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La lutte contre la violence conjugale, grande absente de la campagne électorale

Une femme consulte son téléphone cellulaire assise dans une pièce plongée dans la pénombre, devant une fenêtre d'un quartier résidentiel.

Les membres du Comité permanent de la justice et des droits de la personne de la Chambre des communes du Canada recommandent à l'unanimité de criminaliser le contrôle coercitif qui s'exerce dans les relations intimes, causant de graves préjudices aux victimes.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

RCI

Bien que la lutte contre la violence conjugale s'est retrouvée dans l'ombre des autres enjeux débattus au cours de la campagne électorale, les partis fédéraux proposent néanmoins différentes pistes pour y mettre un terme.

Khaoula Grissa dénonce le fait que la lutte contre la violence faite aux femmes ait été reléguée au second plan de cette course électorale. Selon elle, il devrait s'agir d'un enjeu prioritaire.

Il y a près de deux ans, Mme Grissa a été attaquée par son ex-conjoint, chez elle, après qu'il eut été libéré de prison pour bonne conduite.

Son seul but dans la vie était de me trouver, de me contrôler, raconte-t-elle. Mais il n'était pas encadré.

Des fois, j’ai le goût de le poursuivre, ce système-là qui ne m’a pas protégée. J’ai le goût encore de crier : pourquoi vous ne m’avez pas protégée?
Khaoula Grissa

C'est pourquoi Mme Grissa demande au parti qui formera le prochain gouvernement aux Communes d'adopter l'utilisation du bracelet électronique, qui permet aux autorités de surveiller les ex-conjoints violents et de les tenir loin des victimes.

Elle souhaite aussi que le contrôle coercitif exercé par un partenaire intime soit reconnu comme une infraction au Code criminel. Un projet de loi en ce sens a été déposé en 2020 (nouvelle fenêtre) par le député néo-démocrate Randall Garrison.

Dans le rapport La pandémie de l’ombre, mettre fin aux comportements coercitifs et contrôlants dans les relations intimes, publié par un comité des Communes en avril dernier, sur lequel M. Garrison siégeait, les membres donnaient un an au ministre fédéral de la Justice pour qu'il s'entende avec les provinces sur un amendement au Code criminel.

Dans sa plateforme électorale, le Nouveau Parti démocratique promet de réaliser les demandes énoncées par Khaoula Grissa, en plus d'accorder une priorité aux femmes violentées lors de la construction des 500 000 logements sociaux qu'ils prévoient réaliser en 10 ans.

En outre, les néo-démocrates veulent que les femmes victimes de violence conjugale bénéficient d'un congé payé de 10 jours.

Le reportage de Geneviève Garon.

Le Parti conservateur du Canada, qui s'engage aussi à adopter l'utilisation du bracelet électronique et à inclure le contrôle coercitif au Code criminel, propose de durcir les peines liées à la violence conjugale et d'aider financièrement les victimes.

Le Parti libéral du Canada et le Bloc québécois affirment quant à eux qu'ils en sont à étudier les options avancées par Mme Grissa.

Au dépôt du dernier budget fédéral, les libéraux ont consacré une enveloppe de 600 millions de dollars sur cinq ans pour mettre en place un plan d'action national visant à endiguer la violence fondée sur le genre.

Le Parti libéral du Canada souhaite également que les femmes soient informées des antécédents de violence de leur partenaire.

Le Bloc estime quant à lui que les fonds pour la lutte contre la violence conjugale devraient être puisés à même le Transfert canadien en matière de santé, dont il exige l'augmentation immédiate de 28 milliards de dollars (nouvelle fenêtre).

Un « transfert spécifique » pour les maisons d'hébergement

Dans le réseau des maisons d'hébergement, une aide supplémentaire de la part du fédéral serait la bienvenue, souligne Louise Riendeau, coresponsable des dossiers politiques au Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale.

Mme Riendeau se dit consciente qu'il s'agit d'une compétence provinciale, mais elle plaide tout de même pour un « transfert spécifique » visant à financer les maisons d'hébergement – et leur permettre ainsi de pallier le manque criant de places disponibles – à la manière des garderies.

Tout comme les garderies, il serait fort intéressant que le fédéral soutienne les provinces pour le financement des maisons d’hébergement.
Louise Riendeau, porte-parole du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale

Avant le déclenchement des élections, le gouvernement Trudeau a réussi à s'entendre avec les provinces – à l'exception de l'Alberta, de l'Ontario et du Nouveau-Brunswick – pour financer le système des garderies. Ottawa s'était engagé à verser 6 milliards de dollars en cinq ans (nouvelle fenêtre) au Québec, notamment pour créer de nouvelles places en services de garde.

Au Québec, des organismes communautaires ont multiplié les appels à l'aide dans les derniers mois, certains ayant dû refuser d'offrir un toit à des victimes de violence conjugale, faute de places.

La moyenne annuelle de féminicides a été dépassée dans la province, où 14 femmes ont été assassinées depuis le 1er janvier.

D'après un reportage de Geneviève Garon

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