1. Accueil
  2. Politique
  3. Politique fédérale

[Reportage] Elie Diab et le rêve d’une vague mauve dans Mississauga-Centre

Un homme tient deux pancartes dans les mains et deux immeubles en arriere-plan.

Elie Diab, candidat du Parti populaire du Canada (PPC) dans la circonscription de Mississauga-Centre, affiche son opposition au passeport vaccinal lors d'un regroupement de candidats sur la place Celebration Square au centre-ville de Mississauga, le samedi 4 septembre 2021.

Photo : RCI / Samir Bendjafer

Samir Bendjafer

Elie Diab, le candidat du Parti populaire du Canada (PPC) pour l’élection du 20 septembre 2021 (nouvelle fenêtre) dans Mississauga-Centre en Ontario, mène une campagne électorale qui laisse une grande place à la dénonciation du passeport vaccinal et des mesures de confinement prises par le gouvernement pour freiner la pandémie de la COVID-19.

Rien ne laisse deviner qu’une campagne électorale fédérale est en cours à Mississauga en ce samedi 11 septembre.

Aucune pancarte électorale n’est visible sur le large boulevard Hurontario qu'empruntent les véhicules arrivant de Toronto par l’autoroute 401.

Il faut faire une incursion dans les quartiers résidentiels pour en croiser quelques-unes plantées sur les pelouses des maisons.

Les pancartes électorales ne sont pas autorisées sur la voie publique, selon la loi en Ontario. Elles peuvent être posées sur les propriétés privées ou commerciales si les propriétaires vous y autorisent , explique Elie Diab, présent sur la place Celebration Square en cet après-midi du vingtième anniversaire des attentats de New York.

En matinée, la ville et les citoyens de Mississauga rendaient hommage aux victimes au même endroit.

Le lieu, qui fait face à l’hôtel de ville, est entouré d’immeubles à condos qui lui donnent des airs de Dubaï. Certains lui ont même donné le nom d’Arab Town.

Le multiculturalisme canadien y est bien visible avec des femmes en hidjab et des enfants qui jouent au ballon sur le gazon, et des familles sud-asiatiques ou chinoises, entre autres.

Elie Diab ne fait pas exception. Il est d’origine libanaise.

Accompagné des trois autres candidats du Parti populaire du Canada (Parti populaire du Canada), il organise un rassemblement électoral pour les quatre circonscriptions fédérales de Mississauga. C’est le deuxième en deux jours.

Plusieurs personnes brandissent des pancartes électorales.

Les candidats du Parti populaire du Canada dans les quatre circonscriptions fédérales de Mississauga ont tenu un rassemblement électoral sur la place Celebration Square.

Photo : RCI / Samir Bendjafer

Toute la panoplie du parfait membre du Parti populaire du Canada y est : les slogans anti-passeport vaccinal, la dénonciation du confinement et le rejet de tout ce qui vient du chef du parti libéral, Justin Trudeau.

Ce rassemblement est un prélude à un autre, plus grand, qui aura lieu ce jeudi [aujourd’hui, le 16 septembre], en présence de Maxime Bernier, annonce Elie Diab, qui peine à retenir sa joie.

Il voue une admiration sans limites pour ce dissident du Parti conservateur du Canada qui a fondé le Parti populaire du Canada en 2018 (nouvelle fenêtre).

J’ai participé à plusieurs rassemblements du parti et j’ai écouté Maxime [Bernier] et, honnêtement, j’ai le sentiment qu’il n’est pas seulement authentique, mais qu'il est d’une intelligence exceptionnelle. Nous avons deux types de leaders au Canada : les charismatiques et les intelligents. Et Maxime [Bernier] est dans les deux catégories.
Une citation de Elie Diab

Les enjeux

Pour cet enfant d’immigrants libanais arrivé au Canada à l'adolescence, le seul enjeu de la campagne électoral se formule en une question que doit se poser chacun des 81 000 électeurs de Mississauga-Centre et ailleurs : Voulez-vous vivre dans une société de liberté ou une société de confinement?

Elie Diab, qui est ingénieur consultant dans l’industrie automobile, n’a pas voulu révéler s’il est vacciné ou non. Selon un sondage de Forum Research publié dimanche dernier, 62 % des électeurs du Parti populaire du Canada n’ont reçu aucune dose de vaccin contre la COVID-19 alors qu'il n'y a que 17 % des Canadiens qui ne sont ni partiellement ni pleinement vaccinés.

Un panneau indicateur en avant-plan sur lequel est écrit en anglais Celebration Square. Des enfants jouent au ballon sur le gazon. En arrière-plan, quatre immeubles.

La place Celebration Square est située au centre-ville de Mississauga en face de l'hôtel de ville.

Photo : RCI / Samir Bendjafer

Elie Diab se concentre plutôt sur le passeport vaccinal qui entrera en vigueur le 22 septembre en Ontario.

Le passeport vaccinal nous fait entrer dans la société de surveillance, "vos papiers, s’il vous plaît", explique-t-il.

Toujours selon Forum Research, 84 % des électeurs du Parti populaire du Canada s'opposent au passeport vaccinal, alors qu'il n'y a que 42 % des électeurs conservateurs, 25 % des verts, 20 % des bloquistes, 11 % des néo-démocrates et 5 % des libéraux qui s'y opposent.

Il ne veut pas dire s’il est pour ou contre la vaccination non plus. Je suis pro-consentement éclairé. C’est à l’individu de prendre sa décision basée sur les informations et la science. Si je veux me faire vacciner ou faire vacciner mes enfants, je dois m’informer sur le sujet et mesurer les risques et les avantages, dit-il.

M. Diab, qui s'est présenté sans succès comme candidat dans le district 6 de Mississauga aux élections municipales de 2018, affirme aussi craindre la tyrannie médicale qui est en train de s’installer au Canada.

Demandez aux gens qui ont fui les pays communistes. J’ai beaucoup de voisins polonais ou de l’ex-Yougoslavie. Ils vous diront que tous les signes sont là. Ça commence par un passeport vaccinal et ça ne finira jamais , dit-il.

Ce défenseur des valeurs familiales qui se dit fier de sa foi chrétienne, selon la biographie publiée par son parti, se défend d’être complotiste. Montrez-moi la science qui prouve que cela relève de la théorie du complot. Je suis prêt à débattre avec quelqu’un qui ramène sa science, et je ramène la mienne.

Un homme et une femme debout. Une pancarte se trouve entre eux. En arrière, deux enfants jouent sur leurs vélos.

Joseph et Marie Diab sont venus soutenir leur cousin Elie Diab, candidat du Parti populaire du Canada pour l'élection du 20 septembre 2021.

Photo : RCI / Samir Bendjafer

Pendant cet échange, d’autres sympathisants du Parti populaire du Canada arrivent avec leur famille pour prendre part au rassemblement.

Un groupe d’adolescents d’origine arabe venus jouer sur le gazon artificiel du Celebration Square lancent, mais sans provocation : C’est de l’exploitation des enfants! en parlant des enfants des membres du Parti populaire du Canada qui accompagnent leurs parents.

Deux cousins d’Eli Diab sont aussi présents au rassemblement. Marie et Joseph Diab ont découvert le Parti populaire du Canada grâce à lui. Ils se disent contre le vaccin et le passeport vaccinal.

La Charte canadienne des droits et libertés est de notre côté. Tout ce qu’on dit à propos de la pandémie, c’est de la propagande. Ceux qui ont créé ce virus sont en train de nous imposer leur vaccin. C’est de la dictature.
Une citation de Marie Diab

Le couple affirme avoir toujours voté libéral, mais que les idées du Parti populaire du Canada nous ont convaincus, surtout en ce qui concerne la vaccination , ajoute Joseph Diab.

Deux pancartes électorales plantées sur le gazon à coté d'une voiture.

Elie Diab est candidat dans la même circonscription que le ministre libéral des Transports, Omar Alghabra. Ce dernier est député de Mississauga-Centre depuis 2015.

Photo : RCI / Samir Bendjafer

Islamophobie et racisme

Dans la file d’attente d’un camion de cuisine de rue installé sur le bord du Celebration Square, un jeune père d’origine soudanaise, qui vit au Canada depuis 23 ans et préfère ne pas être identifié, affirme que Maxime Bernier est islamophobe et a des idées fausses sur les musulmans. Je crois que son parti est marginal.

Il n’y a aucune base scientifique à ce que disent les partisans du Parti populaire du Canada à propos des vaccins, ajoute cet ingénieur.

Un homme et une femme, tous deux membres du Parti populaire du Canada, écoutaient la conversation et ont tenté d’expliquer les idées de leur parti. Le jeune père de famille n’a pas voulu débattre avec eux.

Nous nous battons pour la liberté, pour ses enfants, et il nous traite de racistes. Je suis moi-même asiatique, crie la partisane du Parti populaire du Canada.

La famille Ali est venue d’Orangeville, à une soixantaine de kilomètres de Mississauga, pour passer l’après-midi au Celebration Square. Le couple de réfugiés syriens explique qu’ils aiment venir ici parce que leurs enfants peuvent jouer. Et on ne se fait pas piquer par les moustiques! , insiste la femme.

Musulmans parrainés par une église de la région, ils sont au Canada depuis 2015. Ils vivaient auparavant dans la ville de Deraa, berceau de la guerre civile en Syrie.

Le couple prend les partisans du Parti populaire du Canada pour des conservateurs. N’ayant pas encore le droit de voter, ils disent préférer le Parti libéral en mettant de l’avant le fait que c’est bien son chef, Justin Trudeau, qui a ouvert les portes du Canada aux réfugiés syriens (nouvelle fenêtre).

Quand Elie Diab apprend que son parti n’est pas connu dans la communauté, il met en cause les médias.

Je blâme les médias qui nous ont toujours mis dans les sondages dans la catégorie "Autres". Libéraux, conservateurs, néo-démocrates, même les verts et le Bloc québécois, tous sont cités par leur nom, sauf nous. Ce n’est pas juste envers le Parti populaire du Canada et la population. Les médias ne sont pas équitables quand il s’agit du Parti populaire du Canada, déplore-t-il.

À la fin de la rencontre, il montre fièrement une vidéo où un citoyen enlève la pancarte électorale de la candidate conservatrice Kathy-Ying Zhao pour la remplacer par celle d’Elie Diab.

Sur Twitter, il écrit que la vague mauve, de la couleur du Parti populaire du Canada, va déferler. Vous allez voir. Ça va être un tsunami mauve! , lance-t-il.

La tâche ne sera pas facile. Il devra déloger le député sortant de la circonscription, le ministre libéral des Transports, Omar Alghabra, élu pour la première fois en 2015.

Note : ce reportage est également disponible en arabe

Samir Bendjafer

À la une