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Les évêques s’excusent, mais les survivants des pensionnats autochtones souhaitent plus

Site de l'ancien Pensionnat de Saint-Marc-de-Figuery.

Plusieurs membres des communautés autochtones en Abitibi-Témiscamingue ont été à l'ancien Pensionnat de Saint-Marc-de-Figuery.

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Alexia Martel-Desjardins

Des membres des communautés autochtones en Abitibi-Témiscamingue auraient souhaité des gestes plus concrets de la part des évêques catholiques du Canada, après que ces derniers aient présenté leurs excuses vendredi.

Lors de leur assemblée plénière annuelle, la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) a reconnu les graves abus (nouvelle fenêtre) qui ont été commis envers les autochtones.

Pour plusieurs, cette déclaration ne suffit pas. Jimmy Papatie, membre de la communauté de Kitcisakik, a lui-même vécu dans un pensionnat.

C'est très hypocrite de la part des évêques de présenter des excuses quand ils n'osent même pas aller dans les communautés autochtones, affirme-t-il.

Jimmy Papatie est assis dans une embarcation sur un lac et regarde au loin.

Jimmy Papatie.

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Selon lui, la réconciliation est impossible sans gestes plus concrets de la part des autorités religieuses et gouvernementales.

La vérité est plus importante à savoir, mais la vérité n’est pas encore connue, souligne Jimmy Papatie. On a déterré quoi, au-dessus de 2600 quelques enfants partout à l'échelle du pays, mais où sont les gens qui ont fait ça? Ils n'ont pas été condamnés, ils n'ont pas été accusés. La GRC, les services de police des provinces n’ont pas enquêté. Les coupables sont toujours en liberté. Comment veux-tu parler de réconciliation quand on ne veut même pas encore faire ça?

Richard Kistabish, originaire de la communauté algonquine de Pikogan et survivant de l'ancien pensionnat de St-Marc-de-Figuery, demande à l'Église de respecter ses engagements signés en 2006 dans une entente réparatrice.

Il faut qu'ils disent la vérité, c'est la première chose à faire dans une réparation. Après ça, il faut qu'ils dédommagent les victimes comme ils l'ont déjà promis. Ils ont mis cet engagement-là sur papier, rappelle-t-il.

Richard Kistabish, au lutrin.

Richard Kistabish

Photo : Gracieuseté : Minwashin

Pour Édouard Kistabish, lui aussi originaire de Pikogan et survivant du pensionnat de Saint-Marc-de-Figuery, les excuses de la Conférence des évêques catholiques du Canada sont insuffisantes.

Ça devrait être le pape, c'est lui qui devrait faire l'excuse au nom des évêques, dit-il.

Jimmy Papatie croit que les excuses officielles doivent être accompagnées d’actes démontrant une volonté de réconciliation.

Qu’ils aillent chercher des fonds directement au Vatican et qu’ils mettent ces fonds-là à la disposition des Premières Nations pour les aider dans leur cheminement et leur guérison communautaire, fait-il valoir.

Le pape François se tient derrière un lutrin sur un fond noir.

La Conférence des évêques catholiques du Canada présente ses excuses aux membres des Premières Nations dans le dossier des pensionnats pour Autochtones. Une délégation ira rencontrer le pape François lors d'une visite à Rome en décembre 2021.

Photo : AP / Domenico Stinellis

Molly Mowatt, épouse d’Édouard Kistabish, souligne que les excuses ne réparent pas les torts commis.

Même avec des excuses et des courbettes, c’est très dur à oublier quand tu as vu des choses [en étant] enfant. Ça reste gravé dans la mémoire, on est marqué par cette forme d'abus, indique-t-elle.

La directrice du Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or, Édith Cloutier, rapporte qu’elle a entendu plusieurs survivants dire qu’ils attendent des excuses du Pape.

Je pense que tant que ce chemin-là, ces excuses formelles du Pape lui-même ne seront pas livrées, on sera toujours devant un travail inachevé, et donc un chemin de guérison qui sera difficile à avancer, estime-t-elle.

Une délégation autochtone comprenant notamment des survivants des pensionnats, des aînés, des gardiens du savoir et des jeunes, ira rencontrer le pape François à Rome en décembre prochain

Avec les informations de Marie Isabelle Rochon.

Alexia Martel-Desjardins

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