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[Reportage] Cinq candidats d’origine maghrébine aux municipales de Québec

Un homme debout devant une affiche électorale accrochée à un poteau dans la rue.

Boufeldja Benabdallah est candidat dans le district Cap-aux-Diamants à Québec aux élections municipales du 7 novembre 2021.

Photo : Radio Canada International / Samir Bendjafer

Samir Bendjafer

Cinq membres de la communauté maghrébine et arabe se présentent aux élections municipales du 7 novembre à Québec, capitale de la province canadienne du même nom.

Le nom du district électoral Cap-aux-Diamants peut ne rien signifier pour quelqu’un qui ne réside pas à Québec, qu’il soit touriste ou visiteur. Pourtant, ce district couvre la partie la plus connue de la ville : le Vieux-Québec.

C'est ici, dans un appartement de la rue Saint-Jean, que Boufeldja Benabdallah s’est installé à son arrivée à Québec en 1969.

Plus de 50 ans plus tard, il a été choisi comme candidat dans ce district par le parti municipal Équipe Marie-Josée Savard aux prochaines élections.

Quelques statistiques sur la ville de Québec :

  • Population : 531 902 habitants (en 2016)
  • Pourcentage d'immigrants : 7,2 %, dont environ 10 % d’origine maghrébine
  • Nombre d’électeurs : 410 973 (sur la liste électorale de 2021)


Sources : Ville de Québec et le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l'Intégration (MIFI) au Québec

Dans une entrevue accordée à Radio Canada International (RCI), Boufeldja Benabdallah raconte ses souvenirs et se rappelle son jeune temps.

Après avoir obtenu son baccalauréat [fin d’études secondaires donnant accès à l’université, NDLR] en Algérie, il a décidé de voyager pour découvrir le monde avec un groupe d’amis.

Certains d'entre eux sont allés en Union soviétique et dans d’autres pays de l'Europe de l'Est, alors que M. Benabdallah a reçu une offre pour aller au Canada.

J’ai loué ma première chambre sur la rue Saint-Jean. Nous étions trois étudiants maghrébins à l’Université Laval en 1969, déclare M. Benabdallah à RCI devant l’église Saint-Jean-Baptiste dans la même rue.

Après des études à la Faculté de foresterie de l’Université Laval, il a passé la majeure partie de sa carrière professionnelle dans l’industrie du bois et du développement durable au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

En 2017, le Québec et le monde entier ont découvert cet homme après l’attaque armée survenue le 29 janvier à la grande mosquée de Québec au Centre culturel islamique de la ville (CCIQ). À cette époque, M. Benabdallah dirigeait la mosquée du CCIQ, dont il est le cofondateur.

J’ai toujours été actif dans les cercles communautaires et dans le domaine du vivre-ensemble. Puis est arrivée l’attaque du 29 janvier 2017 qui m’a mis en première ligne. Honnêtement, je n’avais jamais imaginé ce qui s’est passé [ce jour-là] et je ne cherchais pas cette célébrité.
Une citation de Boufeldja Benabdallah, cofondateur du Centre culturel islamique de Québec et candidat aux élections municipales à Québec

Malgré les innombrables entrevues qu’il a accordées depuis l’attentat, M. Benabdallah n’a pas pu assouvir son envie de servir les autres.

Il manquait toujours un petit quelque chose à l’intérieur de moi que je n’arrivais pas à identifier. Puis, un jour, l’Équipe Marie-Josée Savard m’a appelé pour me proposer d’être candidat. Ils m’ont dit que dans le domaine du vivre-ensemble à Québec, il y avait encore des choses à faire, déclare M. Benabdallah avant d’ajouter qu’il s’est alors rendu compte que le temps était venu pour moi de transformer mes rêves et mes paroles en actes.

Mme Savard est membre du comité exécutif du parti de l’actuel maire de Québec, Régis Labeaume, qui, après quatre mandats consécutifs à la mairie de Québec, a décidé de ne pas briguer un nouveau mandat et l’a choisie pour lui succéder à la tête de son parti.

M. Labeaume aurait quelque chose à voir avec la sélection de M. Benabdallah par l’Équipe Marie-Josée Savard comme candidat aux prochaines élections municipales. Une solide amitié s'est forgée entre les deux hommes dans la foulée de l'attentat de la grande mosquée de Québec.

La tâche du candidat Boufeldja Benabdallah ne sera toutefois pas simple dans le district de Cap-aux-Diamants, remporté aux dernières élections municipales par Jean Rousseau, chef du parti Démocratie Québec (DQ) et candidat à la mairie de Québec aux prochaines élections.

M. Benabdallah est conscient des défis qui l’attendent. Mais si je n’essaie pas, je n’obtiendrai rien, estime-t-il.

Sophia Laababsi

Une femme debout dans la rue à côté d’une affiche électorale accrochée à un poteau.

Sophia Laababsi, candidate de Québec forte et fière dans le district du Plateau à Québec pour l'élection municipale du 7 novembre 2021.

Photo : Radio Canada International / Samir Bendjafer

Sophia Laababsi est la candidate du parti Québec forte et fière dans le district du Plateau.

Âgée de 26 ans, elle est née à Montréal-Nord, dans l'un des quartiers les plus multiculturels de la grande métropole québécoise. Elle a déménagé à Québec avec sa famille d’origine marocaine à la fin de ses études primaires.

J’habite le Plateau [le quartier qui a donné son nom au district électoral, NDLR] depuis 16 ans, dit Mme Laababsi à RCI, qui l’a rencontrée dans une boulangerie du district, à quelques pas de la grande mosquée de Québec.

Le quartier du Plateau est au cœur du pluralisme de la ville de Québec. On y trouve des gens qui vivent dans des logements sociaux et d’autres qui vivent dans des maisons qui valent plus que le prix médian des maisons à Québec. C’est un quartier qui accueille beaucoup d’immigrants, de réfugiés et de nouveaux étudiants.
Une citation de Sophia Laababsi, candidate aux élections municipales à Québec

Malgré son jeune âge, Sophia Laababsi est propriétaire d’un restaurant à Québec et possédait auparavant une garderie pour enfants.

Sa maturité ne vient pas de nulle part. À l’école primaire, elle a été présidente du conseil des élèves, puis est devenue, entre autres, capitaine de l’équipe de basket-ball.

Elle estime que la gestion des problèmes des citoyens commence au niveau municipal.

C’est ici que vivent les gens. Il est certain que l’aide des autres paliers de gouvernement est nécessaire, mais les besoins des gens sont déterminés localement. La municipalité doit prendre des mesures pour amener les autorités provinciales et fédérales à prendre en charge les demandes des citoyens, précise Mme Laababsi.

Elle dit avoir choisi de se présenter pour le parti Québec forte et fière lorsque son chef, Bruno Marchand, lui a présenté son équipe et son programme.

Le chef du parti accorde une grande importance au rapprochement entre les gens plutôt qu’à la division. Et à Québec nous en avons besoin, surtout depuis l’attaque à la mosquée, ajoute la candidate.

Lors des dernières élections en 2017 et celles d’avant en 2013, un candidat de l’équipe du maire sortant a remporté le district du Plateau.

Quel que soit le résultat de ces élections, pour Sophia Laababsi, rien n'est un "échec" dans la vie. Ces élections sont une expérience à travers laquelle j’ai découvert et appris beaucoup de choses.

Dalila Elhak

Une femme debout dans la rue à côté d'un bac à plantes.

Dalila Elhak est candidate indépendante dans le district de Maizerets-Lairet à Québec à l'élection municipale du 7 novembre 2021.

Photo : Radio Canada International / Samir Bendjafer

Dalila Elhak est candidate indépendante dans le district de Maizerets—Lairet. Originaire de la Tunisie, elle a immigré au Canada à la fin de 1999.

Mme Elhak a vécu à Montréal jusqu’en 2013, puis a déménagé à Québec après avoir été victime de violence conjugale, selon elle.

Elle ajoute qu’elle n’avait pas l’intention de rester dans cette ville et comptait s’éloigner de la province de Québec. Un jour, un incendie s’est déclaré dans sa maison, et la solidarité de ses voisins l’a aidée à surmonter l’épreuve. Cela lui a fait changer d'avis et renoncer à l’idée de s’installer dans une autre province.

J’ai alors su que ma place était ici, à Québec, affirme-t-elle.

Dalila Elhak a commencé à s'impliquer en politique en Tunisie. C’était avant la révolution de 2011, lorsqu’elle était responsable de l'association étudiante de l’Institut de Presse et des Sciences de l’Information à Tunis.

Mon intérêt pour la politique au Québec est apparu en 2013, lorsque la ville de Québec a connu une vague de pollution de l'air en raison de la poussière de nickel provenant du port.
Une citation de Dalila Elhak, candidate aux élections municipales à Québec

Dans son quartier de Maizerets, Dalila Elhak a proposé l’idée d’un projet d’agriculture urbaine, Croque mon potager, qui a vu le jour le printemps dernier.

Mme Elhak s’est impliquée aussi en politique fédérale sous la bannière du Parti vert du Canada et en politique provinciale sous la bannière de son pendant provincial, le Parti vert du Québec.

Aux élections fédérales du 20 septembre dernier, elle était candidate du Parti vert dans la circonscription de Beauport—Limoilou à Québec et a terminé en cinquième position.

C’est le parti qui correspond à mes valeurs. Je ne cherche pas le pouvoir, dit Mme Elhak.

Après les élections fédérales, Mme Elhak a attaqué la cheffe du Parti vert du Canada, Annamie Paul, et lui a demandé de démissionner de son poste en raison des mauvais résultats du parti et de la crise interne qui l’a secoué depuis bien avant les élections.

Aux élections municipales, la course ne sera pas facile pour Mme Elhak dans Maizerets—Lairet. Le parti du maire sortant a remporté les deux dernières élections, en 2013 et 2017, dans ce district.

Mais cela n’affaiblit pas sa détermination. Je n’admets jamais l’échec. Il y a toujours quelque chose de positif dans tout ce que nous faisons, affirme-t-elle.

Dalila Elhak mènera bientôt une autre bataille : elle a exprimé son intention de se présenter à la direction du Parti vert du Canada.

Omar Berri

Un homme debout dans la rue devant une affiche électorale.

Omar Berri, candidat de Démocratie Québec dans le district de Maizerets—Lairet à Québec pour l'élection municipale du 7 novembre 2021.

Photo : Radio Canada International / Samir Bendjafer

Un autre candidat d’origine maghrébine se présente aussi dans Maizerets—Lairet. Il s’agit d’Omar Berri, candidat de Démocratie Québec.

Avant d’entrer dans l’arène politique municipale, Omar Berri s'est fait connaître du public lors de la crise du secteur du taxi au Québec, lorsque le gouvernement a introduit des changements aux lois en vigueur. Omar Berri était l’un des porte-paroles des chauffeurs de taxi.

Il n'est pas un inconnu dans le milieu politique et le milieu politique ne lui est pas inconnu. La politique n'est pas nouvelle pour moi, déclare Omar Berri, qui a immigré au Canada en 2003 en provenance du Maroc et vit à Québec depuis.

Je suis actif en politique au niveau provincial et au niveau fédéral, ajoute M. Berri.

En effet, il est le trésorier de l’Association libérale de Charlesbourg à Québec, au niveau provincial, et occupe également le poste de président de l’Association libérale de Charlesbourg—Haute-Saint-Charles au niveau fédéral.

Sa décision de se lancer en politique municipale découle de son désaccord avec le maire sortant de Québec, Régis Labeaume.

Lorsque j’intervenais en tant que citoyen au conseil municipal de Québec, l’équipe du maire Labeaume ne me prêtait pas une oreille attentive. C’est alors que j’ai décidé d’entrer dans le monde de la politique municipale.
Une citation de Omar Berri, candidat aux élections municipales à Québec

M. Berri, diplômé en horticulture, se dit intéressé par les enjeux de transport à Québec. C’est un combat que je mène pour les personnes à mobilité réduite, dit-il.

Il ajoute que la pollution fait partie des autres questions qui l’intéressent. Nous avons deux sources de pollution dans notre district : le port de Québec et l’incinérateur de déchets.

En septembre, le maire Labeaume a dit que les analyses montraient que les gaz émis par l’incinérateur de déchets étaient compatibles avec toutes les réglementations en vigueur.

Soulignons que RCI a contacté par courriel le cinquième candidat d’origine maghrébine, Ali Dahan, mais n’a reçu aucune réponse de sa part.

Voici une capsule vidéo d'Élections Québec pour inciter les gens à voter aux élections municipales du 7 novembre qui auront lieu dans tout le Québec :

Note : ce reportage est également disponible en arabe, et a été traduit en français par Fadi Harouny.

Samir Bendjafer

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