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[Reportage] Le film Beans en ouverture du Festival international du film Canada Chine de Montréal

Une jeune fille regarde dans la caméra. Trois personnes vêtues d'imperméables sont en arrière-plan.

Photo du film « Beans »

Photo : Radio-Canada / EMA film

Yan Liang

Beans, un film sur la crise d'Oka réalisé par la cinéaste mohawk Tracey Deer, sera présenté le 22 octobre en ouverture du Festival international du film Canada Chine (CCIFF) de Montréal.

C’est le premier long métrage de Tracey Deer, qui a mis huit ans à le réaliser. Il raconte l’expérience de Beans, une jeune Mohawk, pendant la crise d’Oka de 1990, et mélange le passage à l'adolescence et l'histoire. Présenté pour la première fois au Festival international du film de Toronto (TIFF), le film a été encensé par la critique et le public.

Portrait d'Anne-Marie Gélinas.

Anne-Marie Gélinas, productrice de « Beans ».

Photo : Radio-Canada / EMA films

Beans a entre autres remporté le prix du meilleur premier film des prix Écrans canadiens et celui du meilleur film dans la catégorie Génération Kplus au Festival international du film de Berlin en mai dernier, à quelques jours d'intervalle.

Huit ans pour réaliser un film

Huit ans se sont écoulés entre l’idée initiale et la réalisation de Beans. Lors d’une entrevue accordée à Radio Canada International (RCI), Anne-Marie Gélinas, productrice de Beans et présidente d’EMA Films, a expliqué qu’elle est habituée à ce rythme, car une production indépendante exige de la patience et du temps pour bien peaufiner le projet.

Je crois que ce film est très important; il aide à faire connaître l'histoire à la société canadienne, à nous rappeler ce que nous avons fait et à comprendre l'impact que les événements ont eu sur les Autochtones.
Une citation de Anne-Marie Gélinas, productrice de Beans

Lorsque Tracey Deer a contacté Anne-Marie Gélinas il y a huit ans, elle lui a confié qu'elle en avait assez d'entendre les gens parler de toutes sortes de problèmes qui touchent les communautés autochtones, y compris celles des Mohawks, sans s'intéresser aux raisons et aux histoires derrière ces problèmes.

Mme Deer avait toutefois besoin de temps pour réfléchir à ce qu’elle voulait vraiment raconter et à la façon dont elle articulerait son scénario.

Après quelques années de préparation, le scénariste Meredith Vuchnich et plusieurs consultants ont rejoint l'équipe du film.

Pendant ce temps, Tracey Deer a réalisé le film Mohawk Girls.

Beans débute avec une entrevue dans une école secondaire, à laquelle participe la protagoniste principale, âgée de 12 ans, accompagnée de sa mère. L'enfant, qui est autochtone, doit décider avec ses parents si elle fréquentera une école hors de leur réserve.

L'enseignante qui les accueille est incapable de prononcer Tekahentakwa, le prénom mohawk de Beans. Un problème auquel sont confrontées de nombreuses personnes autochtones.

Entre-temps, d'importantes manifestations éclatent, provoquées par la décision de la ville d'Oka, voisine de la réserve, d'agrandir un terrain de golf sans consulter les Mohawks.

Les Mohawks construisent des barricades sur le pont. Le gouvernement envoie des milliers de policiers. Les manifestations tournent à l'affrontement.

Des conflits éclatent également entre les Mohawks et les habitants non autochtones de la région. Ceux-ci refusent entre autres de vendre de la nourriture aux Autochtones, et lancent des pierres sur les voitures qui sortent de la réserve, dans lesquelles se trouvent des femmes et des enfants.

Beans, qui est témoin des manifestations qui se déroulent, passe rapidement de la petite fille naïve à l'adolescente rebelle au cours de l'été. La jeune fille en pleine quête d'identité est profondément traumatisée par la discrimination et l'hostilité que subit son peuple et décide de devenir plus dure, demandant conseil à April, une autre adolescente.

Historiquement, les Mohawks ont réussi à garder leur territoire après trois mois de manifestations. La Ville d'Oka a abandonné le projet d'agrandissement du golf après l'intervention d'un médiateur du gouvernement fédéral dans les négociations.

Portrait de Tracey Deer.

Tracey Deer, réalisatrice de « Beans ».

Photo : Dory Chamoun

Utilisation d'extraits d'archives

Le film utilise des extraits vidéo des reportages de l'époque pour présenter les manifestations. Anne-Marie Gélinas souligne que leur intention était d'incorporer l'évolution de la jeune fille aux événements sans qu'elle ni les autres personnages n'aient à les expliquer.

C'est donc pourquoi ils ont décidé d'utiliser des extraits d'archives.

La productrice déclare que de nombreux reportages sur les manifestations véhiculaient des préjugés, et que des entrevues réalisées auprès des habitants non autochtones ont révélé une grande hostilité et de la discrimination à l'égard des Mohawks à l'époque.

Mme Gélinas considère néanmoins que l'utilisation des archives des médias est une démarche intelligente et importante dans la réalisation de Beans.

Beaucoup de spectateurs qui ont vu le film en avant-première ont trouvé incroyable le comportement des Blancs à l’époque : "Mon Dieu, nous étions si méchants, si racistes!" Ça s’est passé il y a trente ans, et on oublie vite.
Une citation de Anne-Marie Gélinas, productrice de Beans

La scène la plus choquante du film pour Anne-Marie Gélinas est celle où des femmes mohawks font une sortie avec leurs enfants. En quittant la réserve, ils sont accueillis à coups de pierres lancées par les habitants voisins, et les policiers présents leur tournent le dos.

Cette scène, Tracey Deer l'a vraiment vécue. Anne-Marie Gélinas a été bouleversée et a fondu en larmes lorsque la réalisatrice lui a raconté son expérience. Elle voulait absolument garder ce détail dans le film.

Optimiste par rapport au changement

Selon Mme Gélinas, les réalisatrices ont reçu peu d'aide financière pendant plusieurs années, mais la situation a changé. Elles ont finalement obtenu des subventions de l'Office national du film du Canada, entre autres, et ont pu compléter le tournage du film.

La productrice note que la sortie de Beans est arrivée à un moment opportun. Avec la découverte de plus de 200 dépouilles d'enfants sur le site d'un ancien pensionnat autochtone à Kamloops en Colombie-Britannique cet été, toute la société canadienne commence à s'intéresser à l'histoire et à la situation des Autochtones. Cette année, le gouvernement fédéral a aussi décidé de créer la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation.

Je pense que le mouvement national pour la vérité et la réconciliation est réel. Je ne crois pas qu’on puisse revenir en arrière. Ce mouvement nous a ouvert les yeux et nous fait comprendre ce qui s’est réellement passé. Le changement est particulièrement évident depuis la découverte des dépouilles des enfants à Kamloops.
Une citation de Anne-Marie Gélinas, productrice de Beans

Par exemple, l'Église catholique, qui avait toujours refusé de s'excuser pour sa gestion des pensionnats autochtones, a récemment présenté des excuses officielles et a promis de donner accès à toutes ses archives de l'époque. C’est une étape très importante.

Le changement ne se fera peut-être pas du jour au lendemain, mais je suis optimiste, dit Anne-Marie Gélinas.

Curieusement, Mme Gélinas ne sait pas pourquoi Beans est présenté en ouverture du Festival international du film Canada Chine, disant qu’elle doit faire une petite enquête à ce sujet.

Note : ce reportage est également disponible en chinois traditionnel et en chinois simplifié, et a été traduit en français par Wei Wu

Yan Liang

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