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Québec lance une mission historique de recrutement d’infirmières à l’étranger

Devant l’importante pénurie de personnel dans le réseau, le ministère de la Santé et des Services sociaux a reçu le mandat de recruter plus de 4000 travailleurs de la santé à l’étranger, surtout des infirmières. Du jamais-vu.

Une infirmière dans une salle d'opération.

Une infirmière dans une salle d'opération

Photo : iStock

Daniel Boily
Davide Gentile
Romain Schué

« On m’a parlé des grands besoins au Québec, et ça pourrait être une superbe occasion. »

Au téléphone, depuis Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, Marina Goupil avoue être en pleine réflexion depuis plusieurs semaines.

Infirmière depuis deux ans, cette jeune Française de 24 ans se renseigne actuellement sur les conditions de travail et le coût de la vie avant, peut-être, de franchir l’Atlantique.

En France, on est bien bloqué. C’est compliqué pour les infirmières, on manque de moyens humains et financiers. Aller au Québec, pour des gens comme moi en début de carrière, c’est intéressant.
Une citation de Marina Goupil, infirmière en France

France, Belgique et Liban ciblés

Pour convaincre Marina Goupil et de nombreux autres travailleurs de la santé francophones de faire le saut, Québec planifie une vaste opération de recrutement à l’étranger, selon les informations de Radio-Canada.

Pour 2021-2022, Recrutement Santé Québec (RSQ) a reçu plus de 4000 mandats de la part de 28 établissements de santé et de services sociaux, principalement pour les titres d’emploi d’infirmières (3500), de travailleurs sociaux, d’orthophonistes et de physiciens médicaux, explique ainsi Marjorie Larouche, porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

On peut donc bel et bien parler d’une explosion de la demande de main-d'œuvre. En 2019-2020, les établissements québécois n'avaient donné que 330 mandats à Recrutement Santé Québec, puis 1700 en 2020-2021. (nouvelle fenêtre)

Tenter de recruter plus de 4000 personnes à l’étranger pour intégrer le système de santé québécois est donc inédit.

À lui seul, le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal cherche 800 candidats. Mais dans la plupart des établissements, les cibles sont plus modestes. Dans l’Outaouais, par exemple, 90 mandats ont été donnés, et 28 pour l’ouest de Montréal.

Des préposés dans le couloir d'un hôpital.

Un couloir de l’hôpital Sacré-Coeur

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les missions de recrutement se dérouleront dans différents pays et régions, dont la France, la Belgique, le Maghreb, le Brésil, de même que le Liban.

Cependant, comme le précise la porte-parole du ministère, il ne faut pas s’attendre à ce que chaque mandat se traduise en embauche.

Il est très important de préciser qu’il s’agit du souhait des établissements, mais que l’évaluation des besoins et de la faisabilité est toujours en cours puisqu’elle doit tenir compte [...] de la faisabilité des démarches administratives d’immigration et de reconnaissance de la diplomation, précise Marjorie Larouche, porte-parole du ministère.

L’évaluation devra également tenir compte de la capacité des établissements et des régions à accueillir ces travailleurs de l’international, puisque leur intégration nécessite des conditions essentielles pour favoriser la rétention, ajoute-t-elle.

L’exemple du Bas-Saint-Laurent illustre bien qu’il y a un fossé entre les objectifs et les résultats. Depuis deux ans, le CISSS du Bas-Saint-Laurent a donné une trentaine de mandats à Recrutement Santé Québec, mais la récolte n'est pas exactement celle attendue.

Pour la première fois, nous allons accueillir trois personnes d’ici la fin de l’année et normalement six autres l’an prochain.
Une citation de Gilles Turmel, porte-parole du CISSS du Bas-Saint-Laurent

Pas de programme d'immigration spécial

Québec ne créera aucun projet d'immigration particulier ou projet pilote pour la venue de ces quelques 4000 travailleurs de la santé. Ces derniers pourront être recrutés par l’entremise du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET), explique le cabinet de la ministre de l'Immigration, Nadine Girault.

Concrètement, cela signifie que ces personnes auront un contrat de travail fermé, lié à leur employeur. La durée varie généralement de deux à trois ans. Par la suite, si elles veulent, à terme, rester au Québec, les infirmières peuvent demander une résidence permanente, qui leur permet notamment de changer librement d'établissements.

Mais les délais ont explosé (nouvelle fenêtre) ces derniers mois et des infirmières étrangères (nouvelle fenêtre) songent même à quitter le Québec, afin de se rendre dans une autre province. Au Québec, en raison d'un accord avec Ottawa, le gouvernement provincial sélectionne ses propres immigrants. Le processus est ensuite complété par le fédéral. Au total, la procédure peut prendre près de 3 ans.

L’enjeu des délais pour obtenir la résidence permanente demeure un frein important pour des milliers de travailleurs qualifiés ayant été sélectionnés par le Québec. Dans ce contexte, nous continuons de demander au gouvernement fédéral d’accélérer la délivrance de la résidence permanente à ces personnes et de respecter le plan d’immigration du Québec, confie Flore Bouchon, porte-parole de Nadine Girault.

La Mauricie mise sur l’accueil

Marine Pernot est quant à elle déjà convaincue. Cette infirmière française de 26 ans a un entretien avec Recrutement Santé Québec dans les prochaines semaines. Elle prévoit arriver au Québec au printemps prochain.

Mon compagnon et moi, nous sommes à la recherche de nouvelles aventures, de grands espaces et d’une nouvelle vie, raconte la femme de 26 ans, qui travaille actuellement à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.

Marine Pernot confie être emballée par les fonctions assez différentes confiées aux infirmières québécoises, par rapport aux normes françaises, qu’elle juge plus rigides.

Comme de nombreux immigrants, Mme Pernot souhaite s’installer à Montréal, mais les besoins, dans les établissements de santé, englobent l’ensemble de la province.

La Mauricie est l’une des régions qui recrutent le plus grand nombre d’infirmières au Québec.

Depuis plus de deux ans, la direction des ressources humaines du CIUSSS y a supervisé l’embauche de 1300 infirmières et infirmiers, notamment de l’étranger.

Au bord d'un lac.

Antranik Handoyan, directeur des communications au CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec

Photo : Radio-Canada

Dans le passé, on faisait face à de petites pénuries, mais aller recruter 50 infirmières étrangères, on ne faisait pas ça.
Une citation de Antranik Handoyan, directeur des communications au CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec

Pour la prochaine année, l’établissement, qui emploie plus de 5000 infirmières, a confié au ministère le mandat de recruter 55 infirmières à l’étranger.

L’établissement mise sur la collaboration à Shawinigan du Service d'accueil des nouveaux arrivants (SANA).

Un organisme qui a beaucoup aidé Ludovic Neveu, infirmier stagiaire arrivé de France au mois de juillet.

Ludovic Neveu.

Ludovic Neveu

Photo : Radio-Canada / Davide Gentile

De savoir qu'il y a un organisme qui est là pour nous aider, nous accompagner, c'est important dans le choix de venir, c'est décisif, affirme-t-il. Pour les écoles, pour les enfants, après pour trouver un logement.

En marge du démarchage à l’étranger, Québec cherche depuis quelques semaines à convaincre des infirmières retraitées et temporaires de pourvoir des postes à temps plein en échange d’une toute nouvelle prime (nouvelle fenêtre) pouvant atteindre 15 000 $.

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Davide Gentile
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