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Rencontre « douce-amère » entre les Tk’emlúps et Justin Trudeau à Kamloops

Justin Trudeau rencontre à Kamloops la chef de la Première Nation Tk'emlúps te Secwépemc, Rosanne Casimir.

Justin Trudeau a rencontré à Kamloops la Première Nation qui a découvert des sépultures anonymes près du pensionnat pour Autochtones de Kamloops.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

RCI

La rencontre entre Justin Trudeau et la Première Nation Tk'emlúps te Secwépemc à Kamloops, en Colombie-Britannique, est « douce-amère », avoue sa chef, Rosanne Casimir. Sa communauté a été la première à découvrir des tombes anonymes près du pensionnat pour Autochtones (nouvelle fenêtre) de sa région, en mai dernier.

En apprenant que Justin Trudeau avait choisi d'aller en vacances à Tofino (nouvelle fenêtre) plutôt que d'accepter les invitations de la Première Nation à souligner la première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation à ses côtés, la communauté a été choquée et envahie de colère, de chagrin et d’incompréhension.

Par le biais de l’événement de lundi, les deux parties cherchent à rectifier une erreur, a dit Rosanne Casimir.

Nous voulons que tous comprennent que, malgré les conditions sous lesquelles nous avons vécu et le fait que justice nous a été refusée, nous continuons à nous battre pour une vie meilleure.

La chef Casimir a rappelé ses demandes envers le gouvernement fédéral, soit de rendre disponible toute la documentation sur les pensionnaires, de financer un centre de guérison pour les survivants des pensionnats et de soutenir la recherche de sépultures. Ce centre de guérison est absolument crucial, a dit Rosanne Casimir.

Zunika Jules, membre de la Nation Tk'emlúps te Secwépemc à Kamloops.

Zunika Jules, membre de la Nation Tk'emlúps te Secwépemc, se recueille lors de la rencontre entre le premier ministre Justin Trudeau et la chef Rosanne Casimir.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Justin Trudeau avait déjà reconnu avoir commis une erreur (nouvelle fenêtre) en allant rejoindre sa famille en vacances à Tofino, en Colombie-Britannique, plutôt que d'accepter les invitations de la Première Nation à souligner la première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation à ses côtés.

Dès le début de la rencontre, il a réitéré ses profondes excuses. Les mots sont importants. Reconnaître le tort qui a été fait est important.

Rosanne Casimir a accepté les excuses de Justin Trudeau et son geste d'être à Kamloops le jour de l’anniversaire du fils du premier ministre. J’ai de l’espoir, a-t-elle dit en ajoutant que les entretiens non publics et la visite du premier ministre sur les tombes des enfants plus tôt dans la journée ont été cruciaux. Reste que la cheffe souhaite avant tout un engagement, la justice et que des comptes soient rendus.

Pour les chefs, il est grand temps d'agir

Le premier ministre assure que des mesures concrètes seront prises dans un contexte de réconciliation.

Nous avons confirmé que nous allons continuer à travailler ensemble, a dit Justin Trudeau, citant en exemple un engagement à créer un centre de guérison ou encore le soutien à la langue et à la culture qui témoignent du rayonnement de la communauté.

Il a reconnu que les Tk'emlúps te Secwépemc n’avaient pas à l’inviter à nouveau. Je sais cela et je suis honoré, a-t-il déclaré en les remerciant pour leur accueil. 

Il dit avoir entendu les survivants et compris le besoin d’actions, assurant que le gouvernement souhaite travailler avec les communautés pour trouver des réponses et les aider à faire leur deuil et guérir.

  • Ligne bilingue d'appui pour les survivants des pensionnats pour Autochtones : 1 866 925-4419

Le chef du conseil tribal des Shuswap, Wayne Christian, a quant à lui fait part de sa frustration et sa colère. Les politiciens ont tendance à dire ce qu'ils pensent que le public veut entendre, a-t-il fait remarquer. 

Pour lui, l'important est que le Canada arrête de combattre les Autochtones sur le terrain légal. Ils doivent arrêter de continuer à voler nos terres et prendre nos ressources, a-t-il dit.

[Justin Trudeau] doit adopter une stratégie juridique qui concrétisera la réconciliation.
Une citation de Wayne Christian, chef du conseil tribal des Shuswap

La chef nationale de l'Assemblée des Premières Nations, RoseAnne Archibald, s’est dit reconnaissante que le premier ministre a reconnu avoir fait une erreur, mais elle aussi souhaite voir des actions émerger. 

Depuis plus de 150 ans, dit-elle, les gouvernements successifs ont dépensé des milliards de dollars pour essayer de détruire [les] communautés. L’heure est aux investissements pour les reconstruire, dit-elle.

Trudeau mal à l’aise en tant que catholique

Le premier ministre a expliqué que le gouvernement continue de travailler avec l'Église catholique pour qu'elle retourne auprès des communautés autochtones tous les documents sur les pensionnats en sa possession. Il a expliqué trouver l’attitude de l’Église catholique extrêmement difficile

Des millions de catholiques comme moi dans ce pays s'attendent à ce que l'Église fasse un pas, et qu’elle pratique ce qu’elle prêche, à savoir s’excuser, a-t-il déclaré.

Nous avons vu malheureusement de la part de l'Église catholique une résistance à assumer la responsabilité financière ou morale de son rôle dans les pensionnats.
Une citation de Justin Trudeau, premier ministre

Le premier ministre a insisté sur la nécessité du peuple canadien à s’impliquer dans son entièreté dans la réconciliation. Ce n'est pas un fardeau que les Premières Nations, les Métis et les Inuits doivent porter seuls, a-t-il déclaré.

Trudeau, maître de l’illusion

Un vent de scepticisme entourait la rencontre du premier ministre avec la Première Nation Tk'emlúps te Secwépemc et des survivants du pensionnat pour Autochtones de Kamloops.

La décision du premier ministre de passer la première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation à Tofino ne sera pas oublié de sitôt. Il n’a pas seulement manqué de respect envers la chef et ses conseillers, il a manqué de respect envers les survivants et les 215 enfants retrouvés dans des tombes non marquées, a déploré Judy Wilson, secrétaire-trésorière de l’Union des chefs autochtones de la province.

Cela marquera l’histoire, le fait que le premier ministre appelle à une Journée nationale de la vérité et de la réconciliation et l’ignore complètement.

Rosanne Casimir, lors de la révélation du rapport de l’enquête préliminaire menée par la communauté Tk'emlúps te Secwe̓pemc autour de l’ancien pensionnat pour Autochtones à Kamloops.

La chef de la Première Nation Tk'emlúps te Secwépemc, Rosanne Casimir, a rencontré le premier ministre Justin Trudeau lundi.

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

L’artiste Haïda Tamara Bell n'a pas mâché ses mots pour décrire le premier ministre. Maître de l’illusion, ses paroles ne veulent rien dire, selon celle qui a créé un monument commémoratif pour les enfants autochtones disparus à Kamloops devant le Musée des Beaux-arts de Vancouver. 

Difficile de voir de la sincérité chez un maître de l’illusion. Sa bonne foi se remarquera par ses actions, parce qu’on ne peut pas se fier à ses mots.
Une citation de Tamara Bell, artiste Haïda

Diena Jules, une survivante du pensionnat pour Autochtones de Kamloops, a appelé le premier ministre Justin Trudeau à faire preuve de plus de leadership et à augmenter le financement pour la communauté Tk'emlúps te Secwépemc.

L’aînée trouve décevant et décourageant que le premier ministre n’ait pas rendu visite plus tôt à la Première Nation.

Le gouvernement fédéral doit payer les services utilisés pour l’identification des restes humains retrouvés à proximité du pensionnat, selon Diena Jules, qui attend aussi la concrétisation du financement fédéral pour la création d'un centre pour la langue et la culture ainsi qu'un autre centre pour soigner les traumatismes intergénérationnels. Il reste beaucoup de travail à faire.

Je vois plusieurs proches qui s'engagent vraiment dans une voie sombre. Nous devons les aider.

Avec des informations de Christian Paas-Lang et Wildinette Paul

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