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[Reportage] Les relations Canada-Chine, un enjeu important des élections fédérales?

Justin Trudeau et Xi Jinping, qui portent des oreillettes, sont assis un à côté de l'autre dans une conférence internationale.

Justin Trudeau et Xi Jinping dans une conférence internationale.

Photo : The Canadian Press / Adrian Wyld

Yan Liang

Selon deux experts interviewés par Radio Canada International, la politique étrangère n’est pas un enjeu qui attire particulièrement l’attention des électeurs. Ces experts prévoient que les relations entre le Canada et la Chine deviendront plus difficiles.

Les élections fédérales de 2021 auront lieu le 20 septembre. Les chefs et les candidats de tous les partis s’efforcent de rejoindre le plus d’électeurs possible lors de cette dernière semaine de campagne. 

Radio Canada International invite des experts et des universitaires à expliquer les enjeux des élections fédérales tout en analysant la politique canadienne à l’égard de la Chine, un sujet préoccupant pour les immigrants chinois.

Si vous avez des questions, vous pouvez nous envoyer un courriel à l’adresse : China@radio-canada.ca (nouvelle fenêtre)

Margaret McCuaig-Johnston est chercheuse en résidence à l’Institut de recherche sur la science, la société et la politique publique de l'Université d'Ottawa. Elle est également associée de recherche distinguée à la Fondation Asie-Pacifique du Canada.

Guy Saint-Jacques est l'ancien ambassadeur du Canada en Chine.

Margaret McCuaig-Johnston

Margaret McCuaig-Johnston est une spécialiste de la politique chinoise.

Photo : Radio-Canada / submitted by Margaret McCuaig-Johnston

Les relations entre le Canada et la Chine sont tendues depuis presque trois ans. Ces tensions découlent de plusieurs événements comme l’arrestation et le procès pour extradition de Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei, la détention des citoyens canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor, et les violations des droits de la personne au Xinjiang et à Hong Kong. Le Canada condamne les politiques chinoises à l’égard des Ouïghours, soutient les Hongkongais et a pris l’initiative d'une motion contre la détention arbitraire d'étrangers, ce qui irrite le gouvernement chinois.

Les relations sino-canadiennes, un enjeu-clé de la campagne?

Guy Saint-Jacques, ambassadeur du Canada en Chine de 2012 à 2014, croit que les conservateurs veulent faire des relations sino-canadiennes un enjeu déterminant de la campagne. La politique étrangère attire rarement l’attention des électeurs, mais à la fin des années 1980, par exemple, l'adhésion du Canada à l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) est devenu un enjeu électoral important pour le gouvernement de Brian Mulroney.

M. Saint-Jacques affirme néanmoins qu’il est normal que la question des relations Canada-Chine se fraie un chemin dans les débats des chefs.

Margaret McCuaig-Johnston partage l'avis de Guy Saint-Jacques sur le rôle de la politique étrangère dans une campagne électorale. Elle croit que les électeurs s’intéressent davantage aux sujets comme la pandémie de COVID-19 et la relance de l'économie.

Elle s’attend toutefois à ce que la politique à l'égard de la Chine devienne un enjeu important dans la campagne cette année étant donné que la Chine se présente maintenant comme le plus grand défi international du Canada. Même si les libéraux ne veulent pas trop en parler, les conservateurs insistent.

Les conservateurs se sont montrés plus sévères avec la Chine par le passé, estime Mme McCuaig-Johnston. S'ils sont élus, ils pourraient faire plus d'efforts pour soutenir les Ouïghours et pour aider les Hongkongais à immigrer au Canada, par exemple. Un gouvernement conservateur se retirerait probablement de la Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures (BAII) et renforcerait son soutien à Taïwan.

Mais pour les conservateurs comme pour les libéraux, obtenir la libération des deux Michael par la Chine sera une tâche ardue.

Comment rééquilibrer la politique canadienne à l'égard de la Chine?

Selon Guy Saint-Jacques, le nouveau gouvernement, libéral ou conservateur, devra élaborer une nouvelle stratégie face à la Chine, notamment en ce qui concerne les pratiques au Xinjiang et à Hong Kong et la recherche sur les origines de la COVID-19. Il rappelle également que le gouvernement canadien n'a toujours pas pris une décision claire sur l'utilisation de la 5G de Huawei.

L'ex-ambassadeur fait valoir une politique modifiée et plus détaillée qui protègera les valeurs et les intérêts canadiens. Il faudra en même temps montrer aux Chinois que le Canada ne s'objecte pas à ce que la Chine devienne une superpuissance, mais qu'il exige que celle-ci respecte les lois et conventions internationales.

Il croit que l'efficacité de la politique étrangère du Canada à l'égard de la Chine dépendra aussi du résultat des élections: les Canadiens vont-ils choisir un gouvernement majoritaire ou minoritaire?

Margaret McCuaig-Johnston pense qu'un gouvernement minoritaire contribuerait à une politique équilibrée. Elle espère que le futur gouvernement gardera le Comité spécial sur les relations sino-canadiennes de la Chambre des communes. Celui-ci a fait un excellent travail pendant les deux dernières années, déposant plusieurs projets de loi qui ont reçu un soutien majoritaire et transpartisan. Nous aimerions que cela continue.

Elle souhaite également que le nouveau gouvernement rejette la participation de Huawei à la construction de la 5G au Canada, qu'il se retire de la BAII, et que le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes interdise la diffusion des chaînes affiliées à la Télévision centrale de Chine (CCTV) au Canada. Elle donne l'exemple des aveux que les accusés sont forcés de faire publiquement devant les caméras. Il ne faut pas leur permettre de diffuser ce genre d'images ici.

L'avenir des relations entre le Canada et la Chine

M. Saint-Jacques prévoit que dans un avenir rapproché, les relations entre le Canada et la Chine resteront tendues. À ce qu’il sache, les contacts entre les deux pays sont très limités étant donné que toutes les réunions de haut niveau ont été suspendues. La situation ne peut pas être pire.

À l'avenir, le Canada pourrait collaborer avec la Chine en suivant l'exemple des États-Unis, c’est-à-dire de façon sélective, dans certains domaines comme les changements climatiques et la pandémie. Mais nous devons défendre nos valeurs et protéger nos intérêts dans cette relation.
Guy Saint-Jacques, ancien ambassadeur du Canada en Chine

Il note toutefois que les tensions bilatérales ne semblent pas avoir trop affecté le commerce entre le Canada et la Chine. Malgré la pandémie, le volume des échanges entre les deux pays a augmenté en 2020 et au premier semestre de 2021. Mais il reste à voir comment le Canada maintiendra ces échanges après la pandémie.

Mme McCaig-Johnston, quant à elle, rappelle que le gouvernement Trudeau avait promis un cadre stratégique pour les relations entre le Canada et la Chine dès 2019. Elle espère qu’il verra finalement le jour pendant la campagne électorale.

Elle est en désaccord avec le déclenchement des élections fédérales dans les circonstances actuelles, comme beaucoup d’autres, affirme-t-elle. Avec les deux Michael toujours détenus en Chine, la condamnation à mort de Robert Schellenberg et l’évacuation récente de l'Afghanistan, le gouvernement fédéral a de nombreux problèmes à régler. Le premier ministre sortant Justin Trudeau prend un risque en déclenchant les élections à un tel moment.

Traduit du chinois par Wei Wu

Yan Liang

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