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Analyse

Élections : quel programme est le plus crédible?

Portrait des cinq chefs réunis dans un photomontage.

Les chefs des principaux partis fédéraux, de gauche à droite : Justin Trudeau (Parti libéral), Erin O'Toole (Parti conservateur), Jagmeet Singh (Nouveau Parti démocratique), Yves-François Blanchet (Bloc québécois) et Annamie Paul (Parti vert).

Photo : CBC / (Andrej Ivanov/AFP/Getty Images, Adrian Wyld/The Canadian Press, Patrick Doyle/Reuters, Patrick Doyle/Reuters, Sean Kilpatrick/The Canadian Press)

Gérald Fillion
Gérald Fillion

Les Canadiens ne vont pas appuyer leur choix électoral lundi sur un simple crédit d’impôt ou un transfert fédéral, ou parce qu’on leur propose un congé de TPS d’un mois ou une borne de recharge électrique! Ce choix est un peu plus fondamental et la crédibilité financière d’un plan est essentielle pour mettre en place des mesures ou un projet qui cadre avec nos convictions.

C’est donc important de présenter des plateformes chiffrées, réalistes, concrètes, qui ont le réel potentiel d’être mises en œuvre. Faire des promesses irréalisables, mal ficelées, sans une évaluation financière crédible, à quoi ça sert, dites-moi?

Depuis le début de la campagne électorale, des centaines de mesures ont été annoncées par les différents partis qui sollicitent votre confiance. Il a fallu du temps, toutefois, à chacun des partis pour chiffrer leurs propositions et proposer un cadre financier.

Approchant de la mi-campagne, les libéraux ont été les premiers à annoncer leurs chiffres. C’était le 1er septembre. Le Bloc québécois a annoncé son plan dans la journée du 8 septembre, avant le débat en français, tout comme les conservateurs d’ailleurs, qui ont toutefois attendu le début de la soirée, deux heures avant le débat, pour rendre public leur cadre.

Le NPD a choisi un beau samedi ensoleillé pour annoncer son cadre financier. C’était le 11 septembre dernier. Le Parti vert du Canada, pour sa part, se fait toujours attendre au moment de publier ce texte. L’élection est lundi!

Je vous propose une courte analyse des quatre cadres financiers dévoilés durant la campagne.

NPD : beaucoup de dépenses, beaucoup de revenus

Le cadre qui comporte le plus de dépenses, c’est celui du NPD : 214 milliards de dollars de nouvelles dépenses (nouvelle fenêtre). Cela dit, c’est aussi le NPD qui promet la baisse la plus importante de la dette, qui passerait, selon l’analyse du parti, d’une valeur représentant 48 % du PIB en 2021-22 à 45,8 % en 2025-26.

Le NPD propose un plan ambitieux. Il y a beaucoup de nouvelles dépenses pour mettre en œuvre des réformes majeures : un système pancanadien de garderies, un régime universel d’assurance-médicaments, la couverture des soins dentaires, un revenu minimum garanti pour les personnes vivant avec un handicap.

Pour financer ces nouveaux grands programmes, le NPD irait chercher 150 milliards de dollars sur cinq ans chez les plus riches avec une hausse de la taxation du gain en capital, un impôt sur la fortune, une hausse du taux d’impôt le plus élevé à 35 % et des ponctions fiscales supplémentaires pour les grandes entreprises.

Le parti propose de 40 à 45 milliards de dollars de nouvelles dépenses sur une année, de 30 à 35 milliards de nouveaux revenus. C’est une proposition ambitieuse, mais dont la réalisation est fragilisée par l’ampleur des réformes nécessaires. Il ne sera pas simple d’éviter une fuite des capitaux chez les plus riches, qui ont tous les fiscalistes qu’ils désirent pour éviter de subir un impôt supplémentaire sur leurs actifs.

PLC : des projections de revenus incertaines

L’approche libérale est plus modeste, mais les libéraux ne changent pas de programme (nouvelle fenêtre) : il y aura plus de nouvelles dépenses que de nouveaux revenus dans les cinq prochaines années.

Le PLC propose de 13 à 18 milliards de dollars de nouveaux investissements sur une année, jusqu’à 8 milliards de nouveaux revenus. La moitié des nouvelles recettes reposent, comme au NPD, sur une projection relativement fragile : en donnant plus de moyens à l’Agence du revenu du Canada, le Parti libéral espère réduire les échappatoires fiscales et augmenter ses revenus. S’attaquer aux stratégies fiscales des mieux nantis, c’est bien, mais les possibilités de revenus demeurent incertaines.

Par ailleurs, la plus grande mesure du plan libéral demeure le système de garderies partout au pays, une annonce faite avant les élections. Les libéraux proposent aussi une hausse du Supplément de revenu garanti, la création d’un CELI immobilier, un compte d’épargne libre d’impôt pour l’achat d’une première propriété. Il est intéressant de voir Justin Trudeau s’inspirer ici du CELI de Stephen Harper pour en créer une nouvelle mouture! Le PLC entrevoit une baisse de la dette, de 48,5 % à 46,5 %, une prévision plus modeste que le NPD, mais aucune cible de déficit zéro en vue. 

PCC : le déficit zéro en vue

Le Parti conservateur est le seul parti à parler d’équilibre budgétaire. Le PCC veut y arriver en 10 ans, possiblement en 7 ans. Les nouveaux investissements prévus totalisent 51 milliards de dollars, plus de la moitié pour l’exercice en cours.

Les conservateurs misent sur quelques programmes temporaires pour stimuler l’économie et l’atténuation de ces dépenses exceptionnelles pour réduire le déficit. Dès l’an 3 d’un gouvernement conservateur, il n’y a pratiquement plus de nouvelles dépenses au cadre financier. Les conservateurs disent miser sur la prudence en n’intégrant pas les nouveaux revenus projetés avec leur stimulation de l’économie. Ils font bien puisqu’il est peu probable, selon l’économiste Serge Coulombe, que la recette conservatrice vienne, tout à coup, doubler la croissance du PIB au Canada.

Une grande part du cadre financier des conservateurs s’appuie sur l’annulation du programme de garderies (nouvelle fenêtre) des libéraux, une économie de plus de 27 milliards de dollars sur cinq ans. Le PCC a toutefois prévu une somme de 10 milliards de dollars pour financer le programme de stabilisation fiscale et conclure des accords avec les provinces. C’est dans cette enveloppe qu’Erin O’Toole irait piger de l’argent pour compenser le Québec alors que les conservateurs prévoient annuler de l’entente de 6 milliards de dollars prévus par Justin Trudeau dans le dossier des garderies.

BQ : un cadre financier incomplet

Les deux tiers du plan budgétaire du Bloc québécois, c’est la hausse du Transfert canadien en santé (nouvelle fenêtre) : une trentaine de milliards de dollars en moyenne par année de transferts supplémentaires aux provinces, une demande du Québec et de l’ensemble des premiers ministres au pays.

Le problème, dans le cadre financier du Bloc, c’est qu’il est déployé sur trois ans au lieu de cinq ans. Le candidat Gabriel Sainte-Marie affirme qu’il est peu crédible, compte tenu des incertitudes actuelles, de faire des projections sur une plus longue période. Pourtant, le Directeur parlementaire du budget et les trois autres partis ont pris le temps de faire des projections sur cinq ans.

Les économistes demandent depuis des années aux gouvernements de faire des projections sur cinq ans afin d’avoir une meilleure idée des prévisions budgétaires. Le Bloc arrive à plus de 50 milliards de nouvelles dépenses à son année 3, le double des nouveaux revenus identifiés.

Comme le NPD, le Bloc veut taxer les plus riches avec un impôt ponctuel sur les actifs de plus de 10 millions de dollars et un impôt rétroactif sur les bénéfices extraordinaires enregistrés durant la pandémie par certaines entreprises. Le Bloc propose aussi d’injecter jusqu’à 7 milliards de dollars sur une année dans le relèvement de la Pension de la sécurité de la vieillesse, de 110 $ par mois, indexé au coût de la vie, pour les 65 ans et plus. Le Bloc ne donne pas de projections sur l’évolution de la dette par rapport au PIB.

Bon vote!

Le mot «  dépensier  » a été utilisé dans une version précédente de ce texte à propos du cadre financier du NPD. Ce terme signifie l'acte de trop dépenser ou de gaspiller. L'intention de l'auteur n'était pas de qualifier le cadre du NPD de cette façon et c'est pourquoi il a retiré ce mot pour écrire à la place : «  Le cadre qui comporte le plus de dépenses sur 5 ans. »

Gérald Fillion
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