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La canicule sous-marine des Grands Lacs

Le lac Supérieur lors d'une journée d'octobre orageuse.

Le lac Supérieur est le plus profond des Grands Lacs et ses eaux se réchauffent à une vitesse alarmante.

Photo : Radio-Canada / Jean-Loup Doudard

Ezra Belotte-Cousineau

La température de l'eau des Grands Lacs n’a pas été aussi chaude au mois d’octobre depuis 1995.

Les données recueillies par divers organismes environnementaux démontrent que le lac Supérieur a d’ailleurs connu des températures au-dessus des normales saisonnières toute l’année.

Depuis les 10 dernières années, les experts ont remarqué une tendance de réchauffement aquatique, avec des records de température plus élevée allant parfois jusqu’à 15 °C au-dessus des normales.

Les causes de cette hausse

Selon Rachel Modestino, météorologue à MétéoMédia, cette situation est le résultat des chaleurs estivales tardives.

Rachel Modestino est debout devant un écran où l'on voit une carte des températures des Grands Lacs.

Rachel Modestino, de MétéoMédia, estime que de telles températures aquatiques pour les Grands Lacs en cette saison pourraient créer de plus grandes précipitations qu'à la normale.

Photo : Radio-Canada / Avec l'autorisation de : Rachel Modestino

Selon elle, même si l’été dans la région des Grands Lacs n’a pas connu de grande canicule, la température en général est restée au-dessus de la normale pour une longue période, ce qui a contribué à réchauffer les eaux.

Toujours selon Mme Modestino, cet état pourrait compliquer l'automne des riverains.

En termes météorologiques, des eaux chaudes sont définitivement un "combustible". Il y a beaucoup d'énergie donc cela va créer beaucoup de précipitations.
Une citation de Rachel Modestino, météorologue Météo Média

Vous pouvez voir sur la carte suivante la différence entre les températures des eaux des Grands Lacs en 2007 versus 2021 à pareille date au mois de janvier.

Deux cartes montrant les températures des Grands lors d'années différentes sont montées l'une à côté de l'autre.Agrandir l’image (nouvelle fenêtre)

On peut comparer ici en 14 ans, la différence de la température des Grands Lacs au mois de janvier.

Photo : Radio-Canada / Avec l'autorisation de : NOAA - Great Lakes Environmental Research Laboratory

Le cas du lac Supérieur

Le lac Supérieur est le Grand Lac situé le plus au Nord, le plus vaste et normalement le plus froid, explique Andréa Dube, la directrice de programme de l'organisme Fresh Water Future Canada.

Les lacs Érié et Ontario ne sont pas aussi profonds que le lac Supérieur et, selon madame Dube, ils réagissent donc beaucoup plus aux contacts de l’air ambiant.

Avec ses 405 mètres de profondeur, toujours selon la directrice, le lac Supérieur est donc habituellement moins sensible à ces changements de température.

Et comme elle explique, le lac Supérieur a une grande influence sur l’état des autres Grands Lacs.

Le lac Supérieur se réchauffe à une plus grande vitesse maintenant, et comme il est en amont, il se déverse dans les autres lacs. Et cela influence beaucoup ces autres lacs. Donc c'est inquiétant particulièrement de voir ce lac se réchauffer à cette vitesse.
Une citation de Andréa Dube, directrice de programme, Fresh Water Future Canada

Conséquences de cette hausse

Aux États-Unis, Mike Shriberg, le directeur de la section Grands Lacs de l’organisme américain National Wildlife Federation s'inquiète aussi de la situation.

Selon lui, la faune aquatique va être affectée, car plusieurs espèces, notamment les truites et les saumons, ont besoin d’eau froide et claire afin de se reproduire.

Une augmentation de la température de l'eau pourrait déranger leurs cycles de reproduction et aussi d’alimentation selon lui.

Saumons dans l'eau.

Le saumon, qui est une espèce qui a été introduite par l'homme dans les Grands Lacs, pourrait potentiellement en disparaître en raison des températures trop élevées. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Paul Vecsei/Engbretson Underwater Photography

En conséquence, M. Shriberg estime qu'on pourrait voir certaines espèces disparaître ou migrer des eaux des Grands Lacs.

Ce phénomène, ajoute-t-il, pourrait aussi toucher les oiseaux et les mammifères, notamment les orignaux.

De plus, le directeur de la section Grands Lacs de l’organisme américain National Wildlife Federation explique que ces migrations ne sont pas toujours possibles.

Parfois, certains animaux ne peuvent pas migrer. Ils sont bloqués par le développement urbain ou bien il peut s'agir d'écosystèmes différents. Peut-être qu'il s'agit d'une espèce qui vit en marécage mais plus au nord, il n'y a que de la forêt... Même si c'est une espèce qui peut nager ou marcher, l'habitat adéquat pour cette espèce n'existe peut-être pas plus au Nord.
Une citation de Mike Shriberg, directeur section Grands Lacs, National Wildlife Federation

Pour les riverains des Grands Lacs, les conséquences seront cette année davantage d’ordre météorologique.

Mme Modestino explique que plus le contraste entre l’eau chaude et l’air frais est important, plus des événements climatiques intenses peuvent se produire.

Il y a beaucoup d'énergie dans ces eaux et elle ne va pas rester là. [...] Si vous vivez près des Grands Lacs, préparez vos pelles et peut-être même vos pneus d'hiver tôt dans la saison.
Une citation de Rachel Modestino, météorologue à MétéoMédia
Ezra Belotte-Cousineau

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