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[Reportage] Devenir agriculteur au Canada : l’expérience de Da Fu

Un homme et un chien.

Da Fu et son chien.

Photo : 大付提供

Yan Liang

« Grandir avec mes enfants à la ferme me rend heureux. Je vois du soleil et de la beauté partout au Canada », dit Da Fu.

Da Fu est un agriculteur très actif sur Twitter, où il partage son quotidien de fermier dans l’Ouest canadien et parle souvent de sa famille avec ses abonnés.

Sur Twitter, on peut lire dans sa biographie : Né à la campagne dans la province de Henan en Chine, agriculteur dans les Prairies canadiennes; respectueux envers le ciel et humble devant la terre, préfère l’humain au pouvoir!

Da Fu a immigré au Canada en 1999 et s’est lancé en agriculture il y a dix ans. Aujourd’hui, il exploite une ferme de 4000 acres avec sa femme et ses trois fils en Saskatchewan.

Tomber dans le métier par hasard

Après avoir immigré au Canada, Da Fu s’est d'abord installé avec sa famille à Vancouver, où il a travaillé dans le domaine pharmaceutique pendant une dizaine d'années. C'est la maladie qui l’a forcé à abandonner ses recherches et quitter son laboratoire.

Pour certaines raisons, il est allé visiter une ferme en Saskatchewan. L’environnement et la vie de campagne lui plaisaient tellement qu’il a décidé d’y travailler pour quelque temps, et grâce à ce séjour, il s’est rétabli. C'était peut-être le destin qui l'a amené à l'endroit le plus propice à son rétablissement, s'est-il dit. Il y est resté.

La femme de Da Fu, inquiète au départ, a envoyé leur fils aîné, âgé de 18 ans à l'époque, à la ferme. La mission du jeune homme : aider son père et prendre soin de lui. Mais au fil du temps, sa propre passion pour l'exploitation agricole a fini par surpasser celle de son père. Lui aussi est resté.

Entre mon fils aîné et moi, c’est difficile de dire qui a encouragé qui, dit Da Fu.

Les joies et les peines de l'exploitation agricole

Dans les premières années, la ferme a connu une grande croissance malgré les difficultés. Mais elle n'a pas tardé à subir un revers important. Da Fu estime que la situation a été plus éprouvante pour son fils que pour lui à cause de son jeune âge.

Sans entrer dans les détails, Da Fu conclut que l’exploitation agricole n’est pas toujours aussi bucolique qu’elle ne paraît. Ce n’est pas facile en réalité. Il y a certainement des plaisirs, mais aussi des difficultés.

Pour lui, le métier d'agriculteur pose deux défis de taille.

D’abord, il faut apprendre à vivre en région éloignée. Vous ne pouvez pas profiter des commodités de la ville, et plus souvent, vous devez endurer la solitude, voire des problèmes psychologiques.

Ensuite, l’exploitation d’une ferme au Canada était une toute nouvelle expérience pour lui, même s'il avait passé son enfance à la campagne en Chine. Il devait effectivement repartir de zéro et avait tout à apprendre : les méthodes, les habitudes et l’ampleur de la culture, les équipements, etc.

Même si l’histoire du Canada est relativement courte, l’apprentissage des expériences et des savoir-faire peut être long et difficile, affirme-t-il.

Il rappelle également que les agriculteurs doivent aujourd'hui faire face à l’incertitude causée par les changements climatiques et par le marché international. De plus, l’investissement de départ pour une ferme est important. C’est exigeant physiquement et mentalement.

S’il a un conseil à donner à ceux qui rêvent de posséder une ferme, c’est de bien y réfléchir avant de prendre ce genre de décision.

Grandir avec les enfants me rend heureux

Sur Twitter, Da Fu décrit souvent sa vie quotidienne en parlant de sa femme, de ses trois fils, de leurs deux chiens et du paysage sauvage de l’Ouest canadien.

Il affirme qu’il n’a jamais voulu être un père condescendant. Il traite toujours ses enfants comme des amis. Ils disent même parfois : Papa, que tu es stupide! Il ne s’en offusque pas.

Les pannes de machinerie sont fréquentes et font partie de la vie à la ferme. Pour Da Fu, qui ne connaît pas très bien la mécanique, c’est une casse-tête qui l’oblige à recourir à des techniciens. Heureusement, il peut désormais compter sur ses fils, qui sont rendus grands.

Da Fu considère que c’est un bonheur de grandir avec les enfants, une expérience enrichissante pour lui de les éduquer et de les voir grandir.

Ses enfants lui ont appris beaucoup de choses, comme l'égalité fondamentale entre les personnes et d'autres idées sociales progressistes.

Par exemple, lorsque le mouvement La vie des Noirs compte [Black Lives Matter, NDLR] a pris son envol, certains médias sociaux (self-media) en chinois l’ont accusé d'actes de vandalisme. Ses fils lui ont raconté l’histoire des Noirs, de l’époque de l’esclavage jusqu’à aujourd’hui. Da Fu se dit agréablement surpris par leurs connaissances et perspectives.

Selon Da Fu, un des avantages de la vie à la campagne est qu’elle rapproche les membres d'une famille. Il se demande si c’est parce que l’esprit des gens est plus calme et qu'il y a moins de distractions sociales.

Aujourd’hui, ses fils sont tous adultes. Le plus jeune est à l’université. Da Fu considère qu’il a atteint l’âge où il peut se réjouir de la vie. Tout ce qu’il souhaite pour l’avenir, c’est que ses enfants aient de bonnes valeurs, un sens des responsabilités sociales et du bonheur.

Je vois la beauté partout

Da Fu conseille sincèrement aux nouveaux arrivants de prendre le temps de connaître profondément la culture et la société de leur pays d’accueil. Il ne faut pas baser vos jugements sur des expériences et des critères du passé.

À mes yeux, il y a du soleil et de la beauté partout au Canada.

Note : ce reportage a été traduit en français par Wei Wu

Yan Liang

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