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Afghanistan : les talibans tout près de Kaboul, les Occidentaux évacuent

Un hélicoptère militaire à Kandahar, en Afghanistan.

Les talibans ont déjà fait tomber Kandahar, la deuxième ville d'Afghanistan.

Photo : Reuters / Andrew Burton

Agence France-Presse

Les talibans étaient presque arrivés aux portes de Kaboul vendredi, poursuivant leur implacable progression en Afghanistan, d'où de nombreux pays, dont les États-Unis, vont évacuer en catastrophe leurs ressortissants et diplomates.

Un premier contingent des Marines américains destinés à sécuriser les évacuations est arrivé à l'aéroport de Kaboul, l'une des rares villes encore aux mains des forces gouvernementales, après la prise par les talibans de Kandahar, seconde ville du pays.

Les insurgés se sont emparés vendredi de la ville de Pul-e-Alam, capitale de la province du Logar, située à seulement 50 kilomètres au sud de Kaboul, et contrôlent désormais près de la moitié des capitales provinciales afghanes, toutes tombées en seulement huit jours.

Ils avaient pris auparavant Lashkar Gah, capitale de la province du Helmand, dans le sud du pays, quelques heures après avoir fait tomber Kandahar, la deuxième ville d'Afghanistan, située 150 km plus à l'est.

Lashkar Gah a été évacuée. Ils ont décidé d'un cessez-le-feu de 48 heures pour évacuer l'armée et les responsables civils, a déclaré à l'Agence France-Presse un haut responsable de la sécurité.

Les talibans ont aussi pris sans résistance vendredi Chaghcharan, capitale de la province de Ghor, dans le nord du pays.

Un combattant taliban à Herat.

Un combattant taliban à Herat, la troisième plus grande ville d'Afghanistan, après le retrait des forces gouvernementales.

Photo : Getty Images

L'essentiel du nord, de l'ouest et du sud de l'Afghanistan est maintenant sous leur coupe. Kaboul, la capitale du pays, Mazar-i-Sharif, la grande ville du nord, et Jalalabad, à l’est, sont les trois seules grandes villes encore sous le contrôle du gouvernement.

Ismail Khan, 75 ans, un des seigneurs de guerre les plus connus d'Afghanistan, s'est rendu aux talibans, après la chute jeudi d'Hérat, la troisième ville du pays, dont il était le maître incontesté depuis des décennies. Les insurgés ont promis d'assurer sa sécurité.

À Lashkar Gah, dans une province traditionnellement acquise aux talibans, ceux-ci ont été bien accueillis et le calme est rapidement revenu, après plusieurs jours de violents affrontements, selon un habitant, Abdul Halim.

La majeure partie de la ville est en ruines à cause des combats et il n'y a pas assez de nourriture sur le marché. Ça a encore l'air d'une ville occupée.
Une citation de Abdul Halim, habitant de Lashkar Gah

Les talibans ont lancé leur offensive en mai, quand le président américain, Joe Biden, a confirmé le départ des dernières troupes étrangères du pays, 20 ans après leur intervention pour en chasser les talibans du pouvoir en raison de leur refus de livrer Oussama ben Laden, le chef d'Al-Qaïda.

Ce retrait doit être achevé d'ici le 31 août. Joe Biden a depuis affirmé ne pas regretter sa décision, même si la rapidité avec laquelle l'armée afghane s'est désintégrée a surpris et déçu les Américains, qui ont dépensé plus de 1000 milliards de dollars pour la former et l'équiper.

Le reportage de Mathieu Prost

Une présence diplomatique réduite à Kaboul

En raison de l'accélération des événements, Washington a annoncé dans la nuit avoir décidé de réduire encore davantage sa présence diplomatique à Kaboul.

Pour mener à bien cette évacuation de diplomates américains, le Pentagone va déployer avant la fin du week-end 3000 soldats à l'aéroport de la capitale, qui rejoindront les 650 militaires américains encore présents en Afghanistan, a précisé vendredi son porte-parole, John Kirby.

Quelque 3500 autres militaires seront positionnés au Koweït pour pouvoir être envoyés en renfort.

Les États-Unis ont précisé vendredi qu'ils étaient prêts à évacuer par voie aérienne des milliers de personnes par jour, tout en estimant que Kaboul ne faisait pas face à une menace imminente.

Londres a parallèlement annoncé le redéploiement de 600 militaires pour aider les ressortissants britanniques à partir.

Des dizaines de personnes sont massées autour d'un véhicule sur lequel se tiennent des hommes. Un drapeau s'élève au-dessus des têtes.

Des talibans se tenaient au beau milieu d'une place publique à Kandahar, vendredi.

Photo : afp via getty images

Le premier ministre Boris Johnson a indiqué, après une réunion de crise, que son pays comptait faire pression par la voie diplomatique et politique, mais a exclu en l'état l'hypothèse d'une solution militaire.

Plusieurs pays, dont les Pays-Bas, la Finlande, la Suède, l'Italie et l'Espagne, ont également annoncé vendredi la réduction au strict minimum de leur présence dans le pays, ainsi que des programmes de rapatriement de leurs employés afghans.

L'Allemagne annonçait elle aussi qu'elle allait réduire son personnel diplomatique au minimum absolu.

D'autres, dont la Norvège et le Danemark, ont préféré fermer provisoirement leurs ambassades. La Suisse, qui n'y dispose pas d'ambassade, a annoncé le rapatriement de quelques collaborateurs helvétiques et d'une quarantaine d'employés locaux.

Destruction de documents

L'ambassade des États-Unis à Kaboul a ordonné vendredi à son personnel de détruire des documents sensibles et des symboles américains qui pourraient être utilisés par les talibans à des fins de propagande, alors que les insurgés approchaient de la capitale afghane.

Dans une note de service consultée par l'AFP, un responsable de l'ambassade a indiqué au personnel où se trouvent l'incinérateur de l'ambassade ainsi que les autres équipements de destruction de documents.

Merci d'inclure les articles portant le logo de l'ambassade ou du ministère, les drapeaux américains et les autres articles qui pourraient être utilisés à des fins de propagande, précise la note de service.

Un porte-parole du département d'État a assuré qu'il s'agissait d'une procédure normale en cas de réduction de la présence diplomatique des États-Unis dans un pays.

Les réductions d'effectifs dans nos représentations diplomatiques dans le monde entier suivent une procédure standard, a souligné le porte-parole.

Les talibans sourds aux efforts diplomatiques

Ces évacuations interviennent alors que les rebelles restent sourds aux efforts diplomatiques des États-Unis et de la communauté internationale.

Trois jours de réunions internationales à Doha, au Qatar, se sont achevés jeudi sans avancée significative. Dans une déclaration commune, les États-Unis, le Pakistan, l'Union européenne et la Chine ont affirmé qu'ils ne reconnaîtraient aucun gouvernement en Afghanistan imposé par la force.

Les talibans risquent de n'être nullement enclins au compromis, alors que les autorités leur ont proposé jeudi en catastrophe de partager le pouvoir en échange d'un arrêt de la violence, selon un négociateur gouvernemental aux pourparlers de Doha, qui a requis l'anonymat.

Un peu moins d'une dizaine de véhicules blindés et de camions sont stationnés dans une étendue terreuse.

Des véhicules de la police et de l'armée afghane stationnés aux abords de la base de Kandahar au moment où les combats avec les talibans se poursuivent.

Photo : Associated Press / Sidiqullah Khan

Le président afghan, Ashraf Ghani, avait toujours rejeté jusqu'ici les appels à la formation d'un gouvernement provisoire non élu comprenant les talibans. Mais son revirement risque d'être bien tardif.

À Washington, le président Biden se retrouve sous la pression de l'opposition, alors que l'évacuation programmée du personnel diplomatique ravive le douloureux souvenir de la chute de Saigon, au Vietnam, en 1975.

L'Afghanistan fonce vers un immense désastre, prévisible et qui aurait pu être évité, a fustigé jeudi le chef des républicains au Sénat, Mitch McConnell.

Des alliés aussi dénoncent la signature en février 2020 à Doha par l'ex-président américain, Donald Trump, de l'accord avec les talibans qui a mené au départ des troupes étrangères, qu'ils jugent précipité.

Je pensais que ce n'était pas la bonne décision ni le bon moment et, bien entendu, Al-Qaïda reviendra probablement en Afghanistan, a regretté vendredi le ministre britannique de la Défense, Ben Wallace.

La progression des talibans a un coût humain élevé. Au moins 183 civils ont été tués et 1181 ont été blessés, dont des enfants, en un mois à Lashkar Gah, Kandahar, Hérat et Kunduz, selon l'ONU.

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