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[Reportage] Cette élection, le « vote latino » pourrait être décisif dans plusieurs circonscriptions

Affiche de l'école civique School4Civic du Conseil du patrimoine hispanique du Canada (HCHC) pour faire sortir le vote des hispanophones.

De nombreux Latino-Canadiens sont passionnés par la politique dans leur pays d'origine, mais ici au Canada, ils s'en désintéressent. « C'est regrettable, car en nous rendant invisibles, nous perdons notre poids », estiment les fondateurs de School4Civic for Hispanic Community.

Photo : Consejo Canadiense para la Herencia Hispana (HCHC) / Cortesía

Paloma Martínez Méndez

Selon une étude de Statistique Canada, les citoyens canadiens nés en Amérique latine affichent un taux de participation inférieur à celui des électeurs nés au Canada lors des élections fédérales.

Cependant, dans les circonscriptions de Humber River-Black Creek ou de Davenport dans la région de Toronto, de Papineau ou de Bourassa à Montréal, où les Latino-Canadiens ont une forte densité de population, le « vote latino » pourrait être décisif dans cette élection fédérale. Le défi consiste à inciter les Latinos à aller voter.

Lors des élections précédentes, nous avons vu des circonscriptions de Toronto où le candidat élu a gagné avec 200 ou 300 ou même 3000 voix. Si nous considérons que dans beaucoup de ces circonscriptions, il y a jusqu'à 6000 électeurs d'origine latino, cela indique que notre vote peut aussi être décisif dans certaines batailles électorales.
Oscar Vigil, directeur exécutif du Conseil du patrimoine hispanique du Canada (HCHC)

Le groupe de la société civile que dirige M. Vigil fait la promotion de l'éducation civique et de la participation des Latino-Canadiens depuis plusieurs années.

Les communautés d'origine latino-américaine au Canada sont largement invisibles, bien qu'elles représentent près d'un million de personnes à travers le pays, dit Oscar Vigil.

Portrait d'Oscar Vigil, directeur exécutif du Conseil canadien du patrimoine hispanique, assis devant une table et des chaises dans une salle de classe.

Oscar Vigil, directeur exécutif du Conseil canadien du patrimoine hispanique.

Photo : Radio Canadá Internacional / Paloma Martínez Méndez

Pour obtenir une plus grande visibilité, le Conseil canadien du patrimoine hispanique organise chaque année l'école d'éducation civique School4Civic.

Son objectif est d'expliquer les systèmes gouvernementaux et électoraux canadiens, et d'encourager les étudiants à s'impliquer activement dans tous les aspects de la vie publique canadienne.

Le journaliste Gilberto Rogel, coordinateur de School4Civic, explique que de nombreux Latino-Canadiens aiment et sont passionnés par la politique, mais qu'ici au Canada, ils se désintéressent ou se désengagent.

Gilberto Rogel, coordonnateur du projet School4Civic, debout, tenant ouverte la porte en bois d'un bâtiment.Agrandir l’image (nouvelle fenêtre)

Gilberto Rogel, coordinateur du projet School4Civic.

Photo : Radio Canadá Internacional / Paloma Martínez Méndez

Nous ne disons pas aux gens pour qui voter, nous voulons simplement qu'ils sachent ce qui se passe dans la politique canadienne. Nous avons été très insistants. Le message de l'école est qu'il faut comprendre la société canadienne et le système politique canadien pour pouvoir en faire partie.
Gilberto Rogel, coordinateur de School4Civic

Selon le journaliste, au fil du temps, les membres de School4Civic ont vu de plus en plus de personnes issues des communautés latinos s'intéresser au système politique et gouvernemental, participer en tant que bénévoles ou jouer un rôle dans le processus électoral et même auprès des partis.

Nous espérons que de plus en plus d'entre eux seront encouragés à se présenter aux élections, ce qui serait formidable, déclare M. Rogel.

Pas de traduction en espagnol pour les débats des chefs

Capture d'écran des différentes langues dans lesquelles sont traduits les débats des chefs de partis.

Voici les 9 langues dans lesquelles les débats des chefs de partis canadiens ont été proposés en traduction simultanée : le cri des Prairies, l'inuktitut, le déné, l'arabe, le cantonais, l'italien, le mandarin, le punjabi et le tagalog.

Photo : Captura de pantalla del video del debate en inglés. / Partenariat canadien pour la production des débats / Canadian Debate Production Partnership

Les 8 et 9 septembre, les chefs des cinq principaux partis du Canada ont participé à des débats en français et en anglais.

Dans les deux cas, le consortium médiatique organisant les débats a fourni des traductions simultanées dans neuf autres langues, ainsi qu'en langue des signes en français et en anglais. L'espagnol ne faisait pas partie des langues disponibles.

Pour Gilberto Rogel, pouvoir participer à ces moments-clés de la campagne électorale dans sa langue serait une porte d'entrée.

Parfois, la langue est l'un des obstacles à la participation civique au Canada. Si le débat des chefs, aussi intéressant soit-il, n'est pas traduit, beaucoup de gens ne vont pas s'y intéresser. En outre, notre communauté a fait peu d'efforts pour s'impliquer en politique, et ceux qui ont réussi se comptent sur les doigts de la main. Je pense que nous devons faire pression pour être pris en compte. Il y a eu des progrès, mais il faut en faire davantage car, comme nous l'avons vu lors du débat, ils nous laissent de côté parce que nous n'insistons pas assez ou parce qu'ils pensent que nous ne votons pas
Gilberto Rogel, coordinateur de School4Civic

L'élection fédérale de 2021 est-elle importante pour les immigrants?

Portrait de Vilma Filici devant le logo de son cabinet d'immigration

Vilma Filici, consultante en immigration basée à Toronto, estime que, même si l'on a peu parlé d'immigration pendant la campagne, cette élection est très importante pour tous les immigrants.

Photo : Cortesía de Filici Immigration Services Inc.

Vilma Filici, consultante en immigration, estime que dans le contexte actuel de pénurie de main-d'œuvre, les électeurs issus de l'immigration doivent plus que jamais exercer leur droit et leur devoir de voter.

Les décisions relatives à l'immigration, à savoir qui entre, qui reste et qui est expulsé du pays, relèvent de la responsabilité du gouvernement fédéral. Ces élections sont très importantes car le parti qui remporte le pouvoir est celui qui prendra ces décisions. Ces prochaines années seront très importantes pour l'immigration, en raison de la pandémie, nous n'avons plus d'immigrants, donc nos gens ont une chance de pouvoir obtenir la résidence. Nous devons voter et veiller à ce que notre vote compte, afin que soit élu le parti qui aide et respecte le plus les communautés d'immigrants.
Vilma Filici, fondatrice de Filici Immigration Services Inc.

Quant au vote latino, l'experte en immigration estime que c'est par la participation politique aux campagnes et au vote que les communautés latino-canadiennes peuvent démontrer qu'elles sont une force politique importante.

De cette façon, estime Vilma Filici, ils peuvent s'assurer que "nos besoins" sont pris en compte.

Désintérêt, cynisme, manque de temps ou un peu de tout?

Portrait d'Alexandra Crespo, qui se tient devant un mur de briques.

Alexandra Crespo, citoyenne canadienne vivant à Toronto et ancienne élève de School4Civic.

Photo : Radio Canadá Internacional / Paloma Martínez Méndez

Alexandra Crespo est née au Canada, mais n'y a vécu que trois ans étant enfant, jusqu'à ce que ses parents décident de retourner en Équateur.

En 2016, cette ancienne élève de l'école d'éducation civique School4Civic a décidé de retourner dans son pays de naissance avec ses trois enfants. Comme pour tous les immigrants, dit-elle, mon arrivée au Canada a été difficile et le dernier de mes soucis était la politique canadienne.

Lorsque nous sommes nouveaux arrivants au Canada, nous nous préoccupons surtout de survivre et de subvenir aux besoins de notre famille, voire d'envoyer de l'argent dans notre pays d'origine. Au début, nous avons oublié de contribuer et de nous impliquer auprès des communautés latinos d'ici.
Alexandra Crespo, citoyenne canadienne vivant à Toronto et ancienne élève de School4Civic

Aujourd'hui, Alexandra Crespo a franchi cette première étape et est prête à contribuer au Canada. Après des études d'anglais et une carrière en journalisme, elle participe aujourd'hui à la rédaction d'articles pour le magazine Debate du Canadian Council on Hispanic Heritage.

La journaliste et mère de famille souhaite donc contribuer à une meilleure compréhension des défis sociaux qui font également partie de la politique du pays.

Un commerce de chaussures avec une affiche Offre d'emploi.

Pour de nombreux nouveaux arrivants, trouver un emploi est une priorité bien plus importante que l'engagement civique.

Photo : Radio-Canada / Emily Blais

Pour sa part, Vicente Flores, un résident de Toronto, dit qu'il ne s'intéresse pas à cette élection et qu'il n'a pas le temps d'aller voter.

Je m'inquiète pour les emplois. C'est une question qui nous concerne tous, mais je ne vais pas voter. Ici, les politiciens aiment beaucoup parler, mais il y a beaucoup de corruption. Ils critiquent beaucoup nos pays, mais ils ne regardent pas comment les avocats, les juges, la police et les politiciens sont corrompus ici aussi. C'est très palpable, je l'ai vu, mais c'est plus discret. C'est pourquoi je ne vote pas.
Vicente Flores, citoyen canadien vivant à Toronto

Des anciens étudiants devenus panélistes

Au fil des ans, de nombreux étudiants ont fréquenté l'école d'éducation civique du Conseil canadien du patrimoine hispanique en classe ou en ligne.

Luisa Moncada est l'une d'entre elles. Dans son pays d'origine, le Salvador, elle était journaliste professionnelle. Elle vit à Toronto depuis cinq ans. Elle a d'abord été étudiante à l'école d'éducation civique School4Civic, et elle y est maintenant membre du groupe de formateurs.

Portrait de Luisa Moncada, les bras croisés, debout devant une toile représentant un tournesol.

Luisa Moncada, qui a exercé une profession de journaliste au Salvador, vit à Toronto depuis 5 ans. Elle a été étudiante et est maintenant formatrice à l'école d'éducation civique School4Civic.

Photo : Radio Canadá Internacional / Paloma Martínez Méndez

Luisa Moncada n'a pas encore la citoyenneté canadienne et ne peut donc pas voter, mais cela ne l'empêche pas de s'impliquer dans l'École d'éducation civique.

L'expérience à l'école a été très enrichissante parce que, de par ma formation de journaliste, je suis consciente de l'importance de connaître la situation politique du pays où nous vivons, mais j'ai vu que ce n'est pas le cas pour tout le monde dans la communauté latino ici au Canada. D'après mon expérience personnelle, et ce n'est un secret pour personne, l'immigration est un processus difficile et parfois décourageant, et vous devez vous réinventer. Je pense que pour sentir que je fais réellement partie de cette société, il était fondamental de savoir comment le pays fonctionne, de savoir comment je peux y prendre part. Mais au-delà d'y prendre part, je crois que mon expérience me permet aussi de contribuer aux changements nécessaires dans la société canadienne pour pouvoir favoriser les immigrants comme moi.
Luisa Moncada, journaliste et ancienne étudiante de School4Civic

Pour sa part, José Medina Pimienta affirme qu'il a la politique dans le sang, puisqu'il a participé à divers aspects de la vie publique dans son pays d'origine, le Mexique, depuis sa jeunesse.

J'aime vraiment m'impliquer dans la vie publique, où que je sois. Au collège et au lycée, j'ai été à la tête de groupes étudiants. Depuis, j'ai vécu dans différentes régions du Mexique et à l'étranger, et partout où je suis allé, je me suis impliqué pour faire partie de la société. Maintenant, au Canada, où je vis, je cherche aussi à apporter ma contribution. Non seulement pour en bénéficier en tant que citoyen, mais aussi pour répondre, faire et donner en tant que citoyen.
José Medina Pimienta, consultant politique et ancien élève de School4Civic
José Refugio Medina Pimienta assis sur une chaise, dans une salle avec de grandes fenêtres, une table, des chaises, un réfrigérateur et une cuisinette. Une personne travaille en arrière-plan, à la table.

Le jeune Mexicain José Medina Pimienta est arrivé au Canada en février 2019. Depuis, il a commencé à chercher une organisation, un groupe ou un parti politique à rejoindre. Il a découvert l'École civique et a immédiatement voulu s'impliquer en participant à quelques sessions. De là est venue l'idée de faire du bénévolat pour la députée sortante Julie Dzgerowicz, du Parti libéral.

Photo : Radio Canadá Internacional / Paloma Martínez Méndez

Ce passionné de politique affirme qu'il a été très intéressant de travailler sur la campagne de la députée sortante de la circonscription de Davenport, qui est d'origine mexicaine et ukrainienne, notamment parce que les campagnes ici ne ressemblent pas à celles de son pays.

Mon expérience au Mexique était celle d'un consultant politique et je m'attendais à une campagne similaire ici : en grande pompe, avec beaucoup d'énergie et beaucoup de monde. Et ce que nous faisons avec la candidate Julie Dzgerowicz est exactement le contraire. Nous, les bénévoles, allons faire du porte-à-porte avec elle pour parler aux gens. Il n'y a pas d'artifices, pas de chant, pas de danse, pas de cadeaux. J'ai trouvé incroyable cette façon de faire de la politique. Le fait de frapper à la porte et de parler aux voisins n'a pas de prix, même lorsque les gens nous rejettent en disant qu'ils votent pour d'autres partis, c'est intéressant. En Amérique latine, nous menons parfois des campagnes si massives que nous oublions l'aspect personnel, l'individu et les préoccupations des gens dans leurs foyers.
José Medina Pimienta, consultant politique et ancien élève de School4Civic

Le rêve de ce nouvel arrivant est de devenir conseiller municipal ou député, afin de reproduire ici au Canada une partie de l'engagement politique qu'il avait dans son pays d'origine. Cela peut arriver ou non, mais je travaille dans ce sens, a-t-il déclaré en souriant.

Les anciens élèves de l'école d'éducation civique sont un exemple de personnes qui, le moment venu, voteront et se présenteront même aux élections.

Le défi reste entier pour ceux qui n'ont pas l'intérêt ou le temps d'exercer leur droit de vote et de participer à la démocratie canadienne.

Note : ce reportage est également disponible en espagnol

Paloma Martínez Méndez

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