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Enjeux francophones : un débat « nécessaire », mais sans grande surprise

Mathieu Nadon de dos.

Le chef d'antenne Mathieu Nadon modérait le débat sur les enjeux francophones mercredi soir.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Tremblay

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet

Au lendemain du débat sur les enjeux francophones, les organismes de la francophonie canadienne se disent satisfaits d’avoir entendu parler de leurs priorités, même si aucune grosse surprise n’est venue marquer la soirée.

Il n'y a pas eu trop de surprises quant aux sujets qui ont été discutés. Mais ce sont des sujets qui nous tiennent à cœur, qu’on parle de la Loi sur les langues officielles, d'éducation, de financement du postsecondaire en français, lance le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin.

Toujours est-il que le débat s’est avéré utile, notamment pour détailler davantage les plateformes de chacun des partis sur les enjeux francophones, ajoute-t-il.

Nous avons eu un débat d’idées, estime la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, Liane Roy. Ce que je retiens, c'est que chaque parti veut en faire plus et plus rapidement, dès le lendemain des élections. Et ça, c'est une bonne nouvelle!

Une femme souriante, portant des lunettes.

Liane Roy, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (Archives)

Photo : Radio-Canada / Contribution

La politologue du Collège militaire royal du Canada et de l’Université Queen’s, Stéphanie Chouinard, reconnaît que sur la question de la Loi sur les langues officielles et sur la question du postsecondaire en français, on a surtout entendu les représentants de tous les partis réitérer ce qu'on savait déjà.

Le président de l’Assemblée de la francophonie de l'Ontario note toutefois l’importance que les gens puissent l’entendre afin de se faire une idée avant de se rendre aux urnes le 20 septembre.

Le commun des mortels ne regarde pas toutes les plateformes, acquiesce Mme Roy. Pour nous, c'est important qu'on entende nos défis, nos enjeux, nos priorités.

Des différences entre les partis

Cela a aussi mis en exergue les différences qui existent entre les partis, poursuit-elle.

Sur le plan des distinctions entre les libéraux et les conservateurs, on y voit beaucoup plus clair, notamment sur la Loi sur les langues officielles. [...] Le bilinguisme des juges de la Cour suprême ne sera pas protégé par les conservateurs. Mais en contrepartie, ils proposent la création d'un tribunal administratif et une agence centrale pour la gestion horizontale des langues officielles dans la fonction publique fédérale. Des choses qui manquaient au projet de loi de Mme Joly.

Les libéraux avaient un bilan à défendre et on en a vu les failles. Mais on a aussi été en mesure de voir quelle était la valeur ajoutée de ce que les libéraux mettent sur la table, notamment en termes de financement.
Stéphanie Chouinard, politologue du Collège militaire royal du Canada et de l’Université Queen’s

Si les cinq partis sont restés très vagues sur la manière dont ils comptent augmenter l’immigration francophone, qui est vue comme une priorité par les communautés francophones en milieu minoritaire, ils ont toutefois donné plus de détails sur d’autres pans de leurs programmes qui n’avaient pas toujours été déclinés avec la lentille francophone.

Des détails en plus sur certaines promesses

La petite enfance et la culture se sont taillé une place dans les échanges, notamment la question de la modernisation de la Loi sur la radiodiffusion ou de la taxation des géants du web.

De quoi ravir le président de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF), Martin Théberge.

Ce qu'on dit depuis le début de la FCCF, c’est que pour vivre en français au Canada, il faut être branché sur sa culture. Et là-dessus, il y avait un consensus qui était très clair de la part des différents participants à ce débat. On l'a entendu, c'est clair. On est très heureux.

Martin Théberge, président de la Fédération culturelle canadienne-française.

Martin Théberge, président de la Fédération culturelle canadienne-française (Archives)

Photo : FCCF / Lorraine Plourde

Le consensus qui a semblé se dégager sur un filet social pour les artistes s’ajoute aussi au nombre des satisfactions de M. Théberge.

Au niveau de la radiodiffusion, des géants du web, qu’il n'y aura pas de passe droit. Ça semblait assez clair aussi, ajoute-t-il.

Restent de grands absents et des questions en suspens, reconnaissent les différents intervenants. Un de taille : celui de l’ajout de clauses linguistiques dans les transferts d’Ottawa vers les provinces.

Je n'ai pas entendu M. Rayes faire des promesses très claires à cet effet-là. Il s'est un peu esquivé, analyse Mme Chouinard. Ça va dans le sens de ce qu'on entend de la part du chef [conservateur] depuis le début de la campagne électorale : un fédéralisme de partenariat où le gouvernement fédéral se mêlerait de ses affaires et imposerait aussi peu que possible aux provinces, notamment dans leurs propres compétences, même lorsqu'il y aurait des transferts fédéraux.

Pour M. Jolin, cette question est pourtant fondamentale.

Peu importe qui sera élu, il doit y avoir des clauses linguistiques quand il y a de l'argent qui est envoyé aux provinces pour s'assurer justement que l'argent va au bon endroit.

Aucun parti ne semble pourtant prêt à s'engager là-dessus, même si le représentant du Nouveau Parti démocratique a jugé que des clauses linguistiques sont nécessaires en petite-enfance.

Le postsecondaire, enjeu mal compris

Pour la présidente-directrice générale de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), Lynn Brouillette, le débat a aussi permis de montrer que l’enjeu du postsecondaire n’est pas toujours bien compris, même si elle se réjouit qu’il ait été plusieurs fois abordé durant la campagne électorale.

L'investissement que les partis promettent dans leurs campagnes, ce n'est pas un investissement juste pour boucler le dernier morceau du continuum, dit-elle. Nos établissements postsecondaires aident à accroître le bilinguisme, l’un des objectifs que le gouvernement s'est donnés. Ça permet aussi d'offrir des services gouvernementaux dans les deux langues officielles, ça aide à atteindre les cibles en immigration. Ce sont les établissements postsecondaires qui forment la main-d'œuvre bilingue qui peut offrir des services dans tous les domaines : éducation, santé, justice, art...

Alain Rayes, René Villemure, Mélanie Joly, Luc Joli-Coeur et François Choquette

Des représentants des cinq principaux partis étaient présents lors du débat sur les enjeux francophones du 15 septembre.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Tremblay

Mme Brouillette aurait aimé que les partis se prononcent sur l’idée d’une aide directe aux institutions postsecondaires francophones, citant l’exemple du Consortium national de formation en santé.

Ce sont des investissements qui partent directement de Santé Canada vers les établissements. Et cela fonctionne très bien, surtout pour créer des collaborations interprovinciales. En 2003, quand le consortium est né, il y avait 35 programmes de formation en santé dans les collèges et universités. On en a maintenant 108! dit la président-directeur général de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne.

Toujours est-il que, selon Mme Chouinard, ce débat a permis d’aller plus loin que de simplement effleurer la question. Une satisfaction qui ne remplace pas la déception de voir que les enjeux francophones restent souvent à la marge.

C'est certain qu'on a eu plusieurs réponses qu'on n'aurait probablement pas eues s’il y avait eu une ou deux questions sur les langues officielles dans les grands débats. Cependant, je regrette quand même que dans les débats officiels, on ait fait fi de l'enjeu des langues officielles parce que le débat de ce soir, il avait un auditoire très précis, mais les langues officielles, c'est l'affaire de tous au Canada. Cet enjeu-là devrait être traité avec le même sérieux que sont les affaires étrangères ou la santé, par exemple. [...] Qu'on nous mette à la table des enfants lors du grand souper des soirées électorales, je trouve ça quand même un peu dommage.

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet

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