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Un ultime effort de Trudeau pour rallier les progressistes et bloquer O’Toole

Justin Trudeau parle dans un micro.

Justin Trudeau fait campagne toute la journée de vendredi en Ontario, à trois jours du vote.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Joëlle Girard

Devant la lutte plus que serrée qui tend actuellement vers un scénario de gouvernement minoritaire, Justin Trudeau a tenté vendredi d'attaquer à droite comme à gauche. Le chef libéral a martelé son message contre le leadership conservateur d'Erin O'Toole, mais il s'est surtout adressé aux électeurs progressistes qui pourraient être tentés par Jagmeet Singh.

De passage à Windsor, Justin Trudeau a ainsi réitéré l'invitation qu'il adresse depuis déjà plusieurs jours aux progressistes, en jouant cette fois-ci la carte environnementale à fond.

Il a confié avoir été dérangé lors des élections de 2019 lorsque les experts du climat ont jugé les plans pour lutter contre les changements climatiques du Nouveau Parti démocratique (NPD) et du Parti vert plus ambitieux que le sien. Je l'ai pris personnel, a-t-il dit.

En pleine pandémie, alors que nous mettions tous nos efforts pour répondre à la crise, j'ai dit : mettons le même niveau d'intensité et d'ambition pour s'attaquer aux changements climatiques.

Quand les progressistes pensent à peut-être voter pour le NPD ou les verts, ils ont besoin d’être rassurés : le Parti libéral est le seul qui peut empêcher les conservateurs de gouverner. Plus encore, nous sommes le parti avec le meilleur plan pour combattre les changements climatiques.
Justin Trudeau, chef du Parti libéral

C'est le message que le chef libéral risque de marteler tout au long de la journée. Ni le Bloc, ni le NPD, ni le Parti vert ne peuvent empêcher M. O’Toole de gouverner comme Stephen Harper le faisait, a-t-il mis en garde.

Justin Trudeau a aussi pris soin de se distinguer de son adversaire conservateur, prenant notamment la parole devant un rang d'étudiants en médecine. Je sais que les Canadiens progressistes sont en train de regarder ce qu’Erin O’Toole fait avec beaucoup d’inquiétudes, a-t-il déclaré. Il y a des différences profondes entre l’approche conservatrice et l’approche libérale sur comment on va en finir avec la pandémie.

Vendredi, Erin O'Toole a déclaré que seuls deux partis s'affrontaient véritablement, selon lui (nouvelle fenêtre), ces élections-ci, à savoir le Parti conservateur et le Parti libéral. Tandis que M. Trudeau tente encore d'obtenir le vote des électeurs progressistes, le leader du Parti conservateur du Canada a affirmé qu'il n'encourage pas le « vote stratégique ».

Trudeau a « échoué lamentablement », dit Singh

Les arguments du chef libéral n'ont pas réussi à convaincre le chef du Nouveau Parti démocratique, qui a plutôt répliqué en traçant un lien entre MM. Trudeau et O'Toole. Selon Jagmeet Singh, les deux hommes ont tous les deux montré clairement qu'ils sont du bord des ultrariches en votant contre une motion du NPD visant à leur faire payer leur juste part.

Si vous voulez avoir un allié, quelqu’un qui se bat pour vous, qui priorise les gens, l’environnement, le logement, nos soins de santé. C'est nous, les néo-démocrates. Vous devez oser. Vous devez voter, a ajouté M. Singh, en point de presse à Sherbrooke, soulignant que, tout juste jeudi, un groupe d'experts avait identifié le plan environnemental du NPD comme étant le meilleur.

Il a d'ailleurs rappelé la critique qu'il adresse au chef libéral depuis le début de la campagne, soutenant qu'il avait six ans pour agir contre les changements climatiques, mais qu'il n'a rien fait. Justin Trudeau est mauvais pour le Canada. Il a échoué lamentablement, a soutenu le chef néo-démocrate.

Jagmeet Singh et Gurkiran Kaur saluent de la main.

Jagmeet Singh et sa conjointe Gurkiran Kaur se sont arrêtés à Sherbrooke vendredi.

Photo : La Presse canadienne / JONATHAN HAYWARD

Minoritaire ou majoritaire? Trudeau reste muet

Selon les agrégateurs de sondages vendredi, les libéraux récolteraient présentement 32 % des intentions de vote à l'échelle du pays, contre 31,7 % pour les conservateurs et 19,3 % pour les néo-démocrates, une estimation qui place actuellement les partis en terrain minoritaire.

Mercredi dernier, le candidat libéral dans Beauséjour, au Nouveau-Brunswick, se montrait encore persuadé que son parti pourra décrocher une majorité lundi. La bonne nouvelle, c’est que toutes ces questions-là seront répondues dans moins d’une semaine, avait indiqué Dominic LeBlanc, en mêlée de presse à Halifax. Moi, je suis encore très optimiste quant aux chances du Parti libéral de former un gouvernement majoritaire. On verra la semaine prochaine.

Invité à se prononcer sur cette déclaration vendredi, Justin Trudeau a pris soin d'éviter la question. Le chef libéral a déclenché ces élections avec un total de 155 sièges à la Chambre des communes. Les agrégateurs de sondage prévoient qu'il pourrait n'en récolter que 145 au terme du présent scrutin.

Est-ce possible qu'un tel résultat puisse ébranler son leadership? Là encore, le chef a évité la question.

Yves-François Blanchet, lui, ne s'est pas fait prier pour répondre. Il va y avoir un gouvernement, il va probablement être minoritaire. Un gouvernement minoritaire, c’est un désaveu de la centralisation à outrance des libéraux, a dit le chef bloquiste, de passage en Mauricie.

Tout le monde devrait avoir le sens des responsabilités de prendre acte, cette fois-là pour vrai, que les Canadiens et les Québécois ont choisi un gouvernement minoritaire. Et ça, ça veut dire s’asseoir, trouver des solutions, respecter les juridictions des provinces.

Des manifestants font des doigts d'honneur en direction de l'autobus du chef libéral.

À la sortie de l’Université de Windsor, des manifestants attendaient Justin Trudeau, en campagne dans le sud de l'Ontario pour toute la journée.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Rappelons que la dernière fois qu'il a visité le sud de l'Ontario, le premier ministre sortant a été chahuté par des manifestants – pour la plupart opposés aux mesures sanitaires –, dont l'un a été accusé d'agression armée pour lui avoir lancé une poignée de cailloux (nouvelle fenêtre).

Vendredi matin, quelques dizaines de protestataires ont tenté de faire du bruit pour déranger l'événement organisé par la campagne libérale sur le campus de l'Université de Windsor. Personne ne va m'empêcher de faire campagne partout au pays, a prévenu Justin Trudeau, pendant son discours.

Le reportage de Laurence Martin

Joëlle Girard

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