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Analyse

Le Parti populaire, l’éléphant dans la pièce

Maxime Bernier parle dans un micro à l'extérieur.

Maxime Bernier est chef du Parti populaire du Canada (PPC).

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

Christian Noël
Christian Noël

Alors que les conservateurs dépensent leur énergie postélectorale à se demander s’ils défendront leur chef Erin O’Toole ou s'ils s'en départiront, ils doivent également se demander comment il ajustera le tir face au Parti populaire de Maxime Bernier.

On espère que les votes du Parti populaire du Canada (PPC) vont fondre lors de la prochaine élection, mais on ne peut pas ignorer le fait que cet appui pourrait se cristalliser, évoque une source conservatrice.

Le Parti populaire a recueilli presque trois fois plus de voix en 2021 qu’en 2019 (840 000 cette année, contre 294 000 en 2019). Un effet que plusieurs conservateurs sur le terrain ont constaté à leurs dépens.

La moitié des votes du Parti populaire dans ma circonscription était mes anciens électeurs, évalue une organisatrice conservatrice du sud-ouest de l’Ontario. J’ai vu plusieurs de mes anciens partisans mettre une affiche du PPC sur leur pelouse.

Résultat : dans cette circonscription, les conservateurs sont arrivés deuxièmes, derrière les libéraux.

Certains candidats conservateurs, qui sentaient un besoin de renfort parce qu’ils se faisaient siphonner des votes à droite, n’ont pas été pris au sérieux par le quartier général de la campagne, confie un autre stratège dont le candidat est arrivé deuxième.

Dans 14 circonscriptions perdues de justesse par les conservateurs, l’équipe d’Erin O’Toole aurait pu l’emporter en ajoutant le vote du Parti populaire à son total. C’est le cas dans huit circonscriptions en Ontario, quatre en Colombie-Britannique et une en Alberta.

C’est évidemment un calcul purement mathématique et non politique. Ce qui motive le choix d’un électeur varie d’un scrutin à l’autre. Des conservateurs estiment que la moitié du vote du Parti populaire venait de leurs rangs, le quart, des rangs du Parti vert et le reste, d’indécis sans véritable maison politique.

N’empêche.

Pas seulement des « tireux de roches »

Justin Trudeau a utilisé les manifestants violents antivaccins comme une arme politique contre nous, indique un stratège conservateur ontarien. Je ne le blâme pas. Politiquement, j’aurais fait la même chose. Mais ça nous a nui jusque dans l’urne, concède-t-il.

Vers la fin de la campagne, plusieurs manifestants anti-Trudeau arboraient des affiches du Parti populaire, notamment lors de l'épisode où du gravier a été lancé en direction du chef libéral.

Le discours politique de Maxime Bernier est parfois agressif et flirte avec les théories du complot. Il traite les politiciens dûment élus de despotes et de traîtres.

Il a demandé à ses partisans sur Twitter, au lendemain des élections, de harceler des journalistes (nouvelle fenêtre) qui, selon, lui sont des idiots qui veulent jouer sale.

Mais selon une organisatrice conservatrice, ce serait une erreur de qualifier ceux qui ont voté pour le Parti populaire de déplorables et de tireux de roches.

Ce ne sont pas tous les électeurs du Parti populaire qui sont des antivax violents, explique-t-elle. Certains ont perdu leur commerce durant la pandémie, d’autres ont de la difficulté à joindre les deux bouts et ils se sentent abandonnés par les politiciens.

Il pourrait en effet être tentant de considérer les partisans de Maxime Bernier, voire le chef lui-même, comme l’expression éphémère d’un mécontentement ponctuel sur les mesures sanitaires et la vaccination obligatoire.

Mais il ne faudrait pas négliger le fait que ces gens, qui se sentent négligés et laissés pour compte dans le discours politique actuel et qui ont été attirés par la bannière anti-establishment portée par Maxime Bernier, pourraient être tentés d’y installer leurs pénates pour une période plus longue, si le véhicule politique continue de leur convenir.

Certains conservateurs ne craignent pas que cette nouvelle division du vote de la droite ait la même ampleur qu’à l’époque du Parti réformiste et de l’Alliance canadienne. Mais c’est clairement un phénomène qu’ils veulent garder à l'œil.

Christian Noël
Christian Noël

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