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L’émissaire des États-Unis en Haïti claque la porte

Depuis dimanche, les services migratoires américains ont renvoyé plus de 1400 Haïtiens, dont plusieurs centaines d'enfants, vers Port-au-Prince et Cap-Haïtien.

Trois hommes et une femme attendent derrière un grillage.

Des migrants expulsés des États-Unis attendent que leur dossier soit traité par les autorités haïtiennes, mercredi, à l'aéroport Toussaint-Louverture de Port-au-Prince.

Photo : Reuters / RALPH TEDY EROL

Agence France-Presse

L'émissaire américain en Haïti, Daniel Foote, a démissionné et dénoncé, dans une lettre cinglante, les expulsions « inhumaines » par les États-Unis de milliers de migrants haïtiens vers leur pays en proie à la terreur des gangs armés.

Je ne m'associerai pas à la décision inhumaine et contre-productive des États-Unis d'expulser des milliers de réfugiés haïtiens et d'immigrants illégaux en Haïti, un pays où nos fonctionnaires sont confinés dans des complexes sécurisés en raison du danger que représentent les gangs armés contrôlant la vie quotidienne, assène M. Foote dans sa lettre de démission datée de mercredi et adressée au secrétaire d'État Antony Blinken.

Notre approche politique en Haïti reste profondément défectueuse et mes recommandations ont été ignorées et rejetées, lorsqu'elles n'ont pas été modifiées, dénonce également M. Foote dans sa missive.

Gros plan d'un homme devant un micro.

Daniel Foote, lors d'un témoignage au Congrès américain, en mai 2016.

Photo : Getty Images / Drew Angerer

Interrogé lors d'une conférence de presse à New York, Antony Blinken a remercié jeudi le diplomate pour son travail, tout en ajoutant : Cela ne signifie pas que nous ne pouvons pas avoir des désaccords sur la bonne approche.

Le niveau de désespoir parmi les migrants ne peut que tous nous affecter fortement, donc je comprends vraiment la passion qui entoure cette affaire.
Antony Blinken, secrétaire d'État américain

Son porte-parole Ned Price avait plus tôt rejeté de manière plus directe les accusations de Daniel Foote, simplement fausses selon lui.

L'émissaire n'a pas saisi l'opportunité d'exprimer ses inquiétudes à propos des migrants durant son mandat, et au lieu de cela, a choisi de démissionner, a-t-il déploré.

Un autre responsable l'a accusé d'avoir tenté d'aller au-delà de ses attributions dans la politique des États-Unis en Haïti.

Antony Blinken.

Le secrétaire d'État américain Antony Blinken

Photo : Getty Images / OLIVIER DOULIERY

Les migrants entassés

Des dizaines de milliers de migrants, pour la plupart des Haïtiens, s'entassent depuis plusieurs semaines dans les villes mexicaines de Tapachula (frontière sud avec le Guatemala) et de Ciudad Acuña (nord, à la frontière du Texas), où ils vivent sous la chaleur et dans l'insalubrité.

Dans cette dernière ville, la tension régnait jeudi après le déploiement d'une centaine de policiers mexicains, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Les forces de l'ordre se sont déployées après l'annonce faite par l'Institut national des migrations (INM) et ont indiqué que la situation des migrants serait examinée afin de les renvoyer dans la ville où ils ont initialement déposé leur demande d'asile.

De nombreuses personnes traversent un fleuve pour rejoindre l'autre rive.

Des migrants haïtiens arrivés à Ciudad Acuna, au Mexique, continuent jeudi de franchir le Rio Grande pour entrer aux États-Unis.

Photo : Getty Images / AFP/PEDRO PARDO

Fuyant la pauvreté et le chaos, ces migrants cherchent refuge aux États-Unis, pour nombre d'entre eux après avoir traversé une douzaine de pays comme le Panama et la Colombie, où quelque 19 000 migrants, également en majorité Haïtiens, sont bloqués à la frontière.

Les États-Unis avaient suspendu les expulsions de migrants haïtiens en situation irrégulière après le séisme qui avait ravagé la moitié sud d'Haïti (nouvelle fenêtre) le 14 août, mais le regroupement, en quelques jours, de plus de 15 000 migrants sous un pont au Texas (nouvelle fenêtre) a changé la donne.

Suspension de l'utilisation d'agents à cheval

La police aux frontières américaines va temporairement cesser d'utiliser des agents à cheval autour de la petite ville de Del Rio, au Texas, ont annoncé jeudi les autorités, après la diffusion de photos montrant ce qui a été dénoncé comme un traitement humiliant de migrants haïtiens tentant d'entrer aux États-Unis.

Le secrétaire à la Sécurité intérieure, Alejandro Mayorkas, a fait savoir aux dirigeants d'organisations de défense des droits civiques que nous n'utiliserions plus de chevaux à Del Rio, a déclaré la porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki.

Un porte-parole du département de la Sécurité intérieure a précisé que cette mesure était prise de manière temporaire. Nous allons utiliser en priorité d'autres méthodes pour identifier les individus qui pourraient être en détresse médicale, a-t-il indiqué dans un communiqué.

1400 Haïtiens expulsés

Depuis dimanche, les services migratoires américains ont déjà affrété 12 vols pour renvoyer plus de 1400 personnes, dont plusieurs centaines d'enfants, dans la capitale Port-au-Prince et Cap-Haïtien, la deuxième ville du pays.

Daniel Foote avait été nommé le 22 juillet avec pour objectif de faciliter la paix et la stabilité ainsi que la tenue d'élections libres et justes après l'assassinat du président Jovenel Moïse (nouvelle fenêtre), tué dans sa résidence privée par un commando armé, le 7 juillet.

Sa démission constitue un nouveau coup dur pour Joe Biden, après ses difficultés parlementaires et l'Afghanistan : sa politique d'expulsions massives de migrants haïtiens (nouvelle fenêtre) vers leur pays en plein chaos sécuritaire se voit ainsi critiquée – avec des mots durs – par son propre émissaire.

Deux personnes sont assises au bord de la mer. Elles regardent l'horizon et un bateau à quai.

Des Haïtiens attendent une occasion de se rendre au Panama à partir de Necocli, en Colombie. Des milliers d'Haïtiens sont actuellement dans cette ville portuaire.

Photo : Getty Images / AFP/RAUL ARBOLEDA

Dans une rare critique, le chef démocrate du Sénat, Chuck Schumer, avait aussi exhorté mardi Joe Biden à mettre fin immédiatement aux expulsions qualifiées d'ignobles.

Une telle décision va à l'encontre du sens commun et de la décence, s'est-il insurgé, en soulignant que les conditions difficiles à Haïti faisaient que le pays ne pouvait pas les recevoir.

Antony Blinken a rejeté la responsabilité de cette situation sur la désinformation qui pousse des Haïtiens à croire qu'ils peuvent arriver et rester dans le pays grâce à un statut qui concerne en fait seulement ceux qui sont déjà aux États-Unis.

Les États-Unis sont l'une des principales puissances susceptibles d'exercer une influence sur Haïti, pays qu'ils ont occupé militairement pendant 19 ans, de 1915 à 1934.

Mais le président Joe Biden a exclu tout envoi de militaires américains, malgré la demande en ce sens du gouvernement haïtien qui souhaitait des troupes pour sécuriser le pays caribéen.

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