1. Accueil
  2. Politique
  3. Politique provinciale

Des primes de 15 000 $ pour les infirmières à temps plein au Québec

Les trois politiciens en conférence de presse.

La présidente du Conseil du Trésor Sonia LeBel, le premier ministre François Legault et le ministre de la Santé Christian Dubé ont annoncé un plan de réorganisation du travail pour contrer la pénurie de main-d'oeuvre dans le réseau de la santé.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Mathias Marchal

Pour combler la grave pénurie de main-d'œuvre dans le réseau public de la santé, François Legault promet « une petite révolution » qui passera notamment par des primes allant de 12 000 $ à 18 000 $ pour les infirmières à temps plein.

Les infirmières sont épuisées et ont quitté le réseau, ce qui a aggravé le problème pour celles qui restent, a souligné le premier ministre François Legault lors de la présentation du plan censé ramener dans le réseau public 4300 infirmières, infirmières auxiliaires, inhalothérapeutes et perfusionnistes.

Ce qu’on vous annonce aujourd’hui, ce n’est rien de moins qu’une petite révolution dans la gestion du réseau de la santé.
François Legault, premier ministre du Québec

Le défi qu’on a, c’est de réorganiser le travail pour introduire plus de prévisibilité, une meilleure conciliation travail-famille et leur donner une vie personnelle raisonnable et surtout, surtout, arrêter de leur demander de faire du temps supplémentaire obligatoire, a-t-il expliqué.

Pour y arriver, le gouvernement compte dépenser près de 1 milliard de dollars, principalement en bonus :

  • 15 000 $ pour les infirmières qui travaillent à temps plein dans le réseau;
  • 15 000 $ pour les infirmières actuellement à temps partiel (40 %) qui passeraient à temps plein;
  • 12 000 $ pour les infirmières du privé ou à la retraite qui reviendraient à temps plein au public;
  • Des primes majorées de 3000 $ dans cinq régions où la pénurie est plus grave, soit l'Outaouais, l'Abitibi-Témiscamingue, la Côte-Nord, le Nord-du-Québec et la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine;
  • La formation de 3000 agents administratifs qui aideront les infirmières à remplir la paperasse, afin qu'elles puissent se consacrer davantage aux patients;
  • Les horaires défavorables (soir, nuit et fin de semaine) seront d'abord offerts au personnel issu des agences privées.

Le gouvernement espère ainsi faire passer de 60 % à 75 % le taux de personnel de la santé travaillant à temps plein. Afin que ces retours soient pérennes, le versement des primes sera étalé sur une période d'un an.

Ce plan vise en quelque sorte à être une passerelle en attendant que la convention collective, signée cet été avec le personnel de la santé (nouvelle fenêtre), ait été mise en place.

En temps normal, cette convention-là aurait pris quelque temps à s'implanter, mais on veut lui donner du gaz pour que les gens en ressentent les effets plus rapidement.
Sonia LeBel, ministre responsable de l’Administration gouvernementale

Entrevue avec le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé

Le ministre de la Santé du Québec Christian Dubé n'a pas mâché ses mots pour expliquer les bonus plus importants consentis à certaines régions. On se bat contre l’Ontario, qui est venu chercher du personnel de la santé en Abitibi-Témiscamingue et en Outaouais en donnant des primes de 10 000 $, a-t-il rappelé.

Par ailleurs, au 23 septembre, 7700 employés du réseau de la santé n'étaient pas adéquatement vaccinés et risquaient donc d'être suspendus sans solde à partir du 15 octobre. Parmi eux, environ 5000 sont en lien direct avec des patients. Les nouvelles mesures risquent-elles alors d'être insuffisantes?

On est loin d'avoir lancé la serviette, a répondu Christian Dubé, indiquant qu'il y a 8000 infirmières parties récemment qui se sont inscrites sur la plateforme JeContribue et que l'ajout d'agents administratifs permettra de réduire les tâches administratives des infirmières qui représentent actuellement 30 % de leur temps de travail.

Au Québec, ce ne sont pas les infirmières qui manquent. On en compte 7,6 pour 1000 habitants, soit plus que la moyenne canadienne de 6,6. En outre, leur nombre a augmenté (nouvelle fenêtre) de près de 7 % en cinq ans.

La crise dans le réseau de la santé ne semble pas avoir découragé les jeunes.

Un chèque sans garanties, selon l'opposition

Si les syndicats semblent mitigés (nouvelle fenêtre) vis-à-vis de ces mesures, il en va de même au niveau politique. Le député solidaire Vincent Marissal souligne, à propos de l'annonce, que les principes sont bons, mais qu'elle ne comporte pas d'échéancier.

En gros, ce que le gouvernement a dit, c'est : "Revenez, je vais changer". Mais il n'y a pas d'engagement précis, a-t-il souligné, avant d'ajouter qu'il n'y avait ni de plan ni d'échéancier pour mettre fin aux heures supplémentaires obligatoires ou au recours aux agences privées.

Le chef parlementaire du Parti québécois, Joël Arseneau, a lui aussi critiqué l'absence de plan pour en finir avec le recours aux agences privées. Le gouvernement dépense 1 milliard de dollars pour concurrencer le secteur privé, qui lui coûte 1 milliard de dollars par an, c’est le serpent qui se mort la queue.

On n'avance pas là-dedans, c'est un système qui est complètement absurde et qu'il va falloir casser une bonne fois pour toutes.
Joël Arseneau, chef parlementaire du Parti québécois

Au cœur du problème, on retrouve le fait que les infirmières ont de plus en plus tendance à délaisser le réseau public pour s’en aller au privé (nouvelle fenêtre). Au cours de la dernière année, environ 1000 infirmières ou infirmiers sont passés du public au privé, soit 300 de plus que les années précédentes, soulignait récemment le Rapport des commissaires sur les états généraux de la profession d’infirmière.

On parle d'incitatifs monétaires, mais il n'y a pas véritablement de plan par rapport aux conditions de travail. Pas d'engagement que les heures supplémentaires obligatoires allaient être abolies ou que le nombre de patients par infirmière allait être modifié pour que ce soit acceptable, note pour sa part Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral du Québec.

Ancien ministre de la Santé, entre 2012 et 2014, Réjean Hébert montre du doigt (nouvelle fenêtre) les mégastructures qui nuisent au sentiment d’appartenance, les salaires, mais surtout les heures supplémentaires obligatoires.

Ça fait en sorte que les infirmières ne peuvent même pas planifier leur vie personnelle parce qu’elles ne savent pas quand elles vont sortir [du travail].
Réjean Hébert, ex-ministre de la Santé

Outre le fait de limiter le recours aux agences privées, l’ancien ministre péquiste croit notamment que l’utilisation de quarts de travail de travail de 12 heures (nouvelle fenêtre) (plutôt que de 8) pourrait être favorisée. Cette pratique répandue dans le réseau anglophone offre plus de journées de congé durant la semaine tout en simplifiant le travail des gestionnaires.

Mathias Marchal

À la une