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Michel Jean raconte l’itinérance autochtone dans son nouveau roman, Tiohtià:ke

L'homme est assis dans le studio de Tout le monde en parle.

L'écrivain Michel Jean était de passage à « Tout le monde en parle » dimanche pour faire la promotion de son dernier roman.

Photo : A. Media / Karine Dufour

RCI

Alors qu’il revient d’Allemagne, où il était attendu avec impatience à la Foire du livre de Francfort pour dédicacer son livre Kukum, le journaliste, chef d’antenne et auteur Michel Jean s’apprête à lancer Tiohtià:ke, qui signifie Montréal en langue mohawk. Ce nouveau roman nous plonge dans la réalité de l’itinérance autochtone en milieu urbain.

Campé au square Cabot, lieu de rassemblement de plusieurs personnes autochtones dans la métropole québécoise, le roman suit l’histoire d’Élie Mestenapeo. Cet homme innu, qui sort de prison après avoir purgé une peine de 10 ans pour le meurtre de son père, un homme alcoolique et violent. Banni à vie de sa communauté, Nutashkuan, il fera des rencontres déterminantes dans la grande ville et tentera de s’y créer une nouvelle famille.

De passage à Tout le monde en parle dimanche soir, Michel Jean a d’abord expliqué à quel point le bannissement est lourd de signification pour une personne autochtone. Souvent, les gens vont dire : "Ce n’est pas comme la prison, il n’y a rien là" [...] Mais j’ai essayé de montrer dans le livre que pour des gens qui ont grandi en communauté autochtone, être expulsés de là, c’est extrêmement difficile, a-t-il affirmé.

Il parle en connaissance de cause, puisque son livre est en partie basé sur une expérience similaire, vécue par une personne de son entourage.

Photo du Square Cabot à Montréal, avec un passant vu de loin.

Le square Cabot est devenu un point de rencontre de nombreux itinérants autochtones de la métropole.

Photo : Radio-Canada / Ismaël Houdassine

Les gens sont là pour une raison

Souvent désemparées, les personnes issues de communautés autochtones ont tendance à se rassembler lorsqu’elles arrivent à Montréal, par solidarité. Toutes les différentes nations se retrouvent ensemble. C’est comme une grosse tribu qui va être mélangée : les Cris, les Atikamekw, les Inuits, etc. J’ai voulu montrer cette réalité-là, a expliqué M. Jean.

Il observe que cette présence a tendance à irriter les gens, peut-être parce qu’il y a de l'incompréhension. On commence à se préoccuper de ça quand on voit les gens dans la rue et que ça vient déranger notre confort, [mais] les gens sont là pour une raison. Quand on lit le roman, on comprend que [la présence de] ces personnes-là est la conséquence des pensionnats autochtones.

Couverture de roman représentant un corbeau et des taches de plusieurs couleurs. Agrandir l’image (nouvelle fenêtre)

La couverture du dernier roman de Michel Jean

Photo : Éditions Libre Impression

Michel Jean estime que Tiohtià:ke vient compléter une trilogie, bien qu’il ne l’avait pas pensée comme telle au départ.

C’est un peu comme la fin d’une trilogie. Kukum, c’est mon arrière-grand-mère, c’est la sédentarisation forcée. Atuk, elle et nous, c’est la fille qui retourne dans le monde blanc, c’est moi. Et dans Tiohtià:ke, ce sont les petits-enfants, les conséquences des pensionnats.

Des propos de Jean Chrétien qui font sourciller

Michel Jean a également voulu dissiper la confusion entourant les termes pensionnat autochtone. Plus tôt dans la soirée, l’ancien premier ministre Jean Chrétien avait affirmé qu'il ne savait rien des atrocités commises (nouvelle fenêtre) contre les enfants autochtones dans les pensionnats lorsqu’il était ministre des Affaires indiennes, de 1968 à 1974.

Il avait ensuite semblé dresser un parallèle entre les pensionnats pour Autochtones et sa propre expérience dans les pensionnats des collèges classiques. Je savais qu’il y avait des pensionnats [...] J’ai été pensionnaire, moi, de l’âge de 6 ans jusqu’à l’âge de 21 ans. J’en ai mangé, des fèves au lard pis du gruau. C’est sûr que c’est difficile, la vie de pensionnaire, extrêmement difficile.

Des propos qui ont fait sourciller Michel Jean. Je pense que M. Chrétien, en tout respect, ne réalise pas c’est quoi, un pensionnat autochtone, a-t-il réagi. Le mot "pensionnat" fait penser aux gens que c’est une école, qu'on apprend aux gens à écrire, alors que ce n'était pas ça.

Il y avait des sévices, des agressions [...] Il y a quelqu’un dans ma famille qui m’a raconté qu’il est allé au pensionnat de Fort-Georges et qu'il a été agressé sexuellement tous les jours pendant huit ans par une religieuse, a-t-il affirmé.

Un accueil chaleureux en Allemagne

Michel Jean est également revenu sur son récent voyage à Francfort-sur-le-Main, en Allemagne, où il est allé avec quelques auteurs et autrices représenter le Canada, qui était invité d’honneur de la Foire de Francfort. Il avoue avoir été soufflé par l’accueil que lui a réservé le public allemand, qui a récemment pu lire Kukum traduit en allemand.

J’étais un peu sous le choc. Ils ont plus parlé de la sortie de Kukum en Allemagne que quand il est sorti au Québec.
Une citation de Michel Jean

L’écrivain ajoute qu’il a même reçu des louanges de la femme de Patrick Süskind, auteur du très populaire livre Le parfum. Le roman Tiohtià:ke paraîtra le mercredi 27 octobre.

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