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[Reportage] Les communautés arabes et les élections : l’important, c’est de voter

Un homme et une femme assis autour d’une table sur laquelle se trouvent des brochures.

Jad El Tal et Jasmine Hawamdeh de l’Institut canado-arabe présentent la campagne ‘Yalla Vote’ au siège de l'institut à Toronto le 13 septembre 2021.

Photo : RCI / Samir Bendjafer

Samir Bendjafer

Deux organismes canado-arabes non partisans ont lancé des initiatives pour inciter les membres de la communauté à voter à l’occasion des élections fédérales du 20 septembre 2021 (nouvelle fenêtre). AC VOTE est basé à Mississauga et l’Institut canado-arabe à Toronto.

140 rue Yonge à Toronto. Siège de l’Institut canado-arabe.

L’ambiance est aux élections fédérales bien que les lieux ne soient pas ceux d’un local de campagne comme il s’en est ouvert des dizaines dans la Ville-Reine au point de reléguer au second plan le 46e Festival international du film de Toronto qui s’y déroule en ce moment.

Jad El Tal et Jasmine Hawamdeh, respectivement, le directeur des politiques et la chargée de communication de l’Institut canado-arabe, un organisme fondé en 2011, discutent de la campagne #YallaVoteCanada dans leur bureau situé à l’intérieur d’un espace de cotravail au centre-ville.

La campagne qu’ils gèrent ambitionne de booster le vote des Canadiens d’origine arabe y compris les jeunes.Elle est déployée dans la communauté et sur les réseaux sociaux.

L’Institut distribue des brochures explicatives sur les élections dans les deux langues officielles du Canada (anglais et français) en plus de l’arabe.

Sur le site Internet de l’Institut, les personnes peuvent signer un engagement à aller voter le jour du scrutin, par anticipation ou par la poste.

La campagne a aussi un volet physique avec des rencontres dans les parcs de la ville, pandémie oblige, où les participants peuvent simuler des opérations de vote.

Une rencontre prévue dimanche dernier avec un groupe d’origine syrienne a été annulée à la dernière minute à cause de la météo et l’annonce d’un orage sur Toronto.

Près d’un million de personnes d’origine arabe vivent au Canada. Nous attendons encore les données du récent recensement de 2021 , affirme Jad El Tal qui cite le recensement de la population de 2016.

Le gouvernement canadien se base sur la liste des pays de la Ligue arabe pour déterminer l’origine des personnes recensées.

Le directeur des politiques de l’Institut canado-arabe indique que 90% de ces personnes vivent au Québec et en Ontario avec une forte proportion dans la Belle-Province.

Il dit s’attendre à une forte augmentation de la présence arabe dans la région de Toronto qui a reçu beaucoup réfugiés venant du Moyen-Orient ces cinq dernières années.

Mais il y a tout un chemin entre l’installation au Canada et l’implication en politique ou dans la société civile. Comme ces personnes viennent de pays caractérisés par un déficit démocratique, il n’est pas aisé pour elles d’avoir confiance dans le système politique y compris le canadien.

Nous savons tous que 25% de notre communauté est formé de réfugiés. Ils ont quelques problèmes de confiance avec le système politique. Et nos recherches le prouvent. Les campagnes comme #YallaVoteCanada essaie de dire aux gens qu’ils ont une voix et elle compte. Et tout ce qui les préoccupe peut être transformé en enjeu électoral.
Jad El Tal

Chez les jeunes, contrairement à ce qui peut être véhiculé, l’intérêt pour l’engagement civique est bien réel, selon Jad El Tal.En 2015, notre étude avec la chercheuse Bessma Momani [de l’université de Waterloo] a montré que les jeunes d’origine arabe veulent s’engager civiquement , affirme-t-il. Il déplore qu’il y ait un stéréotype qui veut que les jeunes ne votent pas. Ils veulent s’engager, mais ne savent pas toujours comment le faire. Des campagnes comme #YallaVoteCanada leur montrent comment le faire.

Un texte en langue arabe.

Élections Canada a lancé une campagne publicitaire sur Facebook en plusieurs langues dont l'arabe pour inciter les communautés culturelles à aller voter le 20 septembre 2021.

Photo : Facebook/Élections Canada / Capture d'écran

Lors de sessions de formation, ils encouragent les participants à parler aux candidats, même s’ils ne votent pas encore.

Parlez à votre candidat dans votre circonscription. Posez-lui des questions et enfin votez par rapport à ce qui est important pour vous.

Jad El Tal dit aussi les inciter à faire du bénévolat dans les équipes de campagnes des candidats. Nous ne leur disons pas avec qui travailler. L’essentiel, c’est de s’engager.

Discrimination

Les deux jeunes membres de l’Institut canada-arabe, rappellent qu’en juillet dernier, ils ont mené un sondage en ligne auprès des jeunes Canadiens d’origine arabe sur les sujets prioritaires qui leur tiennent à cœur.

La discrimination est arrivée première dans le trio de tête de la liste de leurs préoccupations, suivie de l’emploi et les soins de santé.

Les résultats de ces sondages sont partagés avec les organismes gouvernementaux et les élus, affirme Jasmine Jasmine Hawamdeh.

Une part de notre travail est de recenser les besoins de notre communauté et de les transmettre aux élus. Notre communauté a de la difficulté à comprendre que les politiciens travaillent pour nous, les citoyens. Il est de notre devoir d’être engagés civiquement et de dire à nos élus quelles sont nos priorités.
Jasmine Hawamdeh

Et il n’y a pas que la campagne #YallaVoteCanada. Élections Canada, l’institution indépendante responsable du système électoral fédéral a aussi lancé sur les réseaux sociaux une campagne en plusieurs langues dont l’arabe pour encourager les citoyens d’origine diverse à voter le 20 septembre prochain.

Un homme debout dans la rue. Plusieurs voitures sont derrière lui et au fond, il y a une église.

Feras Mraish préside l'organisme Arab canadian vote (AC VOTE) qui vise à promouvoir le vote chez les Canadiens d'origine arabe. Photo prise dans la ville de Milton en Ontario le 12 septembre 2021 lors d'une visite chez les candidats à l'élection du 20 septembre 2021.

Photo : RCI / Samir Bendjafer

AC VOTE

Changement de lieu. Milton, à 56 kilomètres de là, toujours dans la Région du Grand Toronto, appelé GTA en anglais.

Des membres de l’Arab Canadian Vote (AC VOTE), une organisation qui promeut la participation des citoyens canadiens d’origine arabe dans les différents scrutins, font une tournée pour discuter avec les candidats de la ville.

Basée à Mississauga avec des antennes un peu partout dans la région, AC VOTE a aussi lancé une vidéo sur les réseaux sociaux qui demande à la communauté de sortir voter.

Comme l’Institut canado-arabe, AC VOTE propose, sur son site web, de signer un engagement pour voter lundi prochain.

Nous avons commencé à travailler comme organisation en 2018. Mais, individuellement, les adhérents mènent des activités politiques depuis de longues années , explique Feras Mraish, le président d’AC VOTE, rencontré devant le local électoral du candidat conservateur pour la circonscription de Milton, Nadeem Akbar.

Il explique que l’année 2018 coïncidait avec l’élection provinciale en Ontario. À l’époque, le débat était polarisé par la réforme du programme d’éducation sexuelle dans les écoles de la province.

L’élection fédérale de 2019 a été, quant à elle, marquée par des candidatures islamophobes dans Mississauga elle-même. La mobilisation de la communauté a permis d’y faire face , ajoute le président d’AC VOTE.

Un groupe de personnes assises en face d'un homme qui porte un masque.

Des membres d'AC VOTE rencontrent le candidat conservateur pour la circonscription de Milton, Nadeem Akbar dans son local de campagne électorale, le 12 septembre 2021.

Photo : RCI / Samir Bendjafer

Cette mobilisation a été en faveur des libéraux dans la région.

Mais en 2021, les enjeux sont un peu différents. Le groupe reproche aux libéraux de ne pas avoir fait assez pour lutter contre le discours haineux et islamophobe.

Le plus grand nombre de victimes a été enregistré pendant le règne libéral. En même temps, nous savons bien que c’est le résultat d’un discours qui était là bien avant les libéraux et qui a été porté par l’ancien président américain Donald Trump , affirme Feras Mraish.

Il a continué d’égrener ses reproches aux libéraux qui sont au pouvoir depuis six ans avec quatre ans de majorité et qui ont été incapables de légiférer contre le discours haineux.

Le gouvernement canadien a déposé en juin dernier un projet de loi dans ce sens au dernier jour de la session parlementaire. Mais le déclenchement de l’élection annule techniquement tous les projets déposés.

Savez-vous depuis combien de temps l’organisation Three percenter [mise sur la liste des organisations terroristes en juin dernier, NDLR] avait annoncé qu’elle était prête à prendre les armes et à tuer les musulmans au Canada ? Depuis juin 2017 ! Soit quatre ans. Où était le gouvernement libéral ? Quand nous contactions la GRC pour les dénoncer, on nous disait qu’il n’y avait rien dans la loi qui les autorisait à intervenir , déplore Feras Mraish.

Entrée dans le local électoral de Nadeem Akbar, le candidat conservateur pour la circonscription de Milton.

Les lieux sont aux couleurs du parti conservateur, le bleu. Les bénévoles sont en train de prendre une pause après une sortie à distribuer les dépliants et faire du porte-à-porte.

Milton est une circonscription plutôt conservatrice. L’ancienne ministre des Transports, Lisa Raitt, et ex-adjointe du chef du parti conservateur en a été la députée entre 2018 et 2019 avant d’être battue par le libéral Adam Van Koeverden, l’ancien champion olympique de kayak.

Après quelques minutes d’attente arrive le candidat conservateur Nadeem Akbar. L’équipe d’AC VOTE a une vingtaine de minutes pour discuter des enjeux locaux et nationaux.

La relation d’AC VOTE avec les conservateurs a été plutôt tumultueuse ces dernières années. Les choses semblent se calmer avec l’arrivée d’Erin O’Toole qui a pris les rênes du Parti conservateur en août 2020.

Stephen Harper [le premier ministre conservateur entre 2006 et 2015, NDLR] était antimusulman. Andrew Sheer [le chef du Parti conservateur entre 2017 et 2020, NDLR] ne l’était pas aussi frontalement, mais avait permis aux extrémistes de son parti de se porter candidats aux élections. Erin O’Toole leur a interdit de se présenter pour l’élection en cours.
Feras Mraish
Un groupe de personnes assises autour d'une table en face d'un homme.

Des membres d'AC VOTE rencontrent le candidat libéral pour la circonscription de Milton, Adam Van Koeverden dans son local de campagne électorale, le 12 septembre 2021.

Photo : RCI / Samir Bendjafer

En effet, le Parti conservateur a exclu la semaine dernière Lisa Robinson, sa candidate dans la circonscription torontoise de Beaches-East York.

Il lui est reproché d’avoir publié des messages islamophobes il y a quatre ans sur Twitter.

Le groupe s’est ensuite déplacé à pieds vers le siège de la campagne électorale libérale du député sortant Adam Van Koeverden, à une centaine de mètres de celui du candidat conservateur.

La réunion avec le candidat s’est déroulée au deuxième étage accessible par des escaliers intérieurs. Le groupe aura aussi droit à une rencontre d’une trentaine de minutes avec l’ancien champion olympique.

Notre but est clairement affiché : nous ne voulons pas que la communauté arabe et musulmane soit alliée d’un seul parti , affirme le président d’AC VOTE.

Il explique, pendant que le groupe s’apprête à quitter les lieux que si nous nous allions juste avec un seul parti, les autres vont se braquer contre nous.

Note : ce reportage est également disponible en arabe

Samir Bendjafer

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