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Explosion des ventes de cigarettes électroniques dans les dépanneurs

Les commerces de proximité au Québec vendaient pour 26 000 $ par mois de produits de vapotage en 2017; ce chiffre mensuel est passé à 1,6 million de dollars en 2020.

Une jeune femme adossée à un mur vapote. Elle porte une tuque et un manteau d'hiver.

L'étude montre que certains produits contiennent plus de 60 milligrammes de nicotine par millilitre, ce qui représente environ l'équivalent de 20 cigarettes.

Photo : iStock / AleksandrYu

Jean-François Thériault

Plus de saveurs, plus de nicotine... et plus populaires que jamais. Une nouvelle étude de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) révèle une hausse fulgurante des ventes de cigarettes électroniques sous forme de capsules dans les dépanneurs et les stations-service de la province au cours des dernières années.

En 2017, les commerces de proximité vendaient pour environ 26 000 dollars par mois en moyenne de produits de vapotage. Ce montant est passé à 1,6 million de dollars par mois en 2020, révèle l'enquête rendue publique lundi.

Cette étude s'intéresse uniquement à la vente de ces produits dans les dépanneurs et les stations-service entre 2017 et 2020. Elle collecte les chiffres de vente de 1500 points de vente des grandes enseignes, soit environ le quart des établissements du genre de la province.

L'arrivée au Canada des produits Juul en 2019 serait en grande partie responsable de cette envolée.

Juul, qui est en partie détenue par le cigarettier Philip Morris, se spécialise dans la fabrication de capsules contenant de la nicotine et des arômes. Au moment de la réalisation de l'étude, la compagnie était reconnue pour offrir des produits à la mangue, à la vanille, aux fruits ou encore au concombre, des saveurs particulièrement attrayantes pour les jeunes.

Sous la loupe des autorités canadiennes et américaines, Juul a toutefois annoncé en 2020 qu'elle cessait la production et la distribution de la plupart de ses produits aromatisés (nouvelle fenêtre). L'entreprise n'offre plus que deux saveurs : tabac et menthol.

Cinq boîtes de Juul de différentes saveurs sur une étagère.

Jusqu'en 2020, la compagnie Juul offrait des liquides de vapotage à des saveurs de vanille, de fruits ou encore de mangue.

Photo : CBC / Robert Short

Les préférés des ados

Cette flambée coïncide avec une autre hausse, plus inquiétante encore selon la santé publique : celle du vapotage chez les jeunes.

L’augmentation rapide de la proportion d’adolescents faisant usage de cigarettes électroniques est très préoccupante, étant passée de 4 % en 2013 à 11 % en 2016-2017, puis à 21 % en 2019 chez les élèves québécois du secondaire, peut-on lire dans l'étude. Cette proportion correspondrait à environ 87 000 élèves.

Ces statistiques montrent que la cigarette électronique a supplanté l'usage du tabac chez les étudiants. Les auteurs de l'enquête écrivent qu'au cours de la même période, la consommation d’un produit du tabac au cours des 30 jours précédents est passée de 12 % en 2013 à 9 % en 2019 chez les adolescents.

Les saveurs sont une composante importante de l’attrait qu’exerce la cigarette électronique chez les jeunes, qui sous-estiment la force de la dépendance engendrée par la consommation de nicotine.
Une citation de Extrait du rapport de l'INSPQ

L'étude est catégorique : ce sont les saveurs fruitées et douces qui amènent les jeunes vers le vapotage. Parmi les élèves du secondaire ayant utilisé une cigarette électronique au cours des 30 jours précédents, 85 % ont utilisé un liquide à saveur de fruits, 44 % à saveur de menthe, 34 % à saveur de bonbons et 14 % à saveur de desserts, lit-on dans le document.

La cigarette électronique Juul posée sur une table.

La cigarette électronique Juul

Photo : Radio-Canada

20 cigarettes dans un millilitre de nicotine

La quantité de nicotine contenue dans les capsules a explosé depuis 2019, rendant les cigarettes électroniques de plus en plus addictives.

Aucun emballage de capsules ou de bouteilles de liquide contenant plus de 20 mg/ml de nicotine n’a été vendu dans les dépanneurs et stations d’essence [...] avant 2019, peut-on lire dans l'étude.

Or, il s'est produit cette année-là une transformation majeure. À partir de 2019, la vaste majorité des capsules vendues contenait plus de 20 mg/ml de nicotine (88 % en 2019 et 83 % de janvier à mars 2020), écrivent les auteurs.

Ainsi, pour l'année 2020, 93 % des capsules vendues dans les dépanneurs contenaient plus de 20 mg/ml, alors que ces produits étaient inexistants à peine un an plus tôt.

Cette concentration présente le risque pour les adolescents et les non-fumeurs de développer une dépendance à la nicotine et de s’exposer à des substances dont la nocivité est de mieux en mieux documentée.
Une citation de Extrait du rapport de l'INSPQ

C'est l'usage des sels de nicotine dans la composition des produits qui permet aux fabricants d'augmenter considérablement leur contenu d'agent addictif.

L’utilisation des sels de nicotine dans les systèmes à capsules permet d’atteindre des concentrations allant jusqu’à 60 mg/ml, affirment les auteurs. Ce qui signifie qu’une capsule de moins d’un millilitre offrirait environ la même quantité de nicotine qu’un paquet de 20 cigarettes, concluent-ils.

Certains produits disponibles lors de l'étude offraient des taux de nicotine allant jusqu'à 72 mg/ml.

L'effet des nouvelles législations

Cette étude, réalisée de 2017 à 2020, ne prend pas en compte l'incidence des nouvelles réglementations qui encadrent, ou qui prévoient encadrer, les produits du vapotage.

Le gouvernement fédéral a adopté en juillet 2021 un règlement qui fixe à 20 mg/ml la concentration maximale de nicotine permise dans les liquides à vapoter. Cette mesure s'inspire de celle adoptée par 28 pays de l'Union européenne en 2016.

Le Québec entend lui aussi serrer la vis aux fabricants (nouvelle fenêtre) et encadrer davantage les produits disponibles sur son territoire.

Le directeur de la santé publique du Québec a produit en 2020 un rapport contenant sept recommandations, dont celle d'interdire la vente de tous les produits de vapotage aromatisés à autre chose qu'au tabac.

L'Institut national de santé publique du Québec enjoint entre autres le gouvernement à limiter la densité des points de vente qui offrent des produits de vapotage, particulièrement à proximité des écoles, et à instaurer une taxe provinciale spécifique sur ceux-ci.

Jean-François Thériault

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