1. Accueil
  2. International
  3. Conflits armés

Soudan : la protestation se poursuit contre le coup d’État, Washington fait pression

Des manifestants font le signe de la paix et chantent des slogans.

Des milliers de manifestants prodémocratie ont pris les rues de Khartoum lundi pour dénoncer le coup d'État perpétré par l'armée soudanaise pendant la nuit.

Photo : afp via getty images

Agence France-Presse

Les manifestants poursuivaient lundi soir leurs protestations au Soudan; ils dénoncent un coup d'État militaire et l'arrestation de nombreux dirigeants. Washington annonce la suspension d'une aide de 700 millions de dollars.

Selon un syndicat de médecins prodémocratie, 3 personnes ont été tuées et 80 blessées par les militaires à Khartoum.

Après que le général Abdel Fattah al-Burhane eut dissous les autorités de transition dans un putsch dénoncé à l'international, le premier ministre Abdallah Hamdok, son épouse et au moins sept responsables civils – ministres et membres civils du Conseil de souveraineté, soit la plus haute autorité de la transition – étaient détenus par les militaires, selon Amnistie internationale.

Le général en habit militaire s'adresse à la nation.

Le général Abdel Fattah al-Burhane, lors de son allocution à la télévision d'État

Photo : Associated Press

Des images de manifestants déterminés à ne pas abandonner la transition démocratique entamée après la destitution en 2019 du dictateur Omar El-Béchir circulaient sur les réseaux sociaux lundi soir, montrant les protestataires critiquer le général Burhane.

Le peuple a choisi un État civil et non un pouvoir militaire, ont scandé plus tôt les manifestants à Khartoum, ont constaté des correspondants de l'AFP.

Dans ce pays pauvre d'Afrique de l'Est, quasiment toujours sous la férule des militaires et des islamistes depuis son indépendance il y a 65 ans, la transition battait de l'aile depuis longtemps.

En avril 2019, l'armée a mis fin à 30 ans de pouvoir de Béchir sous la pression d'une mobilisation de masse. En août de la même année, le Conseil de souveraineté, composé équitablement de civils et de militaires, a pris la tête du pays et a promis les premières élections libres à la fin de 2023.

Mais lundi, le général Abdel Fattah al-Burhane est apparu à la télévision d'État – envahie plus tôt par les militaires. Il a répété qu'il souhaitait toujours une transition vers un État civil et des élections libres en 2023, même si tous les dirigeants ont été relevés de leurs fonctions.

Le gouvernement et le Conseil de souveraineté sont dissous, les préfets et ministres, limogés, et l'état d'urgence est déclaré dans tout le pays, a indiqué le général.

En fin d'après-midi, un syndicat de médecins prodémocratie recensait les premières victimes des balles de l'armée alors que les institutions appelant à la désobéissance civile et la grève générale se multipliaient (ingénieurs, médecins, Banque centrale), faisant écho à l'appel du bureau de M. Hamdok à manifester pour sauver la révolution de 2019.

Car, explique à l'AFP Jonas Horner, chercheur à l'International Crisis Group, c'est un moment existentiel pour les deux camps, civil et militaire. Ce genre d'intervention […] réintroduit la dictature comme option, ajoute-t-il.

Abdallah Hamdok parle dans un micro.

Abdallah Hamdok, le premier ministre soudanais (archives)

Photo : Reuters / MOHAMED NURELDIN ABDALLAH

Craignant pour la vie du chef de gouvernement, le bureau de M. Hamdok a averti que les autorités militaires portaient l'entière responsabilité de son sort dans un pays déjà secoué par un coup d'État déjoué en septembre (nouvelle fenêtre).

Un concert de protestations internationales

Le Conseil de sécurité de l'ONU doit tenir une réunion d'urgence mardi sur la situation.

Michelle Bachelet, la haute-commissaire aux droits de la personne de l'ONU, dit craindre un désastre si le Soudan revenait en arrière […] après des décennies de dictature.

Le Canada condamne fermement cette prise de contrôle par les militaires.

Cette action est inacceptable et contraire à la volonté du peuple soudanais. [...] Nous demandons aux militaires de se retirer, de respecter les dispositions de la transition démocratique et de rétablir le processus de transition, a indiqué le ministre canadien des Affaires étrangères, Marc Garneau.

L'Union européenne appelle la communauté internationale à remettre la transition soudanaise sur les rails et lui enjoint de rétabli[r] les télécommunications largement coupées dans le pays lundi.

Washington coupe les vivres

Les États-Unis ont condamné fermement le renversement du gouvernement civil par les militaires et réclamé son rétablissement immédiat, et ont annoncé la suspension d'une aide financière importante de 700 millions de dollars à la transition soudanaise.

Nous rejetons totalement la dissolution du gouvernement civil de transition et de ses institutions et appelons à leur rétablissement immédiat, a affirmé le secrétaire d'État américain Antony Blinken dans un communiqué lundi soir.

L'arrestation du premier ministre Hamdok et d'autres dirigeants civils est inacceptable. Les forces militaires doivent garantir leur sécurité et les libérer immédiatement, a-t-il ajouté.

Face à ces critiques qui s'accumulent à l'étranger, le général Burhane a donné un gage de poids : il s'est engagé à respecter les accords internationaux signés par le Soudan, l'un des États arabes à avoir récemment décidé de reconnaître Israël.

Un homme saute par-dessus des pneus en feu. Une foule se trouve derrière lui.

Un manifestant saute par-dessus une barricade enflammée.

Photo : afp via getty images

Dans les rues de Khartoum, de nombreux Soudanais fustigeaient déjà tôt ce matin l'armée.

Nous refusons le régime militaire et sommes prêts à sacrifier nos vies pour la transition démocratique.
Une citation de Haitham Mohamed

On ne quittera pas la rue avant le retour du gouvernement civil, a affirmé Sawsan Bachir, sous des drapeaux soudanais.

La tension avait monté dernièrement entre les deux camps. Le 16 octobre, des proarmée avaient planté leurs tentes devant le palais présidentiel, où siégeaient les autorités de transition.

En réponse, le 21 octobre, des procivils étaient descendus par dizaines de milliers dans les rues du pays pour, disaient-ils, sauver leur révolution.

À la une