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L'industrie du bingo veut se moderniser

Une salle de bingo.

Des gestionnaires de salles de bingo commerciales aimeraient que certaines règles soient assouplies afin de rajeunir leur clientèle.

Photo : Radio-Canada

Marie-Claude Morin

La fermeture des salles de bingo pendant le confinement a fragilisé un secteur déjà en difficulté. Et les conséquences dépassent les seuls propriétaires, puisqu'une bonne partie des profits des bingos sont redistribués à des organismes communautaires.

Marc-André Clément est conscient du déclin de l'industrie. Je ne vois pas d'avenir, à moins qu'il y ait des changements majeurs, dit cet entrepreneur de 33 ans qui vient d'acheter de ses parents les salles de bingo de Saint-Eustache et de Lachine, à Montréal.

En 12 ans de carrière, il a eu l'occasion de voir de nombreux collègues gestionnaires de salles mettre la clé sous la porte. Au moment de la dernière réforme du bingo, en 2008, il y avait 52 salles commerciales au Québec. Il n'en restait plus que 31 au début de2020 et seulement 24 sont encore en activité au sortir de la pandémie.

Quand une salle de bingo ferme dans une communauté, c'est terrible pour les organisme à but non lucratif. Ils n'ont plus d'argent pour aider les plus démunis de la société, se désole Marc-André Clément, qui a lui-même bénéficié des services d'organismes à but non lucratif (OBNL) durant une période plus tumultueuse de sa jeunesse.

Environ 60 % des gains nets (les ventes de cartes moins les prix remis) vont au gestionnaire de la salle et 40 % sont versés à des organismes communautaires locaux. Avant la pandémie, 400 organisme à but non lucratif se partageaient un peu plus de 11 millions de dollars par année. Mais avec la fermeture définitive de certaines salles, seulement 255 reçoivent encore des dons.

Le reportage de Marie-Claude Morin

La salle de Saint-Eustache, par exemple, remet normalement 1 million de dollars par année à une quinzaine d'organismes communautaires. Dû à la COVID et au confinement, il y a eu très peu de retombées l'année passée. C'est ce que je veux éviter à plus long terme, affirme Marc-André Clément.

Au Centre d'entraide Racine-Lavoie, qui offre notamment de l'aide alimentaire, les profits habituels du bingo tournent autour de 50 000 à 60 000 $, ce qui représente 10 % du budget annuel. Il faudrait organiser énormément de soupers spaghettis pour obtenir 50 000 $ par année, dit la directrice Dominique Bastenier. Ça demanderait du temps et de l'énergie, alors que là, on peut se concentrer sur notre mission.

En quête de plus de flexibilité

Les gestionnaires de salles de bingo commerciales aimeraient que certaines règles soient assouplies afin de rajeunir leur clientèle. Il faut se moderniser. C'est impossible de continuer de jouer au bingo comme on le faisait il y a trente ans, affirme Éric Castonguay, directeur général du Secrétariat du bingo.

Le Québec devrait selon lui revoir l'encadrement du jeu charitable, dont fait partie le bingo, comme l'ont fait l'Ontario et l'Alberta.

Toutes les provinces qui ont débuté un programme de modernisation ont eu des résultats. Non seulement les recettes et les profits distribués aux organismes ont augmenté, mais il y a aussi plus d'organismes qui bénéficient de ces retombées.
Éric Castonguay, directeur général du Secrétariat du bingo

Le Secrétariat du bingo est présentement en discussion avec la Régie des alcools, des courses et des jeux pour revoir certains des 160 articles de loi qui régissent l'industrie. Il demande notamment que les salles aient le droit d'offrir des jeux électroniques à leurs clients, en plus des parties traditionnelles. Les appareils qu'on retrouve actuellement sur certaines tables sont des valideuses seulement.

Cette technologie était utilisée dans des États américains il y a plus de 15 ans. On est capables de se mettre au goût du jour et d'être à l'avant-garde d'une industrie de divertissement du 21e siècle, souligne Éric Castonguay.

Les gestionnaires souhaiteraient également servir de l'alcool dans la salle, plutôt que seulement dans un bar attenant. Dans certaines provinces, ils ont séparé la salle en deux pour créer une ambiance lounge, avec un permis d'alcool d'un côté, explique Marc-André Clément.

Deux mains jouant au bingo.

Deux personnes jouant au bingo.

Photo : Radio-Canada

Plus de flexibilité dans les heures d'arrivée et de départ permettrait aussi d'attirer une nouvelle clientèle, croit le Secrétariat du bingo. Actuellement, les clients doivent entrer dans la salle avant le début de la session et acheter des cartes pour l'ensemble des jeux. Étant donné que l'après-midi ou la soirée dure près de trois heures, c'est trop long pour certains clients potentiels, selon Éric Castonguay, du Secrétariat du bingo.

On aimerait ça faire des sessions d'une heure et que les gens puissent acheter des cartes juste pour le nombre de sessions qu'ils veulent jouer. Malheureusement, la réglementation n'est pas adaptée à ce type de modèle là.

Marc-André Clément reste optimiste. Il espère réussir à moderniser l'industrie. Je veux juste avoir une meilleure offre pour mes clients. Si mes clients sont heureux, la salle va aller. Si la salle va bien, les OBNL vont bien. Et l'avenir de la famille est sécurisé.

Le jeune père de famille rêve même déjà de passer le flambeau à ses filles un jour. J'aimerais un jour, si mes enfants le veulent évidemment, leur transmettre ce qu'on m'a transmis. Les valeurs communautaires et la chance que j'ai d'aimer mon travail.

Cependant, pour transmettre l’entreprise familiale à la troisième génération, il doit assurer d’abord la relève de sa clientèle.

Marie-Claude Morin

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