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Les entreprises de livraison de repas redeviendront-elles gourmandes après la COVID?

Devanture d'un restaurant. Sur la porte, il y a des autocollants d'entreprises de livraison comme Foodora et Skip The Dishes.

En temps de pandémie, pour beaucoup de restaurants, les livraisons de repas sont devenues la principale source de revenus.

Photo : Radio-Canada / Charlotte Dumoulin

La Presse canadienne

Les restaurateurs sonnent la rébellion contre les entreprises de livraison qui réduisent leurs revenus depuis trop longtemps.

Ces entreprises, qui fonctionnent grâce à des applications numériques, ont dû réduire la facture imposée aux restaurateurs lorsque ceux-ci ont dû fermer leur salle pendant la pandémie de COVID-19.

Les restaurateurs espèrent que ce plafonnement des prix de livraison perdurera s'ils veulent se remettre de la crise qui les a frappés.

J'espère vraiment qu'ils conserveront les frais les plus bas parce que cela aide beaucoup. Les coûts ont énormément augmenté.
Sharon Bond, propriétaire du Kekuli Cafe, en Colombie-Britannique

Dans certaines provinces, les restrictions de prix imposés aux livreurs ont été levées ou sont à la veille de l'être.

Les entreprises facturent généralement aux restaurants une commission pour chaque livraison, parfois jusqu'à 30 % du coût de la commande.

De nombreux commerces, qui n'avaient jamais proposé de plats à emporter ou qui n'assuraient pas la livraison, ont vu leur dépendance envers ces applications de livraison augmenter pendant la pandémie.

La moitié des provinces a légiféré

Cinq provinces ont imposé un prix maximum que peuvent exiger des entreprises de livraison de repas.

Ainsi, au Québec, une loi en vigueur depuis le mois de mars stipule qu'un tiers qui fournit à un restaurateur des services de livraison ne peut, en tout temps, exiger de ce restaurateur, à titre de frais de livraison, un montant représentant plus de 15 % du montant total de la commande.

Quand on leur demande si elles envisageaient de prolonger ces mesures, les autorités provinciales en question répondent que celles-ci étaient censées être temporaires.

Mme Bond souhaite que le plafond de 15 % imposé par la Colombie-Britannique soit maintenu après la pandémie. Elle explique que cette mesure a contribué à la survie de son restaurant et lui a permis d'éviter de licencier du personnel. Toutefois, de longs mois la séparent d'une ouverture complète de sa salle à manger.

S'il souhaite voir les restaurants se remplumer après la pandémie, Kevin Edwards, le directeur général de SkipTheDisches, une de ces entreprises de livraison, juge la perspective du maintien d'un prix plafond de vraiment effrayante.

Il n'y a aucune chance que nous puissions maintenir nos plateformes avec ces plafonds de commission.
Kevin Edwards, directeur général de SkipTheDisches

Son entreprise facturait aux restaurants une commission du quart du prix des repas avant la pandémie, mais lorsque la crise a éclaté, elle proposait aux restaurants locaux indépendants un rabais leur permettant de verser une commission inférieure à 20 %.

Les nouveaux restaurants rejoignant la plateforme pendant les restrictions avaient congé de commission pendant une période de 30 jours.

Préserver la rentabilité des deux bords

De son côté, Uber, qui facture généralement une commission de 30 %, a réduit ses frais de livraison à zéro, et les tarifs de ses commandes en ligne à 7,5 %. Quant aux commerces qui effectuaient leurs propres livraisons, ils devaient verser une commission de 15 %.

Interrogée sur ces prix plafonds, la société dit fonctionner avec une marge négative. Elle souligne que ces frais ne lui procuraient aucun bénéfice et qu'elle devait être en mesure de couvrir les coûts d'exploitation.

Les plafonds provinciaux ont été adoptés avec peu de consultations ou de préavis. Ils n'ont pas tenu compte des programmes de secours existants ou des besoins les plus urgents des petites entreprises, déplore M. Edwards.

Par exemple, il souligne que ces limites ont plus profité aux chaînes nationales de restaurants qu'aux petits commerces.

Si les restrictions sont maintenues, il dit qu'il sera plus difficile pour les services de livraison de s'étendre dans de nouveaux marchés et de gérer les coûts.

C'est le client qui va devoir en supporter le fardeau, prévient M. Edwards. On ne peut pas ne pas être rentable.

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