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[Reportage] L’accès à la profession d’infirmière au Québec, un défi pour les immigrants chinois

Des infirmières se tiennent à l'extérieur du Centre hospitalier universitaire de Québec.

Les infirmières québécoises ont fait la grève à la fin de septembre dernier pour dénoncer le temps supplémentaire obligatoire.

Photo : Radio-Canada / Kassandra Nadeau-Lamarche

Yan Liang

La pénurie d’infirmières s’accentue au Québec depuis le début de la pandémie. « Nous sommes en état de crise », a reconnu le ministre de la Santé du Québec Christian Dubé.

Accréditation et langue française

Le Service à la famille chinoise du Grand Montréal (nouvelle fenêtre) aide les nouveaux arrivants chinois dans leur intégration et dans la planification de leur carrière. Lors d’une entrevue accordée à Radio Canada International (RCI), Xixi Li, la directrice de l'organisme, a révélé que le nombre d'immigrants chinois qui viennent s’informer sur la profession n’a pas augmenté malgré la pénurie d'infirmières.

Elle est debout près d'un plan d'eau.

Mme Xixi Li, directrice du Service à la famille chinoise du Grand Montréal

Photo : Radio-Canada / submitted by Xixi Li

Xixi Li rappelle que la reconnaissance des compétences professionnelles des immigrants est un vieux problème. D’une part, les différences entre les systèmes de la santé chinois et québécois rendent plus difficile la reconnaissance des équivalences pour les personnes formées en Chine. D’autre part, elles doivent réussir un examen de français de l’Office québécois de la langue française (OQLF) pour pouvoir exercer la profession dans la province.

Selon Mme Li, le français est le point faible de beaucoup d’immigrants chinois. En outre, le domaine des soins infirmiers est très spécialisé et les études, relativement longues. Certains s'inscrivent à des programmes d’études sans être en mesure de les terminer. Le taux d’échec est assez élevé, selon la directrice de l'organisme.

Dans un courriel répondant aux questions de RCI, le ministère de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration (MIFI) du Québec a expliqué qu’il n’y a pas de processus spécifique en reconnaissance des compétences pour les infirmières formées dans l'Empire du Milieu.

Toutes les infirmières formées à l’étranger qui souhaitent exercer la profession au Québec doivent d’abord déposer une demande d’équivalence de diplôme et de formation auprès de l’Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec (OIIQ). Selon le résultat de l'analyse des compétences de la personne, l'OIIQ prescrit un programme d'intégration à la profession d'infirmière qui peut être réalisé soit par le biais d'un stage en milieu clinique, soit en suivant une formation d'appoint en établissement d'enseignement.
Une citation de Ministère de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration du Québec
Ils sont assis derrière un bureau en bois et répondent aux questions des journalistes lors d'une conférence de presse. Derrière eux, il y a six drapeaux du Québec.

Sonia LeBel, présidente du Conseil du Trésor, François Legault, premier ministre du Québec, et Christian Dubé, ministre de la Santé, annoncent des mesures pour régler la pénurie d’infirmières.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel/cbc

Pour ce qui est de la langue française, le MIFI prévoit que les candidats qui n’ont pas fait au moins trois ans d’études en français ont quatre ans pour réussir l’examen de l’OQLF et qu'ils peuvent exercer avec un permis temporaire en attendant.

C’est très difficile de devenir infirmier, mais pas impossible

Li Li (nom fictif) est un infirmier d’origine chinoise qui travaille au Québec. Lors d’une entrevue accordée à RCI, il affirme qu'il est en effet difficile, mais pas impossible, d'accéder au métier d'infirmier.

Il rappelle que la pénurie d'infirmières n’a pas entraîné une révision des critères d'admission au Canada ni aux États-Unis. Il faut satisfaire aux mêmes exigences professionnelles qu’auparavant pour être accepté.

Li Li était ingénieur électrique en Chine. Lors de la planification sa nouvelle carrière, avant de quitter son pays natal pour immigrer au Canada en 2003, il a toutefois décidé de devenir infirmier compte tenu des perspectives d'avenir et des salaires pour ce métier. M. Li s'est inscrit à un programme en soins infirmiers dans un cégep l’année suivant son arrivée au Québec et a obtenu son diplôme en 2007. Deux ans plus tard, il a terminé un baccalauréat en sciences infirmières à l'Université McGill. L'infirmier travaille depuis au Centre universitaire de santé McGill, et a également travaillé en salle d'urgence pendant deux ans.

Étant donné que M. Li a suivi tous ses cours en anglais, il a dû passer l'examen de l’OQLF pour garder son permis d'infirmier.

Beaucoup d’immigrants sont diplômés dans leur pays natal. Ce n’est pas un problème pour eux d’apprendre de nouvelles connaissances et de poursuivre leurs études. Il y a beaucoup de vocabulaire médical dans les études en soins infirmiers, mais si vous êtes capable d’y trouver certaines règles, l’apprentissage devient plus facile.
Une citation de Li Li, infirmier au Centre universitaire de santé McGill

Li Li avoue que le français est très difficile pour lui, qui s'estime peu doué pour l’apprentissage des langues. C’était une des raisons pour lesquelles il a poursuivi ses études à l'Université McGill après le cégep, car un baccalauréat en sciences infirmières est requis pour exercer la profession dans d'autres provinces au Canada. En choisissant ce parcours, il avait donc la possibilité d'aller travailler ailleurs au pays s'il échouait à son examen de français.

Heureusement, M. Li l’a réussi à son troisième essai. Il est aujourd'hui infirmier en chef adjoint de son service et a une grande expérience dans la pratique de la profession au Québec.

Une infirmière vaccine une patiente.

Le 25 février 2021, Gisèle Fortaich, 86 ans, a été la première personne du Québec à recevoir le nouveau vaccin contre la COVID-19, administré par l'infirmière Renée Bourassa.

Photo : The Canadian Press / Paul Chiasson

Le gouvernement du Québec s’efforce de recruter les infirmières dans le monde entier

Dans un courriel à RCI, le MIFI a expliqué qu'il collabore avec le ministère de la Santé du Québec afin de recruter des professionnels de la santé à l'étranger pour contrer la pénurie d'infirmières.

Pas moins de 348 infirmières ont été recrutées à l'étranger pour l’année 2020-2021, et 366 en 2019-2020.

Le ministère de la Santé compte également investir près d'un milliard de dollars pour encourager les infirmières à se joindre ou à réintégrer le secteur public de la santé.

Xixi Li est bien au fait de la pénurie d'infirmières au Québec, mais remarque que les efforts du gouvernement pour attirer du personnel infirmier de l'étranger se concentrent surtout dans les pays francophones, notamment la France, la Belgique, le Maroc et la Tunisie, étant donné que les professionnels qui y sont formés n’ont pas la barrière de la langue.

Pour faciliter l’accès des nouveaux arrivants au système de la santé, le Service à la famille chinoise du Grand Montréal et d’autres organismes ont fait des recommandations au gouvernement.

Pour ceux qui ont déjà une formation ou qui ont l’intention de travailler en tant qu’infirmiers, le gouvernement peut leur offrir des services de consultation et leur donner l'occasion d'apprendre le français pendant l'analyse de leur demande d'immigration, en attendant l'approbation de celle-ci. Ils rencontreront moins d'obstacles sur le plan linguistique plus tard à leur arrivée au Québec.
Une citation de Xixi Li, directrice du Service à la famille chinoise du Grand Montréal

Selon les chiffres de Statistique Canada de juillet dernier, le nombre de postes vacants dans le réseau de la santé et des services sociaux a bondi de 5900 au premier trimestre de 2021 par rapport à celui de 2020.

Le gouvernement du Québec, qui avait décrété le mois dernier que les infirmières non vaccinées seraient suspendues, a été forcé de se rétracter en raison de la gravité de la pénurie. Il demande maintenant à ces dernières de se faire tester trois fois par semaine.

Selon un reportage de CBC, 97 % des infirmières québécoises sont vaccinées, mais près de 14 000 n’ont pas encore complété leur vaccination ou ont un statut vaccinal inconnu.

Le plus important, c'est de changer la perception du métier

Contrairement à Li Li, le français n'a jamais été un problème pour Huilin Zhang, une autre infirmière d’origine chinoise. Elle a immigré au Québec avec ses parents à l'âge de 9 ans et a fait sa scolarité en français. Après deux années d'études collégiales et trois années de baccalauréat à l'université, Mme Zhang est devenue infirmière. Elle travaille maintenant dans la salle d'urgence d'un grand hôpital.

Si ses parents l’ont soutenue dans son choix de métier, Huilin Zhang constate que les membres de sa famille en Chine et les amis de ses parents ne le comprennent pas. Elle estime qu’ils ont une perception différente de la profession d'infirmière.

Pour certains Chinois, le travail d'infirmier est inférieur, épuisant et pas assez valorisant, dit-elle. Ils ne comprennent donc pas pourquoi il lui faut un diplôme universitaire pour être infirmière ni pourquoi elle envisage de poursuivre ses études à la maîtrise dans ce domaine.

Huilin Zhang pense que ces gens ne comprennent pas en quoi consiste le travail d'une infirmière en Amérique du Nord ni que les infirmières diplômées jouent un rôle très important dans le traitement des patients et qu'elles peuvent faire des suggestions aux médecins, par exemple.

Mme Zhang s'est récemment impliquée dans des ateliers organisés par la Young Asian Health Professionals Association [Association des jeunes professionnels asiatiques de la santé], un organisme à but non lucratif.

Nous voulons montrer aux jeunes d'origine asiatique que la profession d'infirmière est intéressante et respectée, et qu'elle offre la liberté financière et des chances d'avancement professionnel.
Une citation de Huilin Zhang, infirmière du Québec

Note : ce reportage est également disponible en chinois traditionnel et en chinois simplifié, et a été traduit en français par Wei Wu

Yan Liang

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