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[Reportage] Des autochtones latino-américains au Canada parlent de vérité et de réconciliation

Capture d'écran d'une conférence vidéo entre la sociologue quichua Fernanda Yanchapaxi et l'artiste maya Edgar Hernández López, tous deux résidents du Canada.

Edgar R. Hernández, artiste maya, et Fernanda Yanchapaxi, sociologue quichua, tous deux résidents de L'Île de la Tortue (Canada), partagent leurs réflexions sur cette fête nationale.

Photo : Radio Canada Internacional / Paloma Martínez Méndez

Paloma Martínez Méndez

Pour la première fois de son histoire, le Canada rend hommage aux 150 000 enfants autochtones disparus ou survivants des pensionnats qu'ils ont été forcés de fréquenter entre 1831 et 1998. Ce 30 septembre, le pays commémore en leur honneur la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation.

Pour Edgar Hernández López, né à Aguacatán, Huehuetenango, dans le nord-ouest de ce qui est maintenant connu comme le Guatemala, la désignation d'un jour férié canadien pour réfléchir à la vérité et à la réconciliation entre les peuples autochtones et les allochtones est un moment qui ne pouvait plus attendre.

Ça faisait longtemps qu'on l'attendait. Compte tenu du génocide culturel vécu par les peuples autochtones ici et en Amérique latine, cette journée représente pour moi un moment de libération et de reconnaissance pour les peuples autochtones.
Edgar Hernández López, artiste multidisciplinaire

Bien qu'il reconnaisse qu'il s'agit d'un pas dans la bonne direction, cet artiste, qui habite à Ottawa depuis 30 ans, estime que ce processus ne sera pas facile, mais qu'il faut essayer.

« Banl Talma » (Bel Amour), peinture acrylique et techniques mixtes sur bois recyclé de l'artiste Edgar R. Hernández López créée dans le cadre de cette Journée nationale de la vérité et de la réconciliation.Agrandir l’image (nouvelle fenêtre)

"Banl Talma" (Bel Amour), peinture acrylique et techniques mixtes sur bois recyclé de l'artiste Edgar R. Hernández López créée dans le cadre de cette Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. « Je crois réellement que chaque enfant compte, et qu'ils sont remplis de vie et d'amour pur et merveilleux. »

Photo : (Cortesía del artista) / © Edgar R. Hernández López

C'est difficile de se réconcilier car la colonisation a eu des conséquences sur nous tous, les descendants de ceux qui ont été colonisés. Je pense que nous pouvons pardonner, mais nous ne devons jamais oublier. Car avec une racine abîmée et sans pardon, il est très difficile de se reconstruire.
Edgar Hernández López, artiste multidisciplinaire

C'est un pas en avant, mais ce n'est pas suffisant

Fernanda Yanchapaxi vit à Toronto depuis 2007. Originaire de Singchos, en Équateur, elle affirme que cette fête nationale a une valeur symbolique, mais qu'elle n'est pas suffisante.

Cette journée ne représente que l'accomplissement d'une des 94 actions proposées par la Commission de vérité et réconciliation (Commission de vérité et réconciliation du Canada) du Canada en 2015, explique la doctorante en Éducation à la justice sociale de l'Université de Toronto.

Je ne dis pas que cette journée n'a aucune valeur, elle en a une, mais elle n'est pas suffisante. Le rapport ne demandait pas de faire une action ou une autre, il demandait de faire les 94 recommandations des commissaires. Selon eux, toutes ces actions, ensemble, pourraient permettre d'envisager une véritable réconciliation et atteindre la vérité. Une vérité qui doit s'appuyer sur le fait que l'île de la Tortue [Amérique du Nord], le Canada, a été fondée sur la base du génocide de ses peuples autochtones et de l'exploitation de leurs territoires. Il est très difficile de prétendre que [cette journée] est une étape vers la réconciliation des peuples autochtones et non autochtones, car la réconciliation est subordonnée à toutes les autres actions qui n'ont pas été mises en œuvre.
Fernanda Yanchapaxi, sociologue et doctorante
Portrait de Fernanda Yanchapaxi en vidéoconférence.

Le père de Fernanda Yanchapaxi est un Quechua du territoire de Panzaleo, qui correspond à la province de Cotopaxi, et sa mère est métisse. Tous deux vivent à Sigchos, dans la communauté où Fernanda a grandi et où vit toute la famille.

Photo : Radio Canada Internacional / Paloma Martínez Méndez

Pour cette spécialiste de l'appropriation intellectuelle des savoirs autochtones, bien que la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation soit issue des recommandations des mêmes autochtones qui ont fait partie de la Commission, les peuples autochtones du Canada vivent toujours dans des situations précaires qu'une telle journée ne peut effacer à elle seule.

Dans cette province [Ontario], il y a des communautés autochtones qui n'ont pas d'eau potable, pas d'accès à leurs terres, pas de logement décent, pas d'emploi, où les femmes continuent d'être violées, enlevées et portées disparues et dont les cas n'ont pas été résolus ou sont ignorés par la police ou les forces militaires. Tant que cela continuera, cette journée ne sera qu'un symbole et non une véritable reconnaissance de ce qui se passe.
Fernanda Yanchapaxi, sociologue et doctorante

La jeune chercheuse plaide également pour que les immigrants fassent leur part en reconnaissant ce que signifie vivre sur une terre qui a été pratiquement arrachée aux nations autochtones par la Couronne et pour laquelle les compensations ont été insuffisantes.

L'artiste visuel multimédia Edgar Hernández López est installé sur le sol, en train de peindre. Autour de son œuvre, on voit des pots de peinture et des pinceaux. Son chat, Angelina Pixiu, regarde la toile avec curiosité.

L'artiste visuel multimédia Edgar Hernández López est né au Guatemala et vit au Canada depuis 30 ans. Il parle quatre langues, le maya aguacatec, l'espagnol, le français et l'anglais. On le voit ici en train de peindre en compagnie de sa petite chatte, Angelina Pixiu.

Photo : (Cortesía del artista)

Pour sa part, Edgar Hernández López se dit fier de ses collaborations avec des artistes issus des nations autochtones du Canada, avec lesquels il a développé des projets et des amitiés.

Pour ce peintre, sculpteur et vidéaste polyglotte, la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation pourrait être l'occasion d'ouvrir un nouveau chapitre de l'histoire de l'île de la Tortue [le continent de l'Amérique du Nord], surtout si nous nous intéressons réellement les uns aux autres, conclut Edgar Hernández López.

Les survivants Joe George (droite) et Marie George (gauche) s'embrassent pendant un événement de la Commission à Vancouver.

La CVR a estimé en 2015 qu'au moins 4100 enfants sont morts dans les pensionnats pour Autochtones, mais beaucoup pensent que ce chiffre devra être revu à la hausse à la lumière des récentes découvertes sur les terrains de certains établissements. Ici, les survivants Joe George (à droite) et Marie George (à gauche) s'embrassent pendant un événement de la Commission à Vancouver.

Photo : The Canadian Press / DARRYL DYCK

Les origines de cette journée nationale

Rappelons que de 1831 à 1998, il y a eu 140 pensionnats pour Autochtones administrés par le gouvernement fédéral au Canada. Le dernier pensionnat a fermé il y a seulement 23 ans.

Les survivants ont plaidé pour la reconnaissance et la réparation des dommages causés par ces écoles et ont exigé que les responsables rendent des comptes par rapport à l'héritage durable du système des pensionnats.

Ces efforts ont mené à la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens, aux excuses du gouvernement aux Premières Nations, aux Inuit et aux Métis du Canada, à la création de la Commission de vérité et réconciliation (Commission de vérité et réconciliation du Canada) et à l'établissement du Centre national pour la vérité et la réconciliation (Centre national pour la vérité et la réconciliation).

La Commission de vérité et réconciliation du Canada du Canada a mené ses travaux entre 2008 et 2015 et a donné l'occasion aux personnes directement ou indirectement touchées par l'héritage des pensionnats de partager leur histoire et leurs expériences.

Le Centre national pour la vérité et la réconciliation est devenu l'archive permanente des déclarations, documents et autre matériel recueillis par la Commission de vérité et réconciliation du Canada du Canada, et sa bibliothèque et ses collections constituent la base de l'apprentissage et de la recherche continus.

Le rapport final publié par la Commission comprend 94 appels à l'action.

La Journée nationale de la vérité et de la réconciliation est une réponse directe à l'appel à l'action 80, qui demandait un jour férié de commémoration.

Note : ce reportage est également disponible en espagnol.

Paloma Martínez Méndez

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