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La nouvelle sénatrice Michèle Audette entend « ébranler, brasser, bouger les choses »

Elle place l'éducation des jeunes Autochtones au cœur de l'action qu'elle entend mener.

Michèle Audette en entrevue à Saskatoon.

Michèle Audette accède à la Chambre haute du Parlement du Canada.

Photo : Radio-Canada

RCI

Nommée sénatrice jeudi, Michèle Audette a longtemps attendu ce moment. L'ancienne commissaire de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) a exprimé sa fierté de pouvoir agir sur la législation du pays.

Michèle Audette se souvient de ses premiers contacts dans la vingtaine avec des élus du Sénat à l’époque où elle marchait contre la Loi sur les Indiens aux côtés de sa mère Evelyne St-Onge, cofondatrice de l’organisme des Femmes autochtones du Québec.

On allait sur plusieurs tribunes pour dénoncer la loi, dit-elle. Je me disais alors que quand j’atteindrais un certain âge, j’irais donner mon restant d’énergie là-bas au Sénat.

On est fiers de prendre notre place. C'est ça qu'on essaie de démontrer depuis longtemps : qu'on est capables de prendre soin de notre présent et de notre avenir.
Michèle Audette, sénatrice

Femme d'action depuis toujours, elle connaît l’institution pour y avoir présenté des mémoires.

Elle précise n’avoir aucune intention d'aller s'y installer sur une base uniquement symbolique. Elle demeure toutefois consciente que son arrivée ne va pas révolutionner la Chambre haute du Parlement, mais espère ébranler, brasser, bouger les choses. Elle croit que c’est possible et qu’elle fera le mieux qu’elle peut.

Cette fois-ci, la paire de mocassins est à l'intérieur, illustre-t-elle. Je n'ai jamais encore vécu l'expérience de l'intérieur, mais mon sentiment le plus sincère, c'est de continuer à amener ce que j'ai toujours porté dans mon sac de portage, la question des femmes autochtones, les familles, l'amélioration des conditions de vie.

Mme Audette avait déjà tenté – sans succès – de faire le saut en politique active. Elle s’est présentée aux élections fédérales de 2015 sous la bannière du Parti libéral dans la circonscription de Terrebonne.

Michèle Audette

Michèle Audette a été commissaire à l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées de 2016 à 2019.

Photo : La Presse canadienne / John Woods

Au Sénat, elle compte mettre l'éducation des jeunes Autochtones au cœur de son action.

Je veux être sûre que mes enfants ne prennent pas nécessairement le même chemin que le mien, mais qu'on leur donne toutes les chances de pouvoir faire les meilleurs choix en matière d'éducation, que ce soit dans la communauté ou à l'extérieur. Ça, pour moi, ça reste un caribou de bataille.

Au sujet des attentes qui sont nombreuses, elle déclare que les changements espérés par les communautés autochtones ne peuvent pas juste être déposés sur ses épaules. J’ai appris une chose en vieillissant : on peut faire ce qu’on peut faire, signale-t-elle.

La militante promet toutefois qu’elle fera tout ce qu’il faut pour tenter de rassembler les gens.

Elle affirme ne pas craindre qu'on l'accuse de perpétuer le colonialisme ou qu'on lui reproche d'être vendue, d'une part parce qu'elle croit pouvoir aider la cause autochtone, mais surtout parce qu'elle a déjà subi la réprobation dans le passé et qu'elle sait exactement à quoi s'attendre.

Je vais l'avoir [la réprobation], c'est sûr! Je l'ai eue quand j'ai accepté d'être sous-ministre associée. J'ai perdu des gens qui m'étaient chers parce que, pour ces personnes-là, c'était un sellout, c'était inacceptable, mais je vais connaître d'autres expériences et je m'attends à ça. Je ne m'opposerai pas à ça. Je vais continuer à faire de petits ou de grands changements.

Michèle Audette qui vient d'être nommée sénatrice indépendante  est en entrevue avec Radio-Canada.

Entrevue avec Michèle Audette

Photo : Radio-Canada

Originaire de la communauté innue de Uashat mak Mani-utenam, sur la Côte-Nord, celle qui a été présidente de l’Association des femmes autochtones du Canada et de l’Association des femmes autochtones du Québec est consciente des difficultés qui l’attendent.

Je vais en échapper, je vais manquer ma shot , je vais avoir de grandes victoires, de grandes frustrations. Ce serait naïf de vous dire : c'est juste le fun. Non, ça va être tough. Ça va être déchirant. Tout ça, je le sens. Peut-être que je me trompe, mais si on n'est pas là, on ne peut pas amener cette influence-là, ou cette pédagogie-là ou cette imposition-là, mais si l'on est là, au moins on a la chance de le faire.

Selon elle, la présence des membres des Premières Nations au sein des institutions politiques canadiennes est importante. Elle ajoute que les dossiers autochtones ne se résument pas qu'aux lois qui les touchent directement.

On peut penser que certaines lois ne touchent pas les Autochtones, mais plus on aura d'Autochtones à l'intérieur du Sénat ou du Parlement, plus on aura une lunette transversale beaucoup plus aiguisée ou autodidacte que celle d'un expert spécialisé dans le domaine économique par exemple. Nous, on sera capables de dire : n'oubliez pas telle ou telle chose, ce qu'on n'a pas si l'on n'est pas à l'intérieur des institutions.

Pensionnats : une obligation de dialogue

Elle est aussi fort consciente que la question autochtone a été propulsée à l'avant-scène avec la découverte de milliers de sépultures anonymes autour des anciens pensionnats pour Autochtones et que d'autres découvertes similaires sont inévitables.

Cette vérité dure et crue, selon elle, rend le dialogue nécessaire.

D'une tragédie à l'autre, d'une accumulation à l'autre, il y a une plus grande sensibilisation, avec en plus la technologie qui vient tout corroborer, parce qu'on l'a dit il y a 100 ans, on l'a dit il y a 50 ans et on l'a dit jusqu'en 2015. Quand j'ai commencé à militer à 28 ans, on n'était pas du tout dans le même dialogue.

On sortait d'une crise d'Oka, poursuit-elle. On venait de découvrir qu'il y a plus que deux ou trois nations au Québec. [...] Aujourd'hui, avec les réseaux sociaux, le politicien qui veut faire de la politique doit mettre dans la balance une nouvelle forme. Il y a quelque chose qui émerge. La vérité va sortir, une vérité qu'on pouvait peut-être contrôler ou à laquelle on n'avait pas accès à l'époque.

Je ne veux pas culpabiliser, mais je veux qu'on apprenne ensemble un pan de l'histoire qui a été caché et comment on peut faire mieux à partir de maintenant.
Michèle Audette, sénatrice

Née d'un père blanc francophone et d'une mère innue, Michèle Audette a porté la cause autochtone, et plus particulièrement celle des femmes autochtones, à bout de bras toute sa vie.

Je vais me rappeler qu’un premier ministre et qu’une gouverneure générale ont eu confiance en moi, assure-t-elle. Eux autres vont éventuellement partir. Nous, on va rester. Je vais donc assumer la position et ne jamais oublier pourquoi je voulais aller là où j’en suis.

Avec les informations de La Presse canadienne.

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