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[Reportage] Retour sur le deuxième Sommet de l’immigration au Québec

Cinq personnes assises sur des chaises en haut d'une estrade.

La plénière d'ouverture du deuxième Sommet de l'immigration au Québec qui s'est tenu à Québec le 19 octobre 2021.

Photo : RCI / Samir Bendjafer

Samir Bendjafer

La ville de Québec a accueilli le deuxième Sommet de l'immigration au Québec mardi. Cet événement a donné l’occasion à ceux qui travaillent dans le secteur de l’immigration de se retrouver et de discuter des défis professionnels après plus de 18 mois de vie en pandémie de COVID-19.

Fait inhabituel, l’autobus qui s’est arrêté devant le Château Frontenac le 19 octobre dernier ne transportait pas de touristes de l’extérieur du Canada venus visiter la vieille ville, un des symboles de l’Amérique du Nord francophone.

À bord de l'autobus se trouvaient plutôt les participants du second Sommet de l’immigration au Québec. La première édition avait eu lieu à Montréal en 2019.

Les restrictions imposées en 2020 en raison de la pandémie de COVID-19 avaient empêché la tenue de ce deuxième sommet l'année dernière, selon Immigrant Québec Pro, organisateur de l'événement.

Une femme debout à côté d'une affiche du 2e Sommet de l'immigration au Québec.

Nisrin Al Yahya, directrice générale de CARI St-Laurent, un organisme de services aux immigrants.

Photo : RCI / Samir Bendjafer

Ce sommet est un événement en soi, car il rassemble de nombreux acteurs de différents domaines du secteur de l’immigration après une période très difficile pour tous marquée par la pandémie de COVID-19, dit Nisrin Al Yahya, directrice générale du centre CARI St-Laurent, qui offre des services aux immigrants à Montréal.

Le Sommet nous permet de nous réunir pour partager des expériences sur les défis du système d’immigration au Québec.
Une citation de Nisrin Al Yahya, directrice générale du centre CARI St-Laurent

Selon Mme Al Yahya, un événement comme celui-ci est utile pour son organisme communautaire. En entrevue avec Radio Canada International (RCI), elle cite des problèmes qui ont émergé pendant la pandémie chez les immigrants et souligne qu’elle est venue à ce sommet chercher de nouvelles idées et expériences.

Parmi les problèmes qui sont apparus pendant la pandémie, nous pouvons mentionner celui de la littératie numérique, que nous connaissions déjà auparavant, mais qui s’est aggravée depuis le début de la crise sanitaire, souligne Mme Al Yahya.

Les organisateurs ont expliqué que le Sommet n’a pas été conçu comme lieu de discussion, bien que les discussions y soient inévitables, mais plutôt comme une plateforme orientée vers la recherche de partenariats entre les différents acteurs du secteur de l’immigration.

L’objectif du Sommet est de créer un espace permettant aux professionnels intéressés par l’immigration de communiquer et d’engager le dialogue, précise Julie Bourgeois, directrice du développement d'affaires et du marketing chez Québec Immigrant Pro.

Un homme et une femme debout devant une affiche du Sommet de l'immigration au Québec.

Christophe Berthet, directeur général d'Immigrant Québec Pro, et Julie Bourgeois, directrice du développement des affaires et du marketing au même organisme.

Photo : RCI / Samir Bendjafer

Mme Bourgeois ajoute que le Sommet permet à tous les professionnels de se retrouver en séance plénière avec des intervenants qui expliquent leur vision. L'événement leur offre aussi la possibilité de participer à des ateliers sur les questions d’immigration.

Par exemple, le Sommet permet aux organismes communautaires d’augmenter les opportunités de réseautage et de bénéficier d’expériences, car il vise à être un lieu de partage des meilleures pratiques.
Une citation de Julie Bourgeois, directrice du développement d'affaires et du marketing chez Québec Immigrant Pro

Les ateliers permettent aux participants de faire cela, et les organisateurs en ont tenu 12 cette année. Les sujets abordés allaient de la préparation de l’arrivée de travailleurs étrangers aux défis de l’embauche dans un contexte pluraliste.

Une femme debout à côté d'une affiche du 2e Sommet de l'immigration au Québec.

Souad Ouared, directrice partenariats nouveaux arrivants à la Banque Nationale, a animé un atelier qui a réuni des experts en immigration lors du deuxième Sommet de l'immigration au Québec.

Photo : RCI / Samir Bendjafer

Pour Christophe Berthet, directeur général de Québec Immigrant Pro, la réunion des professionnels intéressés par l’immigration pour échanger sur leurs enjeux et leurs meilleures pratiques est plus que jamais nécessaire au moment où la crise sanitaire sans précédent que nous avons vécue touche à sa fin.

La même idée est partagée par Souad Ouared, directrice Partenariats nouveaux arrivants à la Banque Nationale, une grande banque canadienne dont le siège social est à Montréal. Mme Ouared a animé un atelier qui a réuni des experts en immigration.

Le Sommet de l’immigration au Québec est un rendez-vous incontournable. Tous les acteurs majeurs impliqués dans le domaine de l’immigration s’y réunissent pour réfléchir sur les politiques d’immigration et d’intégration, dit Mme Ouared.

Souad Ouared, qui vient du secteur bancaire, souligne que l’inclusion financière est également un élément important de tout projet d’immigration réussi.

Il faut soutenir les nouveaux arrivants dans leur intégration financière en leur expliquant que le système financier canadien est différent de celui de leurs pays d’origine. Cela leur évitera de commettre des erreurs [comme une mauvaise gestion du crédit] qui pourraient avoir un impact sur leur intégration en général.
Une citation de Souad Ouared, directrice Partenariats nouveaux arrivants à la Banque Nationale

Immigration et COVID-19

Le sommet de l’immigration a bénéficié du soutien du gouvernement du Québec. Deux ministres ont assisté à son lancement : Nadine Girault, ministre des Relations internationales et de la Francophonie, et Benoit Charette, ministre de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques et ministre responsable de la Lutte contre le racisme.

Bien qu’ils n’aient fait aucune déclaration précise, les deux ministres ont rappelé que l’immigration fait partie des solutions auxquelles croit le gouvernement de François Legault pour assurer une reprise économique forte et durable au Québec.

En raison de l’ouverture de la session parlementaire, les deux ministres ont quitté le sommet après avoir lu leurs discours pour rejoindre leurs collègues à l’Assemblée nationale du Québec.

La séance plénière d’ouverture s’est poursuivie sur le thème de la pandémie de COVID-19 et de l’adaptation des travailleurs dans le secteur de l’immigration à cette nouvelle réalité. D’autres hauts responsables québécois y ont également pris la parole.

Roger Tremblay, sous-ministre associé au ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, a souligné que la fermeture de l’économie québécoise en mars 2020 a eu un impact sur l’emploi.

827 000 employés ont perdu leur emploi en avril 2020, ce qui a fait bondir le taux de chômage au Québec de 4,5 % à 17,1 %.

Le chômage chez les travailleurs étrangers temporaires n'a pas augmenté au cours de cette période, selon M. Tremblay. Il explique que ces personnes occupaient des emplois de base, essentiels, dans le secteur de la distribution et de la production alimentaire ou dans les services de santé.

Audrey Murray, présidente de la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT), a dit de son côté qu’il est vrai que les statistiques sur l’emploi des travailleurs étrangers semblent bonnes pendant la pandémie, mais il convient de noter que la crise n'a pas eu les mêmes effets sur eux que sur le reste de la société.

Leur statut juridique n’était pas clair, ils détenaient des permis de travail à durée déterminée et ne savaient pas s’ils pouvaient rester au Québec ou s’ils devaient partir, ajoute Mme Murray.

Pour sa part, Owen-John Peate, sous-ministre adjoint à l'Immigration et à la Reconnaissance des compétences, a confirmé que le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l'Intégration (MIFI) a dû s'adapter aux mesures de fermeture prises par le gouvernement du Québec au début de la pandémie.

Il a donné l'exemple des services de francisation et d’intégration pour les nouveaux arrivants, qui étaient offerts en personne et sont passés au mode en ligne.

Le sujet de l’établissement des immigrants dans les régions a aussi été abordé. Charles Milliard, PDG de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), a souligné l’importance de l’établissement des immigrants à l’extérieur des grands centres urbains.

La régionalisation de l’immigration est l'un des principaux points de notre plan d'action. Les immigrants s’installent souvent à Montréal. La principale raison est qu’ils manquent d'information sur les autres régions.
Une citation de Charles Milliard, PDG de la Fédération des chambres du commerce du Québec

Quant à la reconnaissance des études et de l'expérience professionnelle des immigrants, la directrice générale de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés au Québec (CRHA) Manon Poirier estime que cette question en est une d’imputabilité.

Pendant de nombreuses années, nous avons demandé aux ordres professionnels d'améliorer la situation, mais nous ne leur avons pas donné d'objectifs clairs, précise Mme Poirier.

Elle ajoute que les ordres professionnels défendent la société et donne en exemple le processus de vaccination contre la COVID-19, où ils ont permis à de nombreuses personnes de se faire vacciner, ce qui n’était pas possible par le passé. Tout cela grâce à la coopération entre les différents ordres, affirme-t-elle.

Les organisateurs ont indiqué que le prochain Sommet sur l’immigration de 2022 est en cours de préparation. Il se tiendra dans l'une des régions du Québec, selon Julie Bourgeois, qui n’a pas voulu en dire plus.

Note : ce reportage est également disponible en arabe, et a été traduit en français par Fadi Harouny

Samir Bendjafer

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