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« Mal équipés pour des situations de violence familiale », déplore une professeure

Une jeune femme seule dans un tunnel sombre.

Une jeune femme seule dans un tunnel sombre.

Photo : Getty Images / iStock

RCI

À qui s’adresser lorsqu’on est victime de domination et de violences familiales et qu'on est mineur? La tentative d’enlèvement (nouvelle fenêtre) d’une adolescente en début de semaine à Montréal, qui a déclenché une alerte Amber, soulève l'enjeu de l'accessibilité aux ressources d'aide pour cette catégorie de victimes qui ne sont ni adultes ni enfants.

En entrevue à Tout un matin (nouvelle fenêtre), Catherine Rossi, professeure titulaire à l’École de travail social et de criminologie de l’Université Laval, explique que dans des cas similaires, on ne peut pas se tourner vers des maisons d’hébergement qui sont dédiées à la violence conjugale.

Là, on tombe dans une fenêtre où il y a très peu de réseaux d’intervention.
Catherine Rossi, professeure titulaire à l’École de travail social et de criminologie de l’Université Laval

Il nous reste, dit-elle, les centres d’aide aux victimes d’actes criminels avant de reconnaître qu’on est assez mal équipés pour des situations de violences familiales.

La domination familiale est une violence que l’on confond avec la violence conjugale, où le législateur a apporté des changements, explique la professeure.

Depuis mars dernier, la violence familiale, telle que définie dans la Loi canadienne sur le divorce (nouvelle fenêtre), est décrite comme toute conduite, constituant une infraction criminelle ou non, d’un membre de la famille envers un autre membre de la famille qui est violente ou menaçante, qui dénote, par son aspect cumulatif, un comportement coercitif et dominant ou qui porte cet autre membre de la famille à craindre pour sa sécurité ou celle d’une autre personne.

Domination familiale

Mme Rossi, en entrevue à la radio.

Catherine Rossi est professeure titulaire à l’École de travail social et de criminologie, de l’Université Laval.

Photo : Radio-Canada / Andre-Pier Berube

Dans la récente affaire de tentative d’enlèvement à Montréal, la Couronne a parlé d’une adolescente sous l’emprise de ses frères dominants et contrôlants.

Par exemple, selon ce qui est allégué, la victime doit donner son argent à son frère, ne peut avoir d’amis, ne peut vapoter, ni travailler, ni même porter des vêtements ajustés.

Catherine Rossi rappelle que la domination familiale se traduit par une volonté de contrôler la personne, souvent une femme (la conjointe, la fille ou la sœur) au nom de l’honneur de la famille. Cela peut aussi entrer dans la catégorie de la violence faite aux femmes, ajoute la professeure.

Ces violences ne sont pas physiques au départ, précise-t-elle.

Ça commence toujours par des formes de contrôle, de la manipulation psychologique, du contrôle financier aussi […] des comportements très communs à la violence conjugale ou la maltraitance aux aînés.
Catherine Rossi, professeure de l’Université Laval

Elle situe l’isolement comme un facteur très important dans ce processus de domination.

L’isolement systématique des victimes, dit-elle, fait en sorte que la personne va obéir aux consignes pour éviter des chicanes.

Et ce processus est sournois, enchaîne la professeure. Sans s’en rendre compte, de concession en concession, la victime est complètement désarmée et dominée, ne cherchant qu’à éviter la violence physique. C’est pour cela qu’on les découvre toujours trop tard, affirme Mme Rossi.

Quant au rôle que peut jouer la pandémie dans chacune de ces situations, Catherine Rossi n’exclut pas que le nombre de cas de domination familiale puisse augmenter. Beaucoup de jeunes adultes sont revenus à la maison au cours de la dernière année, avec ce que cela implique comme difficultés de cohabitation et les tensions qui en résultent, note-t-elle.

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