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[Reportage] Montréal sous le charme de la musique magique et contagieuse de Rafael Payare

Le chef d'orchestre Rafael Payare se tient debout dans l'allée de la Maison symphonique, la salle de concert de l'Orchestre symphonique de Montréal.

Nommé en janvier 2021, c'est en septembre dernier que Rafael Payare a pris la baguette de l'Orchestre symphonique de Montréal.

Photo : Radio Canadá Internacional / Paloma Martínez Méndez

Paloma Martínez Méndez

Le 9 septembre, Maestro Rafael Payare a fait ses débuts officiels en tant que directeur musical de l'Orchestre symphonique de Montréal (OSM).

Membre de la troisième génération des orchestres symphoniques Simón Bolivar d'El Sistema au Venezuela, ce corniste apporte avec lui la passion, les valeurs artistiques et l'excellence de ce mécanisme pédagogique musical, a déclaré Rodney Hinojosa, violoncelliste vivant à Montréal.

Le public ne demande pas mieux que de voir Rafael Payare diriger l'orchestre, selon Rodney Hinojosa, instrumentiste, directeur musical et diplômé d'El Sistema.

Le public ne demande pas mieux que de voir Rafael Payare diriger l'orchestre, selon Rodney Hinojosa, instrumentiste, directeur musical et diplômé d'El Sistema.

Photo : Radio Canadá Internacional / Paloma Martínez Méndez

J'en suis très fier. Je suis très ému quand je vois Rafael diriger, car il génère une énergie et une magie incroyables. Comme il le dit lui-même, lorsque vous jouez de la musique, vous devez le faire comme si c'était votre dernier souffle de vie. Il en va de même pour l'écouter, il doit donner l'impression d'être quelque chose d'unique et de non reproductible. C'est ce que Rafael Payare parvient à provoquer.
Rodney Hinojosa, violoncelliste

José Antonio Abreu, fondateur d'El Sistema, a insufflé à ses disciples de véritables valeurs musicales d'excellence et de discipline, sans lesquelles rien ne fonctionne, dit M. Hinojosa.

Rafael Payare incarne cette philosophie, dit le violoncelliste.

Le chef dirige l'orchestre, baguette en l'air.

Nommé en janvier 2021, c'est en septembre dernier que Rafael Payare a pris la baguette de l'Orchestre symphonique de Montréal (OSM).

Photo : Gracieuseté : Orchestre symphonique de Montréal/Antoine Saito

Pour sa part, le maestro Rafael Payare se dit honoré d'être à Montréal, une ville qu'il considère merveilleuse et d'une richesse culturelle fantastique!

Depuis mon arrivée, c'est très agréable, même si nous travaillons beaucoup. Nous avons commencé par le concert sur l'esplanade du Stade olympique, la première rencontre avec le public montréalais, et on pouvait sentir l'électricité dans l'air. De plus, travailler avec l'orchestre était merveilleux. Cela peut paraître ringard, mais pendant les répétitions, j'ai l'impression que nous tombons de plus en plus amoureux. Et ce n'est que le début, alors je suis heureux!
Rafael Payare, directeur musical de l'Orchestre symphonique de Montréal

Dans une interview accordée à RCI, Rafael Payare a déclaré que sa venue à Montréal était tout à fait naturelle. Il a rappelé qu'il a également des contrats à Berlin et à San Diego et que dans chaque cas, tout est lié à l'orchestre et à l'équipe.

Pour le directeur musical, l'important est de se mettre d'accord sur la direction que l'orchestre veut prendre, le type de projets et la vision.

Tous les éléments ont été réunis à la perfection, comme dans un conte de fées. J'ai des projets et des rêves que je veux réaliser avec l'Orchestre Symphonique de Montréal. Nous avons plusieurs chemins et répertoires à explorer. Nous voulons créer des projets qui sortent un peu de l'ordinaire pour essayer de faire connaître le miracle de la musique au plus grand nombre, notamment aux enfants. Tout comme j'ai commencé dans la musique grâce à El Sistema. Sans ce programme, je n'aurais peut-être jamais réalisé que la musique serait mon mode de vie. J'ai eu beaucoup de chance d'avoir été exposé à la musique depuis mon enfance et je pense que tout le monde devrait avoir la même chance.
Rafael Payare, directeur musical de l'Orchestre symphonique de Montréal
Le chef dirige son orchestre devant le public.

Pour son premier concert en tant que directeur musical, Rafael Payare dirige l'OSM en présentant la Cinquième Symphonie de Chostakovitch et complète le programme avec deux œuvres liées à l'histoire de l'Orchestre. La Valse tourbillonnante de Ravel et le Kaléidoscope de Pierre Mercure, œuvre emblématique du répertoire québécois, a été créée par l'OSM en 1949.

Photo : Gracieuseté : Orchestre symphonique de Montréal/Antoine Saito

Quelle signification pour les artistes latino-américains de Montréal?

Pour Ángela Sierra, présidente du festival culturel LatinArte, la venue de Rafael Payare dans la ville revêt une grande importance à plusieurs égards.

D'un côté, elle estime que c'est important dans la mesure où Rafael Payare se distingue dans le domaine de la musique classique, qui n'est pas le genre auquel les Latinos sont traditionnellement associés. D’autre part, c’est un grand honneur, dit-elle.

C'est une source impressionnante de fierté pour les Latino-Américains de Montréal et encore plus pour ceux d'entre nous qui avons la puce latine à l'oreille. Mais c'est aussi important parce qu'il est jeune. Pour les nouvelles générations de jeunes artistes qui se forment et qui voient en lui un exemple que les minorités peuvent aussi atteindre de tels sommets. Il est également significatif en termes d'évolution de l'art créé par les Latino-américains dans cette ville, pour montrer ce dont nous sommes capables.
Ángela Sierra, directrice de LatinArte
Angela Sierra, qui est également directrice de la Maison des Amériques et vice-présidente du Conseil interculturel de Montréal, estime que la nomination de Rafael Payare comme directeur musical de l'OSM permet de voir sous un nouveau jour les réalisations des artistes de la diversité.

Angela Sierra, qui est également directrice de la Maison des Amériques et vice-présidente du Conseil interculturel de Montréal, estime que la nomination de Rafael Payare comme directeur musical de l'OSM permet de voir sous un nouveau jour les réalisations des artistes de la diversité.

Photo : Radio Canadá Internacional / Paloma Martínez Méndez

Que pense Rafael Payare de la présence des Latino-américains dans le domaine de la musique classique? Nous ne sommes pas majoritaires, mais nous progressons, répond-t-il.

C'est très agréable de sentir que nous pouvons servir d'exemple pour que les enfants et les jeunes puissent voir que c'est possible. Parfois, je suis en Allemagne, en Autriche, et je vois un musicien latino ou hispanique dans les orchestres et je ressens immédiatement cette connexion. Nous sommes, ensemble, les ambassadeurs de notre continent dans le monde de la musique classique. Nous sommes de plus en plus nombreux, non seulement dans la direction musicale, mais aussi parmi les instrumentistes... et bien sûr dans d'autres domaines. Donc... nous voilà et nous ne nous en sortons pas mal.
Rafael Payare, directeur musical de l'Orchestre symphonique de Montréal

El Sistema au Canada?

Rodney Hinojosa, qui est directeur du Chœur multiculturel Canticorum de Montréal et qui a formé et dirigé des orchestres de jeunes dans sa région natale du Venezuela, aimerait qu'un programme comme El Sistema voie le jour à Montréal également.

Je souhaite que le mécanisme pédagogique musical d'El Sistema puisse être reproduit à Montréal, avec des enfants et des jeunes d'ici. Comme Ken McLeod, qui a connu José Antonio Abreu, a réussi à le reproduire dans la province du Nouveau-Brunswick. Je suis professeur de musique et je vois le potentiel des enfants et des jeunes de Montréal. Nous devons créer des espaces pour qu'ils puissent développer encore plus leurs talents.
Rodney Hinojosa, violoncelliste
Le violoncelliste et chef d'orchestre Rodney Hinojosa et sa femme Gilda Santini Briceño dans leur appartement du quartier Saint-Henri à Montréal.

Le violoncelliste et chef d'orchestre Rodney Hinojosa et sa femme Gilda Santini Briceño dans leur appartement du quartier Saint-Henri à Montréal.

Photo : Radio Canadá Internacional / Paloma Martínez Méndez

En 2009, l'Orchestre des jeunes du Nouveau-Brunswick (OJNB) s'est associé à El Sistema.

Par la suite, la formation musicale a effectué une tournée de recherche au Venezuela, dans le but de finaliser l'adoption d'un programme prototype d'un an au Nouveau-Brunswick et a adopté un autre plan de quatre ans pour étendre et reproduire le programme dans toute la province.

El Sistema NB compte maintenant neuf centres d'éducation musicale et de sensibilisation dans les villes de Moncton, Saint-Jean, Richibucto, Edmundston, Miramichi, Hillsborough, Tracadie, Fredericton et sur le territoire de la Première Nation Elsipogtog, et touche plus de 1100 enfants chaque jour.

La musique est contagieuse

Pour Rodney Hinojosa, la musique est quelque chose qu'il partage avec les autres. 

Lorsqu'il était plus jeune, Rafael parcourait le Venezuela pour donner des leçons de cor aux enfants et aux jeunes qui ne connaissaient rien ou presque sur la musique. C'est ainsi que nous partagions tous la musique dans El Sistema. C'est pourquoi je dis qu'elle se multiplie. Lorsqu'un instrument entre dans une maison, celle-ci est transformée à jamais.
Rodney Hinojosa, violoncelliste

Au début, le nouveau musicien se fait harceler par les autres membres de la famille car il joue mal de son instrument. Mais ensuite, il devient le centre de l'attention et est respecté, explique Hinojosa.

Et bientôt, tout le monde à la maison veut aller au premier concert, même si le jeune ne joue pas bien. La grand-mère, la tante, le petit ami et les cousins... La musique est contagieuse, conclut le violoncelliste et directeur musical Rodney Hinojosa.

Rafael Payare dans la Maison Symphonique de Montréal.

Rafael Payare dans la Maison Symphonique de Montréal.

Photo : Radio Canadá Internacional / Paloma Martínez Méndez

Bien qu'ils aient été interviewés séparément par RCI, Payare et Hinojosa ont tous deux évoqué l'idée de la transmission de la musique de l'un à l'autre.

Pour Rafael Payare, c'est précisément l'un de ses rêves à Montréal. Apporter l'espoir par la musique, sous toutes ses formes et pour tous, dit-il.

Je ne veux pas paraître ringard, mais je pense que le miracle de la musique n'a pas besoin de langue. Il vient et nous transforme. De nos jours, il est mal vu de parler de virus ou de contagion pour des raisons évidentes, mais la musique a cette capacité qu'une fois que vous y êtes exposé, elle reste avec vous et commence à grandir et à faire partie de qui vous êtes, pour toujours.
Rafael Payare, directeur musical de l'Orchestre symphonique de Montréal

Pour le nouveau directeur musical de l'Orchestre symphonique de Montréal, le plus important est de donner à plus de gens la possibilité de s'approprier la musique.

Note : ce reportage est également disponible en espagnol

Paloma Martínez Méndez

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