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Élections municipales : ce scrutin si important pourtant boudé par les Canadiens

Le maire de Calgary, Naheed Nenshi, près de la rivière Elbow, à Calgary.

En avril, le maire de Calgary, Naheed Nenshi, a annoncé qu'il ne se représenterait pas à la fin de son troisième mandat.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Axel Tardieu

Des élections municipales se tiennent cet automne à Terre-Neuve-et-Labrador, en Alberta et au Québec. Même si ces scrutins peuvent avoir un impact direct sur le quotidien des Canadiens, ils affichent les taux de participation les plus bas. Pourquoi?

Un café à la main, la Calgarienne Pam Bell dit qu'elle participe toujours aux élections municipales, mais elle ne sait pas pour qui voter cette année. Son maire préféré, Naheed Nenshi, ne se représente pas (nouvelle fenêtre).

Les élections municipales sont les élections les plus importantes parce qu'elles concernent directement nos quartiers, estime-t-elle.

En chemin vers son domicile, Sarah Grady, âgée de 23 ans, est plus hésitante : Je ne sais pas vraiment à quoi ça sert.

L'aménagement des rues et des parcs, les transports en commun ou encore la gestion des ordures sont des éléments de notre vie au quotidien pour lesquels les décisions appartiennent aux élus municipaux.

Beaucoup de choses qui vont rendre votre journée plus simple dépendent de l'administration municipale, explique Jacqueline Peterson, chargée de cours à l’Université de Calgary et spécialiste de la politique des villes.

Imaginons que les trois ordres de gouvernement disparaissaient du jour au lendemain. Les premiers effets négatifs ressentis seraient liés aux compétences de la Municipalité.
Jacqueline Peterson, spécialiste de la politique municipale

Une forte abstention

Si le fonctionnement des élections municipales diffère d'une province à l'autre, un point les rassemble. Ce sont les élections pour lesquelles les Canadiens votent le moins.

Même si le taux de participation à Calgary a été historique en 2017, avec 58 %, il était de 31 % à Edmonton, et de 22 %, à Fort McMurray, cette année-là. La moyenne en Alberta est de 20 % à 30 % de participation, estime Jacqueline Peterson.

Une pancarte électorale devant une maison à Calgary.

À Calgary, les pancartes électorales se multiplient au bord des rues ou dans les jardins durant l'été.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Philippe Dubois, doctorant en sciences politiques à l’Université Laval, à Québec, considère ce constat comme un grand paradoxe.

On vit tous les jours en fonction des compétences municipales, mais l’intérêt des gens est moins important. La couverture médiatique est aussi moins importante parce qu’il y a beaucoup trop de municipalités à couvrir. C’est humainement impossible de le faire comme aux élections provinciales ou fédérales.

Trop de choix, trop de visages inconnus du grand public et un manque d'enjeux accrocheurs sont ce qui découragerait les Canadiens de voter au niveau municipal, pensent les experts.

C’est plus difficile pour les électeurs de savoir pour qui ils vont voter. Ils doivent faire davantage de recherches. Il y a moins de visibilités pour les candidats. Les gens sentent que c’est simplement moins important, alors que c'est tout le contraire, affirme Jacqueline Peterson.

Des tours du centre-ville de Calgary.

Notre qualité de vie et l'économie d'une ville dépendent beaucoup des politiques municipales, selon Jacqueline Peterson.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Les jeunes votent moins

Ce constat est particulièrement vrai pour les électeurs des nouvelles générations. Selon Danielle Pilette, professeur de gestion municipale à l’Université du Québec à Montréal, plus ils sont jeunes, mobiles et citadins, moins ils auront tendance à voter aux élections municipales.

Il y a aussi moins de propriétaires dans les grandes villes que dans les petites villes, donc l’intérêt pour le niveau de services par rapport au niveau de la taxation est moins grand. Les locataires ne sont pas au courant des coûts des services qu’ils consomment et votent moins.

Pourtant, un changement de stratégie est en train de se produire doucement pour rajeunir l'image des élus locaux et attirer les jeunes électeurs.

De plus en plus de programmes évoquent la création de pistes cyclables, de parcs et de trottoirs adaptés aux piétons comme moyens pour lutter contre le changement climatique.

Prévisions pour cet automne

Les élections municipales de cet automne ne risquent pas de voir leur taux de participation décoller cette année, selon Philippe Dubois.

Comme ils viennent de voter pour les élections fédérales et comme ils ont probablement la tête déjà saturée de politique, les gens vont probablement rester à la maison.

Jacqueline Peterson, pour sa part, est plus optimiste. À Edmonton et à Calgary, les maires se retirent après des années en poste. Des postes importants se libèrent pour ces élections. Nous pourrions être surpris du taux de participation.

En Alberta, les observateurs devront attendre le 18 octobre pour connaître la réponse.

Axel Tardieu

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