1. Accueil
  2. Économie
  3. Immigration

[Reportage] Les transferts d’argent, une pratique importante pour les Latino-Américains du Canada

Les Canadiens nés en Amérique latine ont tendance à faire plus de transferts d’argent vers leurs pays d’origine.

La propriétaire Ana Guzmán Escarza, qui porte un masque, montre l'ordinateur avec lequel elle fait les transferts d'argent dans son magasin Importaciones Eche et fils.

Le magasin Importaciones Eche et fils, dont la propriétaire Ana Guzmán Escarza est photographiée ici, propose un service de transfert d'argent à ses nombreux clients d'origine latino-américaine.

Photo : Radio Canada Internacional / Paloma Martínez Méndez

Paloma Martínez Méndez

Depuis son arrivée au Canada il y a 14 ans, Oswaldo Milanez envoie de l’argent à sa famille au Mexique une ou deux fois par mois.

Mes parents sont des gens avec des moyens modestes qui, à leur âge, ne reçoivent aucun salaire, explique le Canadien d’origine mexicaine.

L'homme, âgé de 38 ans, est l'aîné de ses frères. Pour cette raison, il a senti une grande responsabilité lorsqu'il a quitté le Mexique pour s’installer au Canada.

D’une certaine façon, j’ai senti que je devais les aider, même pour payer l'école de mon petit frère. Mon père a dû prendre sa retraite très jeune à cause d’une blessure aux genoux. Il travaillait pour la société nationale de chemins de fer du Mexique. Et ma mère n'a pas pu prendre sa retraite parce qu’elle avait sa propre entreprise. Je les aide avec quelques dépenses. J’aime les aider le plus possible.
Une citation de Oswaldo Milanez
Oswaldo Milanez est entouré à gauche de sa mère et à droite, de son père. Tous les trois portent des masques et se tiennent à l'extérieur des murs vitrés d'un terminal d'aéroport, derrière deux valises.

Oswaldo Milanez (au centre) envoie des fonds à ses parents une ou deux fois par mois.

Photo : Cortesía de Oswaldo Milanez

Socorro Dominguez avoue que l’argent que leur envoie leur fils est important car ils arrivent à couvrir leurs dépenses de base avec ces fonds.

Nous recevons l’aide financière mensuelle [de la part d’Oswaldo]. Grâce à cette aide, nous pouvons payer des services comme l’eau, l'électricité et une partie de la nourriture.
Une citation de Socorro Dominguez, mère de Oswaldo Milanez

Le cas d’Oswaldo n’est pas unique. Les résidents canadiens nés à l’étranger font des virements de fonds vers leurs pays d’origine allant jusqu'à 5200 millions de dollars en moyenne annuellement.

Selon les données de la plus récente Étude sur les transferts de fonds internationaux du Canada menée Statistique Canada, les transferts d’argent varient en moyenne, par année, de 1825 $ pour les Canadiens nés en l’Amérique latine à 4755 $ pour ceux nés en l’Asie de l’Est.

Les transferts vers Amérique latine

La façade du magasin de produits alimentaires, de vente au détail et de distribution Importations Eche et fils, situé rue Saint-Hubert, à Montréal. Dans la vitrine, il y a de nombreuses caisses de boissons et de conserves empilées, et des autocollants annoncent qu'on peut trouver plusieurs services au magasin, comme celui du transfert de fonds Ria.

Le magasin latino-américain Importations Eche et fils offre une multitude de produits et de services aux Latino-Américains de Montréal depuis près d'une décennie. Les transferts d'argent sont l'une des offres de cette entreprise.

Photo : Radio Canada Internacional / Paloma Martínez Méndez

Ana Guzmán Escarza connaît très bien la clientèle latino-américaine de Montréal depuis 25 ans. Cette commerçante est propriétaire d'un des magasins de produits latino-américains de la rue Saint-Hubert, au cœur du quartier latino de Montréal. Le magasin s'appelle Importaciones Eche et fils.

Il y a trois ans, elle a décidé d’offrir des services de transfert de fonds pour répondre à la demande de ses clients qui viennent au magasin pour se procurer des aliments ou d’autres produits d'Amérique latine.

Nos clients nous ont demandé d’offrir le service, car nous sommes très flexibles dans nos heures de travail, contrairement aux entreprises de transferts d’argent qui ferment leurs portes à 17 h. Jusqu'à avant la pandémie, nous étions ouverts jusqu’à 22 h, mais malheureusement nous avons dû réduire nos heures à 20 h. Nous restons quand même ouverts plus longtemps que les autres magasins dans les alentours. En ce moment, nous faisons de 100 à 120 transactions par semaine.
Une citation de Ana Guzmán Escarza, commerçante de Montréal d'origine péruvienne
Trois femmes portant des masques debout à côté de la caisse du magasin Importaciones Eche et fils. Autour d'elles, tablettes et le comptoir de la caisse regorgent de produits et aliments latino-américains.

Teresa Escarza Jara (au centre), Ana Guzmán Escarza (à droite) et sa mère (à gauche). Ana Guzmán Escarza est la propriétaire du magasin Importaciones Eche et fils, situé aujourd'hui au 7217, rue Saint-Hubert.

Photo : Radio Canada Internacional / Paloma Martínez Méndez

La commerçante d’origine péruvienne explique que les principaux pays auxquels l’argent est envoyé sont le Mexique, le Pérou, la Colombie, l'Équateur, la République dominicaine et le Chili. Il y en a d'autres, comme Haïti, le Maroc et l'Espagne, mais c'est moins fréquent, dit-elle.

Ana Guzmán Escarza affirme que les clients réguliers envoient des sommes qui varient de 100 à 300 $. Ceux qui virent des fonds de façon moins fréquente envoient de 300 à 1000 $.

La commerçante a dit également que les transferts de fonds sont plus courants et plus substantiels les jours de paie, pendant les Fêtes et le jour de la fête des Mères.

Cependant, depuis le début de la pandémie, Guzmán Escarza a remarqué des variations importantes dans les virements de fonds.

Les gens envoient plus d’argent et d’une façon plus fréquente depuis le début de la pandémie. Il y a eu beaucoup de soutien de la part des gens qui sont ici pour les personnes qui sont dans leur pays d’origine. Les gens sentaient qu’ils devaient aider, car les choses allaient beaucoup mieux ici, malgré les circonstances.
Une citation de Ana Guzmán Escarza, commerçante péruvienne de Montréal
Égoportrait d'Oswaldo Milanez, qui porte un masque et des écouteurs, au parc Lafontaine, à Montréal.

Oswaldo Milanez préfère utiliser les plateformes mobiles de transfert d'argent, maintenant offertes par plusieurs compagnies, afin de gagner du temps lorsqu'il envoie de l'argent.

Photo : Cortesía Oswaldo Milanez

Il y a d'autres méthodes pour faire des transferts d'argent vers l'étranger mis à part les magasins comme celui de Mme Guzmán Escarza. Oswaldo Milanez envoie des fonds à partir de son téléphone cellulaire.

Avant, j’utilisais Western Union, mais depuis quelque mois j’utilise Ria qui, à travers une application, prend l’argent directement de ton compte de banque ou de ta carte de crédit ou débit. Il est plus facile pour moi de faire le transfert depuis une application que de me rendre à un magasin. En plus, les frais sont plus bas.
Une citation de Oswaldo Milanez

Frais de transfert

Dans un courriel à Radio Canada International (RCI), les auteurs de l’Étude sur les transferts de fonds internationaux du Canada ont expliqué que leur enquête, réalisée par Statistique Canada, mais commandée et financée par Affaires mondiales Canada, répond au besoin de connaître la façon dont les résidents du Canada effectuent des transferts de fonds internationaux et, éventuellement, de proposer des solutions afin de réduire les frais, comme annoncé par le gouvernement fédéral du Canada.

En ce qui concerne les montants et les destinations des virements, Zacharie Tsala Dimbuene et Martin Turcotte expliquent que les facteurs associés sont nombreux et complexes.

Les résidents canadiens de plusieurs pays de l’Amérique latine et des Caraïbes (Guatemala, El Salvador, République dominicaine) ont tendance à faire des transferts de fonds plus élevés que la moyenne. Cependant, les montants moyens envoyés ont tendance à être inférieurs à ceux qui viennent des résidents de pays comme la Chine, les Philippines ou l’Inde. Cela a un impact dans les quantités totales envoyées vers ces pays.
Une citation de Zacharie Tsala Dimbuene et Martin Turcotte, de Statistique Canada.
Une enseigne Western Union.

La compagnie Western Union est très connue à travers le monde en ce qui concerne les transferts de fonds à l'étranger. Selon la destination, les frais moyens associés aux envois de fonds par les méthodes traditionnelles étaient de 10 % à 70 % plus élevés que ceux associés aux envois électroniques.

Photo : Radio-Canada

Dans le monde, 200 millions de migrants envoient de l’argent de façon régulière à 800 millions de proches. Cet argent est crucial à leurs vies et à leur subsistance.

En juin 2020, le Fonds international de développement agricole (FIDA) a toutefois signalé que les gens qui vivent en zones rurales éloignées dans plusieurs pays ont un accès limité aux services bancaires ou une connectivité mobile limitée.

Cela signifie que des millions de personnes défavorisées de ces zones rurales doivent parcourir de longues distances, souvent à grands frais, pour pouvoir récupérer l’argent comptant envoyé par transfert électronique par leurs proches migrants.

Note : ce reportage est également disponible en espagnol.

Paloma Martínez Méndez

À la une