l'objectif que nous nous sommes fixé au départ : venir au Canada, obtenir des occasions d'emploi à l'hôpital et nous établir.
Une citation de Lorena López Peña, infirmière clinicienne d'origine colombienne au Canada
Portrait de la famille Araque-López

La famille Araque -López peu avant le départ de Lorena pour le Canada, où elle se trouve depuis le début de l'année 2021. Selon ses propres calculs, basés sur la progression de sa maîtrise du français et le processus de validation de ses diplômes, Lorena López estime que c'est en janvier 2022 que ses enfants et son mari viendront la rejoindre.

Photo : Cortesía

Johanna Ravelo, une autre infirmière clinicienne latino-américaine, a également bénéficié du soutien et de l'information que Johana Botero et sa page Facebook offrent aux infirmières qui souhaitent venir au Canada.

Portrait de Johanna RaveloAgrandir l’image (nouvelle fenêtre)

L'infirmière Johanna Ravelo

Photo : Cortesía

Elle [Johana Botero] propose un contenu de qualité sur sa page pour vous guider dans votre démarche. Nous nous sommes même rencontrées une fois pour parler et elle était très gentille. Comme nous le savons, il est difficile de trouver un Latino qui a fait la paperasse et elle est ici depuis plus de 10 ans.
Une citation de Johanna Ravelo, infirmière clinicienne d'origine vénézuélienne

Bien que longue et fastidieuse, l'histoire de cette Vénézuélienne au Canada s'illumine peu à peu.

Un parcours différent, mais réussi

Portrait de famille de Pedro Uzcategui, Johanna Ravelo et leurs enfants Elias et Amaia dans un parc en automne.

L'ingénieur mécanique devenu ingénieur informatique Pedro Uzcategui et l'infirmière clinicienne Johanna Ravelo avec leurs enfants Elias et Amaia dans un parc de Montréal, où ils vivent depuis 2016.

Photo : Cortesía

Les Vénézuéliens Johanna Ravelo et Pedro Uzcategui vivaient à Trinité-et-Tobago lorsque la crise du secteur pétrolier a éclaté en 2015.

M. Uzcategui était ingénieur mécanicien dans une société d'exploration pétrolière. Lorsque les prix des carburants ont commencé à baisser, la compagnie lui a suggéré de retourner au Venezuela. Mme Ravelo et lui ont décidé que ce n'était pas ce qu'ils voulaient pour leurs enfants en raison de la situation dans leur pays.

Nous avons commencé à faire des recherches sur l'immigration au Canada, évalué la situation et décidé de partir en quête d'autres horizons. Nous avons vu que le moyen le plus facile de venir au Canada était de faire des études. Mon mari s'est inscrit dans un programme en informatique, loin de sa spécialité d'ingénieur mécanique dans l'industrie pétrolière. Nous avons décidé de procéder de cette façon, et une fois rendus ici, j'ai vu qu'il y avait une possibilité pour moi de revenir aux soins infirmiers au Québec par le biais de l'ordre provincial des infirmiers.
Une citation de Johanna Ravelo, infirmière clinicienne à l'Hôpital de LaSalle à Montréal
Johanna Ravelo et sa famille en hiver dans un parc enneigé.

Johanna Ravelo, infirmière clinicienne, a commencé l'accréditation de ses études et de son expérience professionnelle en 2016. Depuis juillet 2021, elle occupe un poste dans un hôpital de la ville de Montréal.

Photo : RCI / Cortesía

Le chemin a été ardu en général et l'homologation de mes titres auprès de l'Ordre des infirmières a été bureaucratique et fastidieuse, dit l'infirmière vénézuélienne.

Il faut faire preuve de beaucoup de persévérance et de patience car, dans le processus principal, il y a d'autres processus qui prennent aussi du temps. Le plus simple a été de s'adapter. Nous sommes une famille qui s'adapte facilement aux changements. La chose la plus difficile a été la langue pour moi. Nous parlions tous anglais et mon mari parlait français. Mais pour moi, apprendre le français à partir de zéro a été compliqué pour passer les épreuves de français de l'Ordre.
Une citation de Johanna Ravelo, infirmière clinicienne à l'Hôpital de LaSalle à Montréal

En juillet 2021, après plusieurs années d'apprentissage du français et l'obtention de ses diplômes, Johanna Ravelo a finalement commencé à travailler au service des urgences de l'Hôpital de LaSalle à Montréal en tant qu'infirmière clinicienne.

Le 18 septembre dernier, elle a obtenu son permis d'exercice après avoir réussi l'examen de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec.

Un meilleur avenir et plus d'occasions

Portraits des familles Uzcategui Ravelo, à gauche, et Araque López, à droite.Agrandir l’image (nouvelle fenêtre)

Les familles Uzcategui-Ravelo (à gauche) et Araque-López.

Photo : RCI / Cortesía

Johanna Ravelo et Lorena López Peña disent toutes les deux qu'elles ont choisi ce long parcours d'immigration et de travail pour offrir à leurs enfants des chances comme seul le Canada peut leur offrir.

Pour sa part, l'infirmière et conseillère Johana Botero continue de fournir des informations et des conseils aux plus de 30 000 abonnés de sa page.

L'infirmière clinicienne souhaite que tous les hôpitaux du Québec se dotent de programmes de recrutement.

Mme Botero a récemment donné une formation aux fonctionnaires du ministère de l'Immigration du Québec et estime qu'il y a une ouverture croissante à recruter des infirmières latino-américaines pour occuper des postes essentiels et spécifiques dans le secteur de la santé de la province.

Note : ce reportage est également disponible en espagnol

Paloma Martínez Méndez

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