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Les conservateurs critiquent la politique de vaccination obligatoire aux Communes

Erin O'Toole debout aux Communes.

Le chef de l'opposition, Erin O'Toole, pendant la période des questions à la Chambre des communes, le mercredi 10 mars 2021, à Ottawa.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Sophie-Hélène Lebeuf

Les conservateurs déplorent la politique obligeant les députés à être adéquatement vaccinés (nouvelle fenêtre) s'ils veulent siéger à la Chambre des communes ou même accéder au parlement.

Le Bureau de régie interne (BRI), l'organe directeur de la Chambre des communes, a annoncé mardi que cette mesure entrerait en vigueur le 22 novembre, date de reprise des travaux parlementaires.

Seul parti à ne pas soutenir la vaccination obligatoire des élus – et aussi à ne pas avoir dévoilé le statut vaccinal de sa députation –, le Parti conservateur du Canada (PCC) a pourfendu la décision.

S'il dit voir la vaccination comme l'outil le plus important pour nous sortir de cette pandémie, le whip de la formation, Blake Richards, estime dans une déclaration fournie à Radio-Canada que la démonstration du résultat négatif d’un récent test de dépistage rapide peut elle aussi assurer la santé et la sécurité au travail.

Nous encourageons tout le monde à se faire vacciner, mais nous n’acceptons pas que 7 députés, réunis en secret, décident lesquels des 338 députés venant d’être élus par les Canadiens peuvent entrer à la Chambre des communes pour représenter leurs électeurs, a-t-il soutenu.

Blake Richards fait pourtant lui-même partie du Bureau de régie interne qu'il critique, tout comme son collègue Gérard Deltell. Le Bureau de régie internequi fonctionne toujours à huis clos, compte neuf membres, incluant des élus libéraux, conservateurs, néo-démocrates et bloquistes.

À l'issue d'un appel entre le premier ministre Justin Trudeau, qui s'entretient avec tous les chefs des partis d'opposition avant la rentrée parlementaire, et le chef conservateur, Erin O’Toole, le Parti conservateur du Canada a critiqué l'approche du chef libéral.

M. O'Toole a demandé au premier ministre d’arrêter d’utiliser la vaccination comme outil de division politique et de traiter en priorité l’hésitation des Canadiens à se faire vacciner.
Une citation de Extrait du communiqué du Parti conservateur du Canada

Le premier ministre n’a pas répondu, et M. O’Toole l’a informé qu’au cours des prochaines semaines, les conservateurs du Canada vont présenter des idées pour réduire et arrêter l’hésitation à se faire vacciner, poursuit le communiqué.

Le Cabinet de Justin Trudeau a donné sa propre version de la même conversation, lui aussi dans un communiqué : Le premier ministre a souligné qu'il est nécessaire que tous les députés de la Chambre des communes soient entièrement vaccinés contre la COVID-19. M. O’Toole a présenté au premier ministre le point de vue de son parti à cet égard en vue de la reprise des travaux parlementaires le 22 novembre.

Le président du Bureau de régie interne , le libéral Anthony Rota, qui est aussi président de la Chambre, a précisé, dans le communiqué publié mardi, que l'imposition du vaccin s’appliquera à toute personne souhaitant entrer dans les lieux de la Chambre des communes, y compris les députés et leur personnel, les employés des bureaux de recherche politique, les employés de l’administration, les membres de la Tribune de la presse parlementaire, les visiteurs d’affaires du Parlement, les entrepreneurs et les consultants.

Ceux-ci devront présenter une preuve de vaccination pour accéder à l'édifice de l'Ouest, où se trouve la Chambre des communes, mais aussi aux édifices Wellington, de la Confédération, de la Justice et Sir-John-A.-Macdonald.

La directive du Bureau de régie interne prévoit une exception pour les personnes ayant une contre-indication médicale à la vaccination, mais elles devront présenter un résultat négatif récent à un test antigénique rapide de dépistage de la COVID‑19.

Le Bureau a par ailleurs prolongé les mesures de prévention mises en place en mars 2020, par exemple sur le port du masque.

Les conservateurs font bande à part

Le Parti libéral, le Nouveau Parti démocratique et le Bloc québécois appuient tous l'imposition d'une vaccination adéquate aux élus. Les trois formations ont d'ailleurs indiqué que l'ensemble de leur députation était vaccinée.

Pour leur part, les conservateurs refusent toujours de dévoiler le statut vaccinal de leurs troupes.

Selon le dernier décompte de La Presse canadienne, 79 des 119 députés conservateurs, dont les 10 élus du Québec, ont confirmé être entièrement vaccinés, et un a dit avoir reçu une dose.

Deux députés conservateurs ont avancé des raisons médicales pour ne pas s'être fait vacciner. Deux autres ont refusé de dévoiler leur statut, invoquant une question de principe, et 35, enfin, n'ont tout simplement pas répondu.

Après les élections du mois dernier, le chef bloquiste, Yves-François Blanchet, avait plaidé pour que les parlementaires siègent en personne et soient adéquatement vaccinés (nouvelle fenêtre), une proposition à laquelle les libéraux s'étaient montrés favorables.

Ce n'est donc pas surprenant que lors leur rencontre de mardi, le chef du Bloc et le premier ministre se soient entendus sur la nécessité que les députés présents aux Communes soient vaccinés (nouvelle fenêtre).

Les Canadiens s'attendent à ce que leurs représentants élus mènent par l'exemple, avait affirmé vendredi dernier le premier ministre Justin Trudeau dans une déclaration annonçant ses entretiens à venir avec les chefs des partis d'opposition.

Des travaux en « mode hybride », autre pomme de discorde

Plusieurs députés vus par webcam, chacun dans sa fenêtre, sur un écran d'ordinateur.

Une session virtuelle de la Chambre des communes, le 28 avril 2020

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Les conservateurs opposent également une fin de non-recevoir à l'idée qu'un nombre limité d'élus siègent en personne et les autres de façon virtuelle, comme le préconisent les libéraux.

Les Canadiens méritent un gouvernement qui est responsable devant ses électeurs, et c’est pourquoi, en aucune circonstance, les conservateurs ne vont soutenir un Parlement virtuel, a fait savoir Blake Richards.

Sur cette question, les conservateurs ont l'appui des bloquistes. Les néo-démocrates se rangent pour leur part derrière les libéraux.

Simon Ross, le porte-parole du leader parlementaire du gouvernement, fait valoir que la formule a bien fonctionné au cours des derniers mois et qu'elle offre une certaine flexibilité alors que la situation de la COVID-19 diffère dans les régions du pays.

Le but des rencontres entre le premier ministre Trudeau et les chefs de partis d'opposition est d'ailleurs de déterminer la forme que prendra le retour au Parlement dans quelques semaines.

Selon le communiqué des conservateurs, M. O'Toole a par ailleurs demandé au premier ministre de ne pas attendre le mois prochain pour reprendre les travaux parlementaires, mais de convoquer le Parlement immédiatement. La formation le presse aussi d’agir de façon plus urgente pour répondre aux défis économiques du Canada, notamment les difficultés éprouvées par les petites entreprises en raison de la pandémie de COVID-19.

Après ses deux premières rencontres, Justin Trudeau devait aussi s'entretenir, plus tard mercredi, avec le chef néo-démocrate Jagmeet Singh et la cheffe parlementaire des verts, Elizabeth May.

Avec les informations de La Presse canadienne.
Sophie-Hélène Lebeuf

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