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Comment un développement commercial contribue à la réconciliation à Calgary

Un panneau sur le bord de la route annonce l'arrivée dans la communauté de la Première Nation Tsuut'ina.

Le développement commercial s'appelle Taza, ce qui signifie, en langue Déné, « quelque chose de merveilleux s'en vient ».

Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

Tiphanie Roquette
Tiphanie Roquette

Aux portes de Calgary, dans la réserve Tsuut’ina, les anciens champs se transforment rapidement en chantiers de construction. Les grandes enseignes commerciales y poussent comme des champignons et attirent les Calgariens sur des terres qu’ils n’avaient jamais osé fouler. La Première Nation reste cependant maîtresse de son développement économique et de son processus de réconciliation avec ses voisins calgariens.

À peine la première pelletée de terre retombée, le ballet des camions et des machines de construction s’est mis en branle, au sud-ouest de Calgary. L’année prochaine, deux grands concessionnaires automobiles, Metro Ford et Big 4 Motors, ouvriront leurs portes sur ces terres dans la réserve Tsuut’ina.

Un peu plus au sud, un magasin Costco est déjà en activité et un autre chantier de construction adjacent prépare le terrain à l’arrivée de nouveaux commerces.

Ce sont les deux premiers pôles commerciaux d’un développement de 485 hectares, l’un des plus grands développements autochtones du pays, mis en branle par la Première Nation il y a huit ans.

Bryce Starlight se tient devant le chantier de construction de Taza Park.

Taza est un projet de développement sur 20 à 30 ans, explique Bryce Starlight, le vice-président de Taza Development Corporation.

Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

Pour les membres, c’est un projet transformateur, explique Bryce Starlight, le vice-président de ce développement commercial appelé Taza.

Les bénéfices vont bien au-delà de la valeur des locations commerciales. Nous parlons d’un modèle de réconciliation économique permettant aux Tsuut’ina de participer à l’économie canadienne dans son ensemble.

Au-delà des dessins de plumes

Les investissements ont été rendus possibles grâce à un accord signé avec la province en 2013. Après de longues négociations, la Première Nation a cédé des terres pour la construction de l’autoroute périphérique (nouvelle fenêtre). En échange, elle a obtenu d’autres terrains et 275 millions de dollars.

C’est l’étincelle que les Tsuut’ina attendaient. Nous parlons de ce développement économique depuis près de 50 ans, souligne M. Starlight.

La vision finale inclut trois villages distincts (nouvelle fenêtre) le long de l’autoroute périphérique, chacun offrant un mélange de commerces, de services, de lieux récréatifs et de logements.

Carte représentant trois lieux de développement appelés Taza park, Taza crossing et Taza exchange.

Le développement Taza comprend trois lieux distincts le long de l'autoroute périphérique, au sud-ouest de Calgary.

Photo : Taza Development Corporation

Le poids sur les épaules du promoteur est évident. Certains parlent d’une vision ambitieuse, comme si elle était impossible, dit-il. Bryce Starlight ne se focalise cependant pas sur la destination, mais sur le voyage.

Ce que nous essayons de faire, c’est qu’au lieu de nous embarquer dans un large processus de discussion avec le gouvernement, l’industrie et la communauté, nous travaillons sur le terrain au cas par cas, dit-il.

À l’arrivée de chaque nouveau locataire, nous regardons comment combler le fossé et nous rapprocher d’une participation plus équitable dans l’économie.

Le chantier est ainsi l’occasion d’employer des entrepreneurs autochtones et de leur offrir un premier contrat vers l'obtention de plus gros marchés.

Nous ne regardons pas seulement la quantité d’emplois disponibles, mais aussi la qualité. Nous nous concentrons moins sur les emplois pour débutants que sur les occasions de promotion et de formation pour les membres, souligne-t-il.

Ce n’est pas une question d’occuper des sièges, mais de construire des carrières et des chances d’affaires.
Bryce Starlight, vice-président de Taza Development

La même approche règne dans le choix des locataires commerciaux et du design des bâtiments. Cela commence dès la signature du bail, qui comporte les principes de la vérité et de la réconciliation reconnus par les Nations Unies, de même que la culture et l’histoire des Tsuut’ina, explique M. Starlight.

L’aménagement paysager se nourrit des connaissances des aînés. Les pancartes dans les allées du Costco ont des mentions en langue dénée. Intégrer le développement Taza demande aux grandes enseignes de changer leur processus habituel.

Ce n’est pas quelque chose que vous pouvez simplement peindre sur la façade d’un immeuble.
Bryce Starlight, vice-président de Taza Development

Un pont avec les Calgariens

La transformation n’agit pas que du côté de la Première Nation. Les Calgariens non autochtones affluent dans le stationnement du Costco.

De nombreux Calgariens qui n’avaient jamais mis un pied dans la communauté Tsuut’ina découvrent la beauté du paysage et rencontrent des gens incroyables, remarque Jeromy Farkas, le conseiller municipal des quartiers avoisinant la Première Nation.

À quelques centaines de mètres de la célèbre enseigne commerciale, des panneaux invitent les acheteurs à s’arrêter à un commerce plus local qui vend des produits autochtones. Le musée de la Nation est à un coin de rue. Les occasions pour en apprendre plus sur la culture sont nombreuses et plus accessibles, selon le conseiller municipal.

La construction ne se fait pas sans plainte contre le bruit et la poussière, mais elle a aussi permis de commencer un dialogue. Le processus de la vérité et de la réconciliation est une très longue et difficile route et cela fait du bien de voir des projets comme celui-là, qui amène à des résultats concrets, ajoute-t-il.

Ce pont entre deux cultures, c’est ce que Bryce Starlight décrit quand il rêve à ce que sera Taza, en 2040.

J’espère que nous verrons une communauté qui réponde aux besoins de tout le monde, mais aussi dès que vous y entrez, vous savez que vous êtes dans la communauté Tsuut’ina. C'est un endroit où les membres de la Nation se sentent bien et fiers, mais qui n’exclut pas les autres, raconte-t-il.

Tiphanie Roquette
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