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Reportage - Ensaf Haidar, candidate à Sherbrooke avec la bénédiction de Raif Badawi

Une femme devant la vitrine d'un magasin sur laquelle sont collées deux affiches.

Le local électoral d'Ensaf Haidar, la candidate du Bloc québécois dans Sherbrooke pour l'élection fédérale du 20 septembre 2021.

Photo : RCI / Samir Bendjafer

Samir Bendjafer

La militante pour la liberté d’expression Ensaf Haidar est candidate du Bloc québécois dans la circonscription de Sherbrooke pour l’élection fédérale du 20 septembre 2021 (nouvelle fenêtre). Une incursion en politique active qui a reçu « la bénédiction » de son mari, le blogueur saoudien emprisonné Raif Badawi.

Impossible de faire quelques pas avec Ensaf Haidar dans les rues de Sherbrooke sans qu’on se fasse interpeller par les passants.

En ce vendredi matin, l’orage menaçant au loin n’a rien enlevé au charme de la rue Wellington Nord, au centre-ville de la capitale de l‘Estrie.

C’est dans la portion de la rue transformée en zone piétonnière, appelée oasis urbaine , que l’équipe de campagne d’Ensaf Haidar a élu domicile.

Nous nous dirigeons avec elle vers la rue King.

Je vous admire, Madame, j’espère que Raif sera libéré , l’interpelle un passant qui regrette d’habiter une autre circonscription, ce qui l’empêche de voter pour elle.

Nous continuons à marcher, accompagnés de son jeune et efficace directeur de campagne Eli Dubois, diplômé en science politique, pour aller prendre quelques photos de la candidate.

Un autre citoyen lui lance de loin un très ressenti J’ai voté pour vous! . Vendredi était le premier jour de vote par anticipation. L'homme fait partie des 1,3 million de Canadiens qui ont voté à l'avance ce jour-là, comme l’a annoncé Élections Canada.

Du mobilier urbain dans la rue et trois affiches collées sur une vitre d'un local commercial.

L'affiche de soutien à Raif Badawi accompagne les affiches électorales d'Ensaf Haidar, la candidate du Bloc québécois à Sherbroole pour l'élection du 20 septembre 2021.

Photo : RCI / Samir Bendjafer

Peu avant cette séance de photos, nous nous sommes attablés en face de son local électoral pour discuter de sa décision d’entrer en politique.

Cela fait presque 10 ans que je suis en politique, depuis que je mène le combat pour la libération de Raif , nous dit-elle d’emblée.

Son mari, le blogueur Raid Badawi (nouvelle fenêtre), purge une peine de 10 ans dans une prison de son pays, l’Arabie Saoudite, pour apostasie et insulte à l’islam.

En 2019, elle avait envisagé d’entrer en politique active à l’occasion de la dernière élection, qui a vu les libéraux réduits à un gouvernement minoritaire et qui cherchent maintenant à reconquérir la majorité de 2015.

Mes enfants étaient encore jeunes, mais deux ans après, les choses ont changé. Ils sont plus grands, ce qui me laisse un peu plus temps libre , explique-t-elle.

Jamais sans Raif

En femme libre, elle a pris toute seule la décision de se présenter à l’élection fédérale de lundi prochain. Ce n’est qu’après qu’elle en a informé Raif Badawi.

Ses contacts avec lui sont limités et ne durent que quelques minutes. Et elle doit aussi éviter de lui créer des problèmes avec les autorités carcérales saoudiennes.

J’ai pris la décision toute seule. Raif [Badawi] était très content de mon choix. Il m’a même encouragée. Il m’a toujours soutenue dans tout ce que je fais.
Ensaf Haidar
Une femme attablée en train de parler en levant sa main.

Ensaf Haidar, la candidate du Bloc québécois dans la circonscription de Sherbrooke pour l'élection du 20 septembre 2021.

Photo : RCI / Samir Bendjafer

Si Raif Badawi l’encourage dans cette voie, elle, de son côté, caresse le rêve d’avoir plus de pouvoir pour demander sa libération si elle remporte le poste de députée.

La bonne place pour avoir plus de pouvoir afin de parler de Raif et de la liberté d’expression partout dans le monde, c’est bien à Ottawa , nous explique-t-elle.

Au fil de la discussion, Ensaf Haidar s’est avérée une bonne intervieweuse. Elle a réussi à renverser les positions et à soumettre l’auteur de cet article à ses questions concernant divers sujets. Comme il est d’origine algérienne, la candidate du Bloc québécois en a profité pour assouvir sa soif de connaissances politiques et historiques sur ce pays. Exercice auquel l’auteur s’est prêté de bonne grâce!

La discussion s’est poursuivie à l’intérieur du local électoral avant l’arrivée des bénévoles. Le directeur lui rappelle qu’elle a une entrevue avec un journal régional.

Entre-temps, il continue de préparer la vigile pour Raif Badawi, qui doit avoir lieu le soir même. L’événement sera organisé en présence du chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet. C’est dire l’importance ce de la soirée qui arrive.

Deux pancartes électorales accrochées à un poteau dans la rue.

Ensaf Haidar, la candidate du Bloc québécois à Sherbrooke pour l'élection fédérale du 20 septembre 2021, fera face à la députée libérale sortante Élisabeth Brière.

Photo : RCI / Samir Bendjafer

Nous continuons de parler de la liberté d’expression dans le monde arabe et de la place de la religion et de la laïcité  (nouvelle fenêtre)que défendent son parti et elle-même en tant que citoyenne.

La porte du local électoral s’ouvre et un homme entre. Il lui demande si c’est bien elle, Ensaf Haidar.

Il lui parle de son combat, qu’il semble connaître sommairement. Puis il lui demande si elle croit en Mohamed, ce à quoi elle répond qu’elle est libre . Alors, il lui propose de demander à Jésus et peut-être que le miracle va arriver .

Puis, il part comme il est arrivé et Ensaf de lui demander de voter pour elle. Malheureusement pour elle, il n’habite pas dans sa circonscription.

Plusieurs personnes rassemblées dehors, la nuit. L'une d'elles tient une affiche qui cache sa tête.

La 350e vigile hebdomadaire à Sherbrooke pour demander la libération du mari d'Ensaf Haidar, le blogueur Raif Badawi emprisonné dans son pays, l'Arabie Saoudite.

Photo : Photo fournie par le Bloc Québecois / Mathieu Pratte

350e vigile pour Raif Badawi

Le soir même, plusieurs dizaines de personnes se rassemblent devant l’hôtel de ville de Sherbrooke pour demander la libération de son mari Raif Badawi.

Il s’agit de la 350e vigile hebdomadaire consécutive organisée par les amis et les soutiens de la Saoudienne qui s’est réfugiée au Canada en 2013, soit une année après la condamnation de son mari.

Arrivée au pays un 31 octobre, elle passe, avec ses trois enfants, une nuit à Montréal avant d’atterrir le lendemain à Sherbrooke, où elle a été accueillie par plein de citrouilles , Halloween oblige. En 2018, elle devient citoyenne canadienne en même temps que ses enfants.

Est-ce que son combat pour Raif risque de prendre toute la place au détriment de ses électeurs si elle est élue ?

Pour elle, son combat pour son mari est la preuve qu’elle est tenace et déterminée. Les Sherbrookois me connaissent et savent que je ne suis pas quelqu’un qui lâche les dossiers. Eux-mêmes me donnent du courage , soutient-elle.

Une pancarte électorale accrochée à un poteau situé sur une route de campagne.

Une affiche électorale d'Ensaf Haidar à l'entrée de Sherbrooke sur la rue Saint-François.

Photo : RCI / Samir Bendjafer

Elle commence à énumérer les défis pour les citoyens de Sherbrooke, comme le transport, les logements sociaux et étudiants et l’accueil des immigrants.

Pour ces derniers, elle déplore le retard accumulé par le gouvernement canadien dans l'octroi de la résidence permanente pour les nouveaux arrivants.

Quand on lui demande quel conseil elle donnerait à quelqu’un qui arrive au Québec pour y vivre, elle répond : Respecter les règles d’ici et apprendre le français!

A-t-elle une chance face à la députée sortante, la libérale Élisabeth Brière, et aux autres candidates? Elle met de l’avant sa ténacité.

Le directeur de campagne intervient pour rappeler la possibilité de sa victoire.

Lors de la dernière élection de 2019, la candidate libérale a gagné par 600 voix, à plus ou moins 1000 voix du Bloc québécois. C’était le Parti libéral du Canada, le Nouveau parti démocratique et le Bloc québécois, au coude-à-coude.
Eli Dubois

En quittant Sherbrooke, je me suis rappelé qu’en arrivant de Montréal par la rue Saint-François, j'ai été accueilli par une pancarte d’Ensaf Haidar, seul signe que la ville est en campagne électorale. Est-ce un signe? Nous le saurons lundi soir.

Note : ce reportage est également disponible en arabe

Samir Bendjafer

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