1. Accueil
  2. Justice et faits divers
  3. Procès et poursuites

L’ex-interprète nazi Helmut Oberlander meurt au Canada et échappe à l’extradition

Un homme regarde devant lui.

Helmut Oberlander est mort à l'âge de 97 ans.

Photo :  B'nai Brith

La Presse canadienne

Helmut Oberlander, un ancien membre des « escadrons de la mort » du régime nazi, est décédé au Canada alors que durait encore une bataille judiciaire de plusieurs décennies avec le gouvernement fédéral autour de son extradition en Allemagne.

Helmut Oberlander, un ancien membre des escadrons de la mort du régime nazi, est décédé au Canada alors que durait encore une bataille judiciaire de plusieurs décennies avec le gouvernement fédéral autour de son extradition en Allemagne.

Sa famille a déclaré jeudi dans un communiqué que l'homme, âgé de 97 ans, était mort paisiblement dans sa maison, entouré de ses proches. Des organisations juives ont déploré que la saga judiciaire n'ait jamais pu aboutir à son extradition.

Le gouvernement fédéral avait dépouillé Oberlander de sa citoyenneté à plusieurs reprises – des décisions qu'il avait contestées à répétition devant les tribunaux. Au début de septembre, encore, la Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada a ouvert une enquête pour déterminer s'il pouvait rester au Canada plutôt que d'être expulsé en Allemagne.

Son avocat a demandé une suspension des procédures, notamment à cause de la détérioration de son état de santé physique et mentale. Sa famille souhaitait qu'il reste au Canada jusqu'à sa mort. La commission avait mis la requête en délibéré, sans préciser à quel moment elle rendrait sa décision.

Escadron de la mort

Une vieille photo noir et blanc de Helmut Oberlander, dans sa jeunesse.

Helmut Oberlander soutient qu'il était un interprète et qu'il n'a jamais participé aux meurtres.

Photo : Centre consultatif des relations juives et israéliennes

Helmut Oberlander, qui vivait à Waterloo, en Ontario, a servi de 1941 à 1943 comme interprète au sein de l'unité Ek 10a, qui faisait partie d'un groupe plus large d'escadrons de la mort (nouvelle fenêtre) responsables de l'extermination de plus de 2 millions de personnes, pour la plupart des juifs. Il a toujours soutenu qu'il avait été enrôlé de force dans ce service, menacé de mort alors qu'il était adolescent, et qu'il n'avait participé à aucune exécution.

Arrivé au Canada en 1954, il est devenu citoyen canadien six ans plus tard, mais il n'a jamais divulgué son passé militaire aux autorités canadiennes. En juin 2017, le gouvernement fédéral a révoqué sa citoyenneté canadienne – pour la quatrième fois depuis le milieu des années 1990.

Le gouvernement canadien a maintenu qu'Oberlander était complice de crimes de guerre en faisant partie d'un escadron de la mort. Les tribunaux ont convenu à plusieurs reprises que sa citoyenneté devait être révoquée au motif qu'il avait menti sur sa participation au régime nazi.

Il a systématiquement fait appel des nombreuses décisions, sans succès. À la fin de 2019, la Cour suprême du Canada a refusé d'entendre sa cause (nouvelle fenêtre), ce qui a ouvert la voie à son audience d'admissibilité en matière d'immigration, il y a quelques semaines.

Les organisations juives frustrées

Michael Levitt, président des Amis canadiens du Centre Simon-Wiesenthal pour les études sur l'Holocauste, a déclaré jeudi qu'il y avait dans la communauté juive une grande tristesse que justice n'ait jamais été rendue.

Qu'en est-il de ceux qui ont péri dans l'Holocauste aux mains de cette unité nazie? Ils n'ont pas pu "mourir paisiblement, chez eux, entourés de leurs proches". Ils ont perdu leur dignité, leur vie, tout leur a été enlevé, a estimé M. Levitt.

Il croit qu'il est maintenant temps de tourner cette page Oberlander et de se souvenir plutôt des victimes de l'Holocauste. M. Levitt, un ancien député libéral à Ottawa, estime aussi qu'il faut maintenant réfléchir aux échecs dans ce dossier. À l'avenir, nous devrions être beaucoup plus forts et nous engager à faire en sorte que notre système judiciaire au Canada puisse mieux traiter les criminels de guerre, a-t-il dit.

L'organisme B'nai Brith Canada s'est dit aussi frustrée par l'impuissance du Canada à extrader Oberlander. La disparition pacifique d'Helmut Oberlander en sol canadien est une tache sur notre conscience nationale, a estimé Michael Mostyn, PDG de B'nai Brith Canada, dans un communiqué. Le fait est que ce pays a claqué la porte aux réfugiés juifs qui fuyaient les nazis, puis a permis ensuite à certains de leurs bourreaux d'entrer au Canada et n'a pas réussi à les expulser.

Bernie Farber, l'ancien PDG du Congrès juif canadien, qui suit le dossier d'Oberlander depuis la fin des années 1980, a déclaré jeudi que les systèmes de justice et d'immigration doivent être revus pour mieux traiter les présumés criminels de guerre.

Si nous ne modifions pas les lois maintenant, toute cette épreuve, qui a duré 60 ans, n'aura servi à rien, a estimé M. Farber, qui est actuellement président du Réseau canadien contre la haine. Il a bien exploité le système.

Paul Daly, titulaire de la chaire de recherche en droit administratif et gouvernance à l'Université d'Ottawa, a toutefois souligné que ce cas était inhabituel, car M. Oberlander détenait la citoyenneté canadienne, ce qui lui donnait le droit de contester devant les tribunaux les procédures de révocation.

Les crimes contre l'humanité sont souvent révélés en amont, au cours du processus d'approbation de la citoyenneté devant la Commission de l'immigration et du statut de réfugié, rappelle le professeur Daly. Et cette commission a son propre processus d'appel et de révision, plus rapide, dit-il.

Le bureau du ministre de l'Immigration, Marco Mendicino, n'a pas immédiatement répondu à une demande de commentaires.

À la une