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Envoyé spécial

Haïti et la COVID-19, absence de catastrophe annoncée

Les chiffres officiels des derniers jours en Haïti sont de 508 morts depuis le début, en 2020, pour moins de 20 000 cas. Il y a un an, on prévoyait plus de 12 000 morts dans ce petit pays de 11 millions d’habitants. Un miracle? Non, une population très jeune qui a résisté à une première vague.

Une personne se fait vacciner par une travailleuse de la santé.

Une clinique de vaccination à l'hôpital Saint-Damien de Port-au-Prince.

Photo : Reuters / RICARDO ARDUENGO

Jean-Michel Leprince

Port-au-Prince reprend lentement ses activités après l’étrange calme qui a suivi l’assassinat du président Jovenel Moïse. En parcourant les rues et en parlant aux gens, on constate nettement que la deuxième vague de la COVID n’est pas leur principale préoccupation. Ils redoutent avant tout l’insécurité, les enlèvements, la violence des gangs armés, qui ont des répercussions sur le système de santé fragile du pays.

La situation sanitaire et humanitaire est très préoccupante. L’enjeu, c’est le maintien de nos activités dans un contexte particulièrement instable, le maintien de l’accès aux soins à nos structures pour des patients qui ont des difficultés ne serait-ce que de se rendre à l’hôpital ou obtenir des rendez-vous, précise Julien Bartoletti, chef de mission de Médecins sans frontières – Port-au-Prince. Pour nos services de traumatologie et de soins aux grands brûlés, nous avons du mal à suivre la demande. Mais pour la COVID-19, je sais que pour l’instant ce n’est pas une catastrophe.

La Dre Marie Marcelle Deschamps, secrétaire générale des Centres GHESKIO (Groupement haïtien d’étude du syndrome de Kaposi et des infections opportunistes), se veut rassurante. Je peux dire qu’on est en pleine deuxième vague, mais qu’on ne le sent pas aussi fort que la première. Les anticorps probablement ont joué un rôle, et on va atteindre probablement ce qu’on appelle une immunité globale, on ne sait pas. En plus, avec les vaccins qui vont arriver, cela va s’associer aux anticorps, donc l’immunité passive avec l’immunité produite par les vaccins.

Un taux de mortalité relativement faible

Marie Marcelle Deschamps.

La Dre Marie Marcelle Deschamps est secrétaire générale des Centres GHESKIO.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Leprince

La Dre Deschamps a supervisé des tests IgG (immunoglobulines les plus abondantes; elles sont fabriquées lors d’un contact avec un antigène, un corps étranger pour l’organisme) sur 7000 patients dépistés de la COVID-19 lors de la première vague. La moitié d’entre eux avait développé des anticorps. Ceux qui n’ont pas été dépistés, car peu ou pas symptomatiques, ont eu aussi acquis une certaine immunité.

L’infection est entrée en force en 2020 et la communauté, la population, heureusement est jeune, donc il n’y a pas eu un taux de mortalité aussi grand qu’on a vu en Europe ou en Amérique du Nord. Cependant, pour la deuxième vague, il ne faut pas encore crier victoire, car il y a aussi la présence des variants, explique la Dre Deschamps.

Et Haïti peut maintenant compter sur les vaccins. Les États-Unis ont donné 500 000 doses du vaccin Moderna grâce au programme COVAX. Elles ont commencé à être administrées lundi dernier. La vaccination va se heurter à la résistance des Haïtiens qui ne lui font pas confiance et qui préfèrent encore se traiter avec des produits naturels.

Haïti a vaincu le sida

Vue de l'entrée du GHEISKO.

Le Groupement haïtien d’étude du syndrome de Kaposi et des infections opportunistes (GHEISKO) a été créé lorsque le sida est arrivé en Haïti.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Leprince

Le Centre GHEISKO (Groupement haïtien d’étude du syndrome de Kaposi et des infections opportunistes) existe depuis 40 ans. Comme son nom l’indique, sa fondation correspond à l’arrivée du sida qui a été catastrophique en Haïti.

À ce sujet, les résultats sont remarquables. Depuis les sommets de 2013 et 2014, les cas ont chuté. Les patients sont rigoureusement maintenus en traitement par antiviraux.

C’était désespéré, mais effectivement le programme a été un succès, je pense que c’est un modèle extraordinaire.
Marie Marcelle Deschamps

GHEISKO est une ONG à but non lucratif créée par des Haïtiens pour les Haïtiens qui gère l’aide étrangère en toute transparence. Un modèle, affirme la Dre Deschamps, applicable et duplicable à l’échelle du pays et qui pourrait être imité pour le reboisement ou l’éducation.

En dépit des mythes qui circulent, Haïti est capable de réussites.

Jean-Michel Leprince

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