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[Reportage] Longue soirée en attendant les résultats de l’élection

Pluseurs personne l'une derrièere l'autre.

Des électeurs de Sainte-Dorothée en ligne pour voter en soirée.

Photo : RCI / Samir Bendjafer

Samir Bendjafer

Radio Canada International a suivi trois candidats issus de la diversité canadienne de la région de Montréal lors de la soirée électorale de ce lundi : le libéral Fayçal El-Khoury, la néo-démocrate Ghada Chaabi et Ahmed Taleb, du Parti vert.

À moins d’une heure de la fermeture des bureaux de vote, la file d’attente devant le centre communautaire de Sainte-Dorothée, dans la banlieue nord-ouest de Montréal, ne désemplit pas.

Les lieux ont été transformés en bureau de vote pour ce 44e rendez-vous électoral général depuis la création de la Fédération canadienne en 1867.

Ici, c’est la circonscription de Laval-Les Îles, une forteresse libérale détenue par le député sortant Fayçal El-Khoury depuis 2015.

Les retardataires, qui attendent patiemment leur tour avec masques et distanciation physique, COVID-19 oblige, maintiennent ainsi la réputation de cette circonscription dont le taux de participation à la dernière élection a dépassé les 63 %.

Yasser Iskander, un électeur d’origine égyptienne qui vit au Canada depuis une trentaine d’années, vient tout juste de sortir du centre de vote.

Il affirme à Radio Canada International qu’il a toujours voté. Et cette fois-ci, j’ai trouvé qu’il n’y avait aucune raison pour déclencher une autre élection. Justin Trudeau voulait se protéger en cherchant la majorité. Et il a dépensé beaucoup d’argent pour rien [l’organisation du scrutin devrait coûter plus de 600 millions de dollars, NDLR].

Un homme devant une escalier.

Yasser Iskander vote à chaque élection depuis qu'il s'est installé au Canada, il y a trois décennies.

Photo : RCI / Samir Bendjafer

Il ajoute que pour cette élection, son vote a été différent de celui de la dernière. J’ai changé mon vote, car je veux voir du changement et je ne veux plus que l’agent public soit jeté par les fenêtres.

Le stationnement du centre communautaire sur lequel donne la sortie du centre de vote affiche un nombre inhabituel de véhicules pour un lundi soir.

Il est 20 h 45. Fatima Moujahid vient tout juste d’accomplir son devoir de citoyenne. C’est la troisième fois qu’elle vote depuis qu’elle a quitté le Maroc, son pays d’origine, pour s’installer au Canada.

Elle habite dans la circonscription depuis trois ans. Elle dit ne pas avoir été dérangée par le déclenchement des élections. Je suis une personne de gauche. Mais comme nous n’avons pas un grand parti de gauche ici [au Canada, NDLR], je vote pour Trudeau [le Parti libéral, NDLR], explique-t-elle.

Le Parti vert du Canada et le Nouveau Parti démocratique (Nouveau Parti démocratique) sont bien des organisations de gauche, mais elle préfère ne pas perdre son vote. Les Verts ne réussiront pas, même si je leur donne ma voix, affirme-t-elle en précisant que sa fille vote pour les Verts.

À quelques mètres, en face du centre de vote, se trouve le bureau de circonscription du député libéral sortant Fayçal El-Khoury.

Une femme devant un escalier.

Fatima Moujahid a voté en soirée à Sainte-Dorothée dans la circonscription de Laval-Les Îles.

Photo : RCI / Samir Bendjafer

Niché au-dessus de la bibliothèque municipale qui ferme à 21 h en semaine, le bureau est fermé. Il n’y a pas âme qui vive.

Le quartier général de la campagne de ce député né au Liban est à un peu moins de deux kilomètres de là.

Changement d’ambiance radical. Le grand local est très animé. Les murs sont tapissés de photos du candidat et du chef libéral Justin Trudeau. Les drapeaux du Canada sont accrochés partout.

Les bénévoles de tous âges et de différentes origines ethniques discutent en suivant les résultats des provinces en Atlantique, qui commencent à sortir.

Ces provinces sont situées dans des fuseaux horaires en avance sur celui du Québec.

Fayçal El-Khoury est là. Il est collé à la télévision, en train d’écouter les commentaires des journalistes et invités du Réseau de l’information de Radio-Canada (Réseau de l'information).

Il n’a pas de doute sur l’issue du scrutin pour lui ce soir. Tout ce que le gouvernement du Canada a fait pour les citoyens canadiens durant cette pandémie. Nous avons aidé toute la population et presque tous les commerces. Nous sommes aussi décidés à lutter contre les changements climatiques, à appuyer la classe moyenne, affirme Fayçal El-Khoury, un ancien diplômé en génie civil de l’Université Concordia qui a fondé une entreprise de construction avant de s'impliquer dans le conseil.

Une homme et une femme en face d'une télévision.

Fayçal El-Khoury, le candidat du Parti libéral du Canada, a été réélu pour un troisième mandat dans Laval-Les Îles.

Photo : RCI / Samir Bendjafer

En 2015, Fayçal El-Khoury avait remporté l’élection avec 47,7 % des suffrages exprimés. En 2019, il a amélioré son score avec 48,2 % des voix.

Avant l’annonce des résultats, il affirme que ce sera un jamais deux sans trois pour lui.

Le candidat libéral n’est pas le seul qui brigue le poste de député dans sa circonscription. Ils sont six candidats au total.

Ahmed Taleb est dans la course avec le Parti vert du Canada. Un parti qui a récolté 4,3 % des suffrages exprimés à la dernière élection de 2019.

Le siège de sa campagne électorale est sur Facebook. Radio Canada International le rencontre dans l’un des quartiers résidentiels de sa circonscription.

Originaire d’Algérie où il travaillait dans l’industrie pétrolière et gazière, il vit au Canada depuis 2007. Le candidat du Parti vert travaille maintenant dans le secteur bancaire.

Ahmed Taleb a sa carte de membre du Parti vert depuis 2015. Il explique qu’il a choisi ce parti parce que c’est l’avenir. La vie elle-même dépend de l’environnement dans lequel nous vivons, affirme cet adepte du bénévolat auquel il dit consacrer plusieurs heures par semaine.

Un homme tient une pancarte électorale.

Ahmed Taleb, candidat du Parti vert du Canada dans Laval-Les Îles.

Photo : RCI / Samir Bendjafer

Essayer de déloger le député sortant de la circonscription n’est pas une tâche facile. Il dit puiser son courage dans le programme de son parti.

Au Parti vert, nous avons un programme riche qui répond aux besoins des citoyennes et citoyens de Laval-Les Îles. Si vous prenez les libéraux, c’est juste de la rhétorique, mais rien dans l’action.

Ne se faisant pas d’illusions, mais toujours engagé, il affirme que même si je ne remporte pas la circonscription, j’aurai gagné une grande expérience en politique et je continuerai toujours à travailler fort au sein de mon parti.

Retour à Montréal, dans le quartier Chabanel, où se trouve le siège de la campagne électorale de Ghada Chaabi, candidate du Nouveau Parti démocratique dans la circonscription d’Ahuntsic-Cartierville détenue par la ministre libérale Mélanie Joly depuis 2015.

Sur le chemin du retour, 25 kilomètres, Radio-Canada annonce que le futur gouvernement sera probablement libéral minoritaire.

Donc pas de changement notable sur l’échiquier politique canadien, ce qui fera dire plus tard dans la soirée à Yves-François Blanchet, le chef du Bloc québécois (nouvelle fenêtre) : Tout ça pour ça !

Une femme debout devant une pancarte électorale.

Ghada Chaabi, candidate du NPD dans Ahuntsic-Cartierville.

Photo : RCI / Samir Bendjafer

Ghada Chaabi, qui a une expérience dans la gestion des résidences pour personnes âgées, explique que son choix pour le Nouveau Parti démocratique est naturel. Les valeurs du Nouveau Parti démocratique font que c’est un parti qui est proche du peuple. On parle de logement, de soins dentaires, de la réduction des prix des médicaments, les choses qui touchent directement le peuple, dit-elle.

Elle ajoute que les libéraux n’ont pas tenu toutes leurs promesses envers la communauté maghrébine. Regardez la décision de suspendre pour un mois les vols en provenance du Maroc. Personne [les libéraux] n’a bougé, ajoute Ghada Chaabi, elle-même d’origine marocaine.

Bien que l’issue du scrutin soit difficile pour elle, elle n’y voit que du positif. C’est une belle expérience. C’est un pays qui donne la chance à tout le monde. Il faut juste oser, explique celle qui vit au Canada depuis 19 ans.

Récolte de la soirée ? Fayçal El-Khoury est réélu. Quant à Ahmed Taleb et Ghada Chaabi, ils ont acquis une expérience politique qui n’a pas de prix.

Note : ce reportage est également disponible en arabe

Samir Bendjafer

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