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Pesticides : le recul de Santé Canada salué de toutes parts

Vue aérienne d'un tracteur qui étend des pesticides dans un champ.

Le gouvernement fédéral a annoncé mercredi que toutes les consultations pour augmenter les limites de résidus dans les aliments sont suspendues.

Photo : Radio-Canada

Frédérik-Xavier Duhamel

La décision du gouvernement fédéral de suspendre les consultations (nouvelle fenêtre) pour augmenter les limites permises de résidus de pesticides dans les aliments est saluée par nombre d’intervenants, qui réclament du même souffle plus de transparence.

L'Ordre des agronomes du Québec estime que cette décision répond à ses préoccupations quant à la transparence des processus de consultation publique, vu le manque de recherches sur les effets à long terme de ces produits sur la santé humaine, animale et environnementale, a-t-il déclaré par communiqué jeudi.

Il ajoute toutefois demeurer vigilant sur la question d’ici à de futures décisions de Santé Canada, possiblement en 2022.

C'est une bonne décision, a renchéri le président de l’Union des producteurs agricoles du Québec (UPA), Marcel Groleau, sur Twitter.

Une excellente nouvelle, a réagi Louise Hénault-Ethier, chercheuse associée à l'Institut national de la recherche scientifique et directrice du Centre Eau Terre Environnement. Ça fait une décennie que je demande ces modifications-là.

Équiterre, l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME) et le Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement du Québec (RNCREQ) se sont eux aussi réjouis de la nouvelle sur les médias sociaux.

Voilà une nouvelle à célébrer en grand! a écrit l’Association QC des médecins pour l’environnement sur Twitter. Nos préoccupations et demandes ont été entendues.

Une réaction prudente

L'Association pour le commerce biologique du Canada (ACBC) se dit quant à elle heureuse, mais prudente quant à la décision de Santé Canada.

Comme il s'agit simplement d'une pause […] le secteur biologique est toujours très préoccupé par la possibilité que les [limites maximales de résidus] de pesticides finissent par augmenter.
L'Association pour le commerce biologique du Canada, par voie de communiqué

Elle réclame aussi une refonte complète du processus de l'Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire afin qu’il soit plus transparent.

L’Union paysanne (UP) se réjouit de la décision, ajoutant qu'il est sûr qu’on invite les gens à demeurer vigilants, dit Marie-Josée Renaud, coordonnatrice de l’Union paysanne, en entrevue téléphonique. Elle souligne que beaucoup de décisions récentes de Santé Canada par rapport aux pesticides ont été décevantes, faisant notamment référence au recul de l’agence sur l’interdiction des néonicotinoïdes (nouvelle fenêtre).

On ne sait pas ce que nous réserve l’avenir

Si Maryse Bouchard applaudit l’intention de Santé Canada de montrer plus de transparence, la professeure à l'École de santé publique de l'Université de Montréal reste prudente elle aussi.

Tout est en pause, alors on ne sait pas exactement ce que nous réserve l’avenir, observe celle qui est aussi titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les contaminants environnementaux et la santé des populations au micro de Tout un matin, jeudi.

Maryse Bouchard.

La professeure en santé publique à l'Université de Montréal, Maryse Bouchard

Photo : Radio-Canada

Pour l’instant, on sait que la plupart des décisions sont basées sur des données provenant quasi exclusivement de l’industrie […] Il y a un problème, il y a un manque d’indépendance, dénonce la professeure Bouchard. Pour les joueurs de l’industrie, c’est tentant de présenter les données sous un jour favorable.

Elle déplore également la difficulté pour les scientifiques d’avoir accès à ces données. Elles sont confidentielles; pour les consulter, il faut se déplacer à Ottawa dans une salle sécurisée où l’on n’a pas le droit d’avoir notre téléphone ou notre ordinateur portable.

Levée de boucliers au Québec

Au Québec, les propositions de rehausser les limites de résidus dans les aliments ont été vivement dénoncées. Le gouvernement Legault avait fait part de ses préoccupations et de son désaccord.

L’Ordre des chimistes du Québec et l’Ordre des agronomes du Québec avaient aussi critiqué cette proposition, de même que des associations de biologistes et de microbiologistes québécois.

Le chef du Bloc québécois s’est félicité d’avoir rapidement dénoncé cette intention tout croche. Pour qui travaille Ottawa? avait demandé Yves-François Blanchet à la suite des premières révélations.

En même temps que la suspension des consultations, le gouvernement fédéral a annoncé par communiqué (nouvelle fenêtre) un investissement de plus de 50 millions de dollars dans l'Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) et dans la recherche sur la lutte antiparasitaire. Cet argent doit servir entre autres à améliorer la disponibilité de données indépendantes pour appuyer davantage les décisions d'examen des pesticides et la transparence du processus décisionnel.

Avec les informations de Thomas Gerbet

Frédérik-Xavier Duhamel

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