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Analyse

Nouveau Cabinet : Justin Trudeau ose avec prudence

Le premier ministre Justin Trudeau debout devant un pupitre avec en arrière plan les membres de son nouveau gouvernement

Le premier ministre Justin Trudeau lors de la présentation de son gouvernement, mardi

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Christian Noël
Christian Noël

C’est un nouveau Conseil des ministres en demi-mesures que nous a présenté Justin Trudeau mardi. D’un côté, il brasse suffisamment les cartes de son Cabinet pour mettre des visages frais dans la vitrine. Mais de l’autre, 90 % des ministres réélus en septembre sont de retour à la table des décisions.

Une chose est sûre, certaines nominations se démarquent pour les bonnes raisons, d’autres pour les mauvaises. Et, dans certains cas, il est encore trop tôt pour les classer dans l’une ou l’autre des catégories.

C’est le cas notamment de la nomination de Steven Guilbeault à l’Environnement. Ici, le risque pour Justin Trudeau est double. D’un côté, il crée des attentes chez les anciens collègues de M. Guilbeault dans le mouvement écologiste. De l'autre, il soulève l’ire de l’industrie pétrolière et gazière.

Les politiciens de l’Ouest, Jason Kenney en tête, ont noté rapidement que, dans une autre vie, Steven Guilbeault a été arrêté par la police pour avoir grimpé au sommet de la Tour du CN à Toronto, ou pour avoir installé illégalement des panneaux solaires sur la résidence personnelle du premier ministre albertain de l’époque, Ralph Klein.

Steven Guilbeault représente, selon M. Kenney, une menace pour l’économie de l’Alberta, parce qu’il se veut l’apôtre d’une idéologie toxique pour l’avenir de sa province.

Justin Trudeau souhaitait calmer les critiques de l’Ouest en nommant Jonathan Wilkinson aux Ressources naturelles. Il misait sur le fait que l’ancien ministre de l’Environnement suscite le respect dans le secteur des énergies fossiles.

Le message : la lutte contre les changements climatiques ira de pair avec la transition énergétique, et nous serons là pour aider les travailleurs touchés. La stratégie ne semble pas avoir réussi à mettre un baume sur la réaction épidermique de l’Ouest à l’égard de Steven Guilbeault.

Défense et diplomatie au féminin

Masqués, Mélanie Joly et Justin Trudeau se regardent en souriant.

Justin Trudeau a choisi de nommer Mélanie Joly comme ministre des Affaires étrangères à la place de Marc Garneau, qui quitte le Cabinet.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

L’atteinte de la parité dans un Conseil des ministres vient parfois avec des bémols importants, quand le nombre de femmes autour de la table n’est pas à la hauteur de la qualité des postes qui leur sont offerts.

Ce n’est pas le cas du plus récent remaniement ministériel de Justin Trudeau. Le poste de numéro deux et de numéro trois de son gouvernement sont occupés par des femmes : Chrystia Freeland aux Finances et Mélanie Joly aux Affaires étrangères. S’ajoutent également Anita Anand à la Défense nationale et Mona Fortier au Conseil du Trésor.

Des décisions importantes à venir, sur les priorités du gouvernement, reposent sur leurs épaules. La relance économique et la lutte pour resserrer les dépenses du gouvernement tomberont entre les mains de Mmes Freeland et Fortier.

Mélanie Joly, qui obtient la promotion la plus importante de ce remaniement, devra notamment redéfinir les relations canadiennes avec la Chine et lutter contre le protectionnisme américain.

Mais l’attention risque surtout de se tourner vers Anita Anand, première femme ministre de la Défense depuis Kim Campbell, en 1993.

Je n’ai pas été nommée à la Défense seulement parce que je suis une femme, a affirmé Anita Anand quelques heures à peine après son assermentation. Elle a bien raison. La ministre a démontré son efficacité durant la pandémie alors qu’elle était responsable de l’approvisionnement en vaccins.

Mais il est également clair qu’en choisissant une femme à la Défense, la deuxième seulement de l’histoire du Canada, Justin Trudeau voulait envoyer un message politique au boys' club de l’armée, une institution jalouse de son indépendance et qui résiste aux changements proposés par des forces externes.

Justin Trudeau qualifie maintenant de crise le sujet des inconduites sexuelles dans l’armée, qui remonte aux plus hauts échelons des Forces armées canadiennes (Forces armées canadiennes). Une crise qui nuit au moral des militaires et à l’état de préparation des troupes.

Une crise dont le premier ministre et son ex-ministre de la Défense, Harjit Sajjan, sont en partie responsables, par leur inaction des six dernières années alors qu’ils ont tabletté un rapport accablant sur la culture des Forces armées canadiennes qui recommandait de confier le traitement des plaintes d’inconduite à l’externe.

Justin Trudeau et Anita Anand échangent quelques mots.

Anita Anand prend la barre du ministère de la Défense nationale.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Un autre rapport, celui de l’ex-juge de la Cour suprême Louise Arbour, atterrira bientôt sur le bureau de la ministre Anand. Il faudra voir si l’avocate de formation saura convaincre le haut commandement de réformer le système de justice militaire.

Le legs de Justin Trudeau

Justin Trudeau compte-t-il se représenter lors de la prochaine campagne électorale? (nouvelle fenêtre)Oui, a-t-il répondu mardi sans ambages. Il ne pense pas (ouvertement) à quitter la politique, mais il est clair qu’après six ans, il songe à son héritage politique.

Dans les livres d’histoire, il sera le premier ministre qui a guidé le Canada pendant la pandémie. La vaccination obligatoire pour les fonctionnaires et la protection contre les poursuites pour les entreprises privées qui veulent l’imposer à leurs employés font partie des mesures qu’il veut mettre en place.

Un réseau national de garderies à 10 $ par jour et des normes dans les soins de longue durée pour protéger les grands-parents qui vivent dans de tels établissements sont assurément des projets d’envergure nationale qu’il souhaite mettre dans la colonne de ses accomplissements.

Faciliter l’accès à la propriété pour les acheteurs, taxer les géants du web et protéger les Canadiens contre la haine en ligne sont des enjeux sur lesquels il souhaite mettre sa marque.

Et peu importe s’il lui reste deux, quatre ou six ans dans la chaise de premier ministre, il songe peut-être aussi à sa succession.

Cependant, les ministres associés publiquement aux succès sont également vulnérables à être associés à ses échecs. Difficile alors de se présenter comme un candidat du changement, ce qui pourrait nuire à leur future course à la direction, laquelle n’est pas encore à l’ordre du jour.

Christian Noël
Christian Noël

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