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Vers l’énergie renouvelable pour éviter les coûts de raccordement au réseau électrique

Des panneaux solaires derrière un édifice bleu

L'édifice de Craig Timmermans est alimenté par 24 panneaux solaires.

Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga

Bienvenu Senga

Bien des Ontariens font le choix de s’établir dans des secteurs isolés qui ne sont pas encore branchés au réseau électrique. Plusieurs sont toutefois surpris de découvrir les frais de raccordement que leur exige le distributeur Hydro One.

Ils sont de plus en plus nombreux à se tourner vers des sources d’énergie renouvelable comme l’énergie solaire et éolienne pour éviter ces coûts qu'ils jugent trop élevés.

Craig Timmermans avait hâte, il y a deux ans, d’entreprendre la construction d’un nouvel édifice pour abriter ses deux stations de radio de Little Current, sur l’île Manitoulin.

Avec un terrain situé dans une zone isolée, il s’attendait à devoir payer une petite somme pour être branché au réseau électrique. Après tout, explique-t-il, le poteau électrique le plus proche est situé à 45 mètres de sa propriété.

Mais surprise : le distributeur Hydro One – qui dessert les régions rurales en Ontario – lui fait un devis initial de 80 000 $.

J’en étais outré, raconte-t-il.

Craig Timmermans debout devant un édifice bleu

Craig Timmermans est le propriétaire de deux stations de radio qui émettent à partir de Little Current, sur l'île Manitoulin.

Photo : Radio-Canada / Bienvenu

Après de multiples négociations, il est parvenu à faire baisser le coût à 25 000 $, mais a finalement pris la décision de se tourner vers l’énergie renouvelable.

La construction de l’immeuble de 240 mètres carrés a pris fin l’été 2020.

Il est alimenté par 24 panneaux solaires et une turbine éolienne, qui lui fournissent 8 kilowatts en énergie. L’énergie est entreposée grâce à une série de batteries au lithium.

En hiver, il a recours à une chaudière au propane pour le chauffage.

L’équipement lui a coûté environ 23 000 $, mais il ne paie pas de facture d'électricité pour ce bâtiment.

Un émetteur d'une station

Les émetteurs des stations de radio de Craig Timmermans sont aussi alimentés en partie par l'énergie solaire.

Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga

Ses émetteurs, situés quelques centaines de mètres plus loin, sont toujours branchés au réseau électrique, mais depuis qu’il y a également installé des panneaux solaires, ses factures sont passées de 6000 $ par mois en moyenne à 1500 $.

C’est de l’argent que nous préférons investir dans notre personnel plutôt que de le donner à une autre personne, affirme M. Timmermans.

À Minden Hills, entre Barrie et Parry Sound, Chris Hartwell a fait un choix similaire.

L’ancien combattant et sa conjointe ont finalement épargné assez d’argent pour construire un chalet.

Mais après avoir également reçu un devis de 80 000 $ de Hydro One pour le raccordement, pas question, note M. Hartwell, de payer une telle somme.

J’ai un revenu fixe, et ma conjointe aussi, on a fait des économies très précises, et je ne peux pas faire de pari et dépenser 50 000 $ de plus. Je n’ai pas eu d’autre choix que de me tourner vers l’énergie solaire, fait-il savoir.

Chris Hartwell debout.

Chris Hartwell est en train de construire un chalet dans la région de Minden Hills.

Photo : CBC/Susan Godspeed

Il dit avoir du mal à expliquer pourquoi les coûts de raccordement sont si élevés dans un secteur comme celui où il compte vivre qui, lui, a l’air assez occupé.

Chris Hartwell encourage d’ailleurs surtout les autres résidents des régions rurales à envisager un virage vers l’énergie renouvelable en guise de protestation.

Tenez-leur tête [à Hydro One] et faites comme nous. [...] J’aimerais bien leur donner mon argent, payer mes factures d’électricité, mais je ne comprends pas pourquoi je dois payer autant pour être branché, lance-t-il.

Avec 40 % des parts, le gouvernement de l’Ontario est le plus grand actionnaire du distributeur d’électricité Hydro One.

L'édifice de Hydro One à Little Current

Hydro One indique que le nombre de ses clients continue d'augmenter, même si certains citoyens disent se tourner vers l'énergie solaire pour éviter les frais élevés de raccordement au réseau électrique.

Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga

Un phénomène marginal, estime un expert

CBC/Radio-Canada s’est entretenu avec plusieurs dizaines de citoyens qui disent s’être tournés vers l'énergie solaire ou éolienne justement en raison des coûts de raccordement au réseau électrique qu’ils trouvent trop élevés.

L’Association canadienne de l’énergie renouvelable ne collige pas de données sur les citoyens qui optent pour un tel virage. Mais l'organisme dit également constater un engouement notamment pour l'énergie solaire dans un contexte résidentiel.

Ce phénomène s'explique, selon un porte-parole, par la baisse marquée des coûts des batteries d'entreposage au cours des 10 dernières années.

Craig Timmermans est muni d'un appareil qui teste l'état des batteries

Craig Timmermans teste régulièrement les batteries qui entreposent l'énergie qu'il recueille grâce à des panneaux solaires.

Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga

L’économiste Jean-Thomas Bernard, professeur à l’Université d’Ottawa et spécialiste des questions énergétiques, prend acte de ce constat.

Derrière ce nouveau phénomène, il y a le fait que les prix de l’électricité en Ontario sont très élevés. Donc si tu peux t’installer toi-même de façon autonome, l'investissement initial est élevé, mais le coût d’opération est très faible. Ça, c’est attrayant, note-t-il.

Il doute toutefois que le virage vers l’énergie renouvelable spécifiquement pour éviter de payer des frais de raccordement se manifeste à très grande échelle.

Ça demeurera marginal, parce qu’aussitôt qu’il y a une certaine densité de la population, le service devient disponible. Et évidemment, les distributeurs n’aiment pas que des personnes opèrent à la marge du réseau et veulent y avoir accès.
Une citation de Jean-Thomas Bernard, professeur à l’Université d’Ottawa
Jean-Thomas Bernard, professeur au Département de Sciences économiques à l'Université d'Ottawa.

Jean-Thomas Bernard est professeur au Département de sciences économiques à l'Université d'Ottawa.

Photo : Radio-Canada

Dans un courriel, Hydro One souligne que le nombre de ses clients continue d’augmenter. L’entreprise signale avoir 18 000 nouveaux abonnés chaque année.

Une porte-parole explique que la Commission de l’énergie de l’Ontario demande aux clients qui ont des propriétés non branchées de prendre en charge les coûts de la connexion.

L'Association des distributeurs électriques de l’Ontario précise que cette règle vise à protéger les clients en empêchant que les coûts liés aux besoins d’un client particulier soient déboursés par d’autres clients.

La fiabilité est une priorité pour les consommateurs d’électricité en Ontario et c’est un avantage important d’être connecté au réseau électrique, en plus de la tranquillité d’esprit et la qualité du service, ajoute la porte-parole de l’organisation Teresa Sarkesian.

Une animatrice de radio devant un micro

L'énergie solaire et éolienne que recueille Craig Timmermans sert à alimenter les bureaux et les studios de ses deux stations de radio.

Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga

À Hearst, dans le Nord de l’Ontario, Gérald Proulx, qui vit dans sa maison entièrement alimentée par l’énergie solaire depuis 16 ans, dit tout même avoir cette tranquillité d’esprit justement parce qu’il n’est plus connecté au réseau électrique.

Pour ne pas excéder la capacité énergétique du système dont il dispose, il doit se priver de certaines choses, comme l’usage d’une sécheuse.

Des panneaux solaires devant une maison

La maison de Gérald Proulx, de Hearst, est entièrement alimentée par l'énergie solaire depuis 2005.

Photo : Radio-Canada / Francis Bouchard

Il dit toutefois n'avoir jamais regretté son choix, d’autant plus qu’il n’a jamais été privé d’électricité aux nombreuses occasions, depuis 2005, où ses voisins ont été plongés dans le noir en raison d’une panne du réseau.

C’est une bonne satisfaction personnelle d’être indépendant. Je n’ai pas besoin de dépendre d’un service [quelconque], on est autonome, affirme-t-il.

Il concède avoir des connaissances techniques avancées qui lui permettent de régler lui-même les pépins qu’il rencontre occasionnellement, mais insiste sur le fait que la technologie est facilement accessible à tous.

Je connais d’autres gens qui n’ont peut-être pas les mêmes connaissances, et ça fonctionne pour eux aussi. C’est juste un petit peu de recherches à faire et ça se fait très bien.

Avec la collaboration de John Lancaster de CBC News

Bienvenu Senga

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