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Un gouffre à combler pour espérer limiter le réchauffement à +1,5 °C

Une fumée dense dans le ciel au dessus d'une usine en Allemagne.

Le monde se dirige désormais vers un réchauffement d'au moins +2,7°C.

Photo : Associated Press / Martin Meissner

Agence France-Presse

À quelques jours de la conférence sur le climat COP26, le constat de l'ONU est sans appel : les engagements de réduction d'émissions de gaz à effet de serre devraient être plus de sept fois plus ambitieux pour espérer limiter le réchauffement à +1,5 °C.

Malgré les nouveaux engagements de plus de 120 pays enregistrés au 30 septembre, l'écart avec ce qui serait nécessaire pour respecter l'Accord de Paris visant à limiter le réchauffement bien en deçà de +2 °C, si possible à +1,5 °C par rapport à l'ère préindustrielle, reste important, conclut le rapport rendu public mardi par le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE).

Ainsi, les nouvelles promesses réduisent les projections d'émissions pour 2030 de 7,5 %, alors qu'[une baisse de] 30 % serait nécessaire pour +2 °C et 55 % pour 1,5 °C.

En clair, cette réduction devrait être quatre fois plus importante pour être compatible avec +2 °C et près de huit fois plus importante pour être compatible avec +1,5 °C, explique à l'AFP Mme Anne Ohloff, une des auteurs du rapport.

Il y a eu des progrès [...], mais nous sommes très loin de là où nous devrions être.
Une citation de Anne Ohloff, une des auteurs du rapport

Les premières contributions déterminées au niveau national (NDC) des quelque 200 signataires de l'Accord de Paris menaient la planète vers un réchauffement de +3 ou 4 °C.

Avec les nouvelles NDC déposées par 143 pays et les promesses pas encore formalisées d'économies majeures comme la Chine pour 2030, le monde se dirige désormais vers un réchauffement d'au moins +2,7 °C.

En plus des NDC, qui détaillent les objectifs à court terme, 49 États représentant 57 % des émissions mondiales se sont également officiellement engagés à la neutralité carbone pour le milieu du siècle [une majorité pour 2050, quelques-uns pour 2060 ou 2045].

Ces engagements permettraient de raboter un demi-degré supplémentaire et donc d'arriver à +2,2 °C, note le rapport.

Des mises en garde

Mais les chercheurs mettent en garde contre les risques de largement dépasser ces prévisions.

D'abord, elles partent de l'hypothèse que les engagements seront bien tenus, alors qu'un certain nombre de précédents engagements ne sont toujours pas atteints. Ainsi, en tant que groupe, les pays du G20 ne sont pas sur la voie de respecter leurs précédentes NDC. Quant aux stratégies vers la neutralité carbone, elles sont vagues.

Et d'autres signaux sont inquiétants. Après la baisse des émissions de 5,4 % en 2020 en raison de la pandémie de COVID-19, on devrait observer un rebond important en 2021 et les États n'ont pas saisi l'occasion des plans de relance pour accélérer la transition verte, avec seulement 17 à 19 % de ces investissements susceptibles de réduire les émissions, souligne le rapport.

En avant-plan, un glacier qui fond. En arrière-plan, un cours d'eau avec de gros morceaux de glace.

La planète s'est réchauffée de plus d'un degré depuis l'ère préindustrielle.

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

En outre, les prévisions des scientifiques reposent sur des probabilités.

Le rapport estime ainsi qu'il y a 66 % de chances de ne pas dépasser +2,2 °C. Mais dans ce même scénario, il existe plus de 15 % de probabilité que le réchauffement dépasse +2,5 °C d'ici la fin du siècle et un petit peu moins de 5 % qu'il dépasse +3 °C.

C'est effrayant, cela souligne encore plus le besoin d'aller aussi bas que possible.
Une citation de Anne Ohloff, une des auteurs du rapport

D'autant que chaque fraction de degré de réchauffement compte, multipliant les catastrophes climatiques, des canicules aux inondations, qui ravagent déjà la planète avec environ +1,1 °C depuis l'ère préindustrielle.

Pour avoir une chance de limiter le réchauffement de la planète à +1,5 °C, nous avons huit ans pour réduire de près de moitié les émissions de gaz à effet de serre : huit ans pour élaborer les plans, mettre en œuvre les politiques et finalement parvenir à ces coupes. Le temps presse dangereusement, a commenté la patronne du PNUE, Inger Anderson, dans un communiqué.

Les énergies fossiles

Huit ans pour réduire les émissions annuelles de 28 gigatonnes [mesurées en équivalent CO2] en 2030, alors que les engagements actuels les réduiraient seulement d'environ quatre gigatonnes d'équivalent CO2, selon le rapport. Et que les émissions de CO2 seules devraient atteindre 33 gigatonnes en 2021.

Un des leviers d'action pour réduire les émissions est la sortie des énergies fossiles, particulièrement polluantes. Mais un autre rapport du PNUE a montré la semaine dernière que les prévisions mondiales de production de charbon, de pétrole et de gaz étaient plus de deux fois supérieures à celles compatibles avec une limitation du réchauffement à +1,5 °C.

Le monde doit se réveiller face au danger imminent qui nous menace en tant qu'espèce, a plaidé Inger Anderson.

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