Accueil
Accueil
Le jeudi 2 février 2006[retour à l'accueil] 
 

23 h 59 - Jeux
Electronic Arts embauche un ex de chez Ubisoft
Vous avez peut-être entendu parler du différend qui oppose les deux grands studios montréalais Electronic Arts et Ubisoft. Je résume sommairement l'affaire : depuis quelque temps, Electronic Arts tente d'embaucher d'anciens employés d'Ubisoft, mais se butte toujours à une clause de non-concurrence signée par ces employés lors de leur passage chez Ubisoft. Selon cette clause, les employés ne peuvent travailler pour un compétiteur avant un an. Une clause, vous l'imaginez, qui ne fait pas l'affaire d'Electronic Arts.

L'affaire a rebondi en cour, le verdict semble pencher en faveur de l'approche d'Ubisoft mais ne ferme pas la porte aux tentatives d'embauche d'Electronic Arts. L'éditeur EA trouve même que le jugement laisse encore place à interprétation. Entre temps, Electronic Arts a été de l'avant et vient d'embaucher officiellement un ex-employé d'Ubisoft.

Pour vous permettre de bien comprendre des doléances d'Electronic Arts, je publie la lettre que l'éditeur a fait parvenir à Ubisoft de Montréal pour annoncer l’embauche d’un de ses employés.

Montréal, le 31 janvier 2006

Cher M. Tremblay,

Au nom de tous les concepteurs de jeux vidéo du Québec, j’exhorte Ubisoft de cesser sa pratique illégitime visant à contraindre des personnes talentueuses à signer des contrats d'emploi qui limitent leur liberté de création et leur liberté économique. Le fait d’utiliser des fonds publics afin de restreindre contractuellement la mobilité ainsi que le talent des employés constitue un affront à la liberté de création et limite le choix des consommateurs dans leurs achats, en plus de paralyser la croissance de l'industrie du multimédia au Québec.

Chez Electronic Arts (EA), nous croyons fermement que la croissance et le développement continus de notre art dépendent de la possibilité qu’ont les personnes de talent de choisir la compagnie pour laquelle elles veulent travailler. Nous sommes d’avis qu’il s’agit là d’une idéologie à laquelle toutes les compagnies dans notre industrie devraient adhérer, tant que la compétition demeure juste et que les employés respectent leurs obligations de loyauté et de confidentialité. La croyance d'EA en la validité de cette règle est d’une importance fondamentale.

EA n'a jamais engagé de poursuite judiciaire contre Ubisoft pour sa sollicitation agressive et pour l’embauche d’employés travaillant au studio d’EA Montréal. Tant que nos anciens employés respectent leurs obligations de confidentialité, EA n'a pas l'intention de les empêcher de mettre à profit leur talent chez un autre concepteur de jeux vidéo.

Malheureusement, Ubisoft ne partage pas la même vision qu’EA quant à la liberté dont les employés devraient bénéficier. Les clauses de non concurrence qu'Ubisoft impose à ses employés ont pour effet d’empêcher une compétition juste ainsi que la libre mobilité des personnes de talent. Il ne fait aucun doute que cette façon de faire entrave la croissance de notre industrie au Québec.

Ubisoft est une des rares compagnies de l’industrie du jeu vidéo au Québec qui force ses employés à signer des clauses de non concurrence.

Ubisoft n’a aucun intérêt légitime à protéger qui ne peut être adéquatement protégé par un engagement de confidentialité. De plus, les jeux sur lesquels travaillent les personnes visées par la pratique d’Ubisoft sont déjà protégés par d'autres moyens juridiques, tel que le droit d’auteur. Conséquemment, une simple clause de confidentialité est donc plus que suffisante afin de protéger les intérêts d'affaires d'Ubisoft. Nous sommes confiants que vous savez cela.

Les clauses de non concurrence qu'Ubisoft impose à ses employés surpassent de beaucoup les intérêts légitimes que celle-ci pourrait avoir eu égard au maintien de la confidentialité. Le seul but de ces clauses est de restreindre le talent, la créativité et l'imagination des employés, ce qui est on ne peut plus inapproprié. En obligeant ses employés à signer des contrats d’emploi contenant des clauses restrictives, Ubisoft contraint ses employés ne désirant plus travailler pour cette compagnie à mettre leur carrière de côté durant un an. Comme vous le savez, une telle durée d’inactivité équivaut, dans notre industrie, à la fin d’une carrière.

De plus, les clauses restrictives qu’Ubisoft impose à ses employés sont contraires à l’esprit des subventions ainsi qu’aux incitatifs à l’emploi que le Gouvernement du Québec offre à notre industrie. Ubisoft reçoit des subventions du gouvernement représentant 50 pour cent des salaires de ses employés alors que les subventions fournies à d'autres concepteurs sont seulement équivalentes à environ 37 pour cent.

À notre avis, il est injuste qu’Ubisoft profite de subventions gouvernementales importantes, dont l'objet est le développement et la croissance de l'industrie du jeu vidéo au Québec, alors que par le fait même, Ubisoft paralyse l’industrie locale.

Au nom de la liberté de création, de l’émancipation économique et des droits des employés, EA a en fait accepté une demande d’emploi faite par un employé qui était à l’emploi de Ubisoft.

Soyez assuré qu'EA continuera, comme par le passé, à exiger de tous ses employés qu’ils respectent leur devoir de loyauté et de confidentialité à l’égard de leurs anciens employeurs. EA ne tirerait aucun avantage du manquement de l’un de ses employés à ces devoirs et ce, puisque la clé du succès dans notre industrie est la créativité et l'originalité. De plus, EA continuera d’exiger de ses nouveaux employés qu’ils signent une déclaration à l’effet qu'ils n'utiliseront aucun matériel ou document appartenant à un ancien employeur sans l'autorisation écrite de celui-ci. De la même façon, par cette déclaration, les nouveaux employés de EA s’engagent à respecter toutes les obligations contractuelles de confidentialité qu’ils ont à l’égard de leurs anciens employeurs.

Comme vous le savez, le jugement rendu par la Cour d’Appel lors du dernier litige auquel nous avons été parties a été rendu de façon intérimaire et n’a pas décidé du fond de cette question. Par conséquent, nous ne considérons pas ce jugement comme une autorité finale quant à cette matière.

Nous espérons sincèrement qu'Ubisoft comprendra que c'est dans le meilleur intérêt de l'industrie que d’assurer la libre circulation de la main-d'œuvre. En effet, de cette façon, nous garantissons le développement et la croissance de notre industrie tout en respectant les obligations de loyauté et de confidentialité.

Sincèrement,

Alain Tascan
Directeur Général du Studio de Montréal
Electronic Arts (Canada) Inc.
Commentez cette nouvelle
Commentaires
3 février 2006 - 2 h 22
La non concurrence, ça se paye
Je suis prêt à comprendre le besoins d'une clause de non-concurrence dans le domaine, mais les compagnies voulant s'engager dans cette voie devraient payer un salaire compensatoire, à 100% du salaire durant la période de la clause. Naturellement, l'argent versé à l'ex-employé à cette fin ne devrait pas être puisé ou calculé dans quelque subvention gouvernementale que ce soit.

Envoyé par Jean-Sébastien Dussault
3 février 2006 - 3 h 03
Super, merci!
Est-ce moi qui t'a motivé à t'informer?

Beau travail, j'avais pas vu cette lettre. On dirait que Ubisoft ne soit pas sympatique envers nos talentueux programmeurs. EA a fait une belle lettre, j'ai hâte de voir la suite.


Envoyé par Daniel
3 février 2006 - 9 h 47
Ubisoft VS EA
Bonjour Bruno,

Le dossier des contrats de Ubisoft vs la compétition (la fameuse lettre ouverte de EA). C'est sûr que de voir qu'une industrie subventionnée exercer une protection forte de l'exode de sa main-d'oeuvre chez le compétiteur (non-subventionné) peux sembler déloyal. Par contre,
l'industrie du jeu n'est pas tellement différente de celle des arts graphiques.

Je suis actuellement programmeur dans le domaine des arts graphiques et ce genre de closes revient régulièrement dans les contrats. Certains peuvent même étirer cette close de périodes de 6 mois allant jusqu'à 3 ans. Tout dépends des compagnies.

Tout ça pour dire que dans une situation semblable, à mon avis, EA devrait être subventionnée ou Ubisoft cesser de l'être. Dans tous les marchés de l'informatique, le capital humain renferme la clé du succès. Mis à part, les licences et autres franchises possédées par l'organisation, le reste est volatile. Perdre des employés clé pourrait faire très très mal.

Merci d'avoir pris le temps de lire mon opinion.



Envoyé par Eric
5 février 2006 - 12 h 38

Ce genre de clause est généralement employée au haut dirigeant et/ou associé d'une entreprise, qui détiennent des secrets stratégiques pour cette entreprise.

Travailler chez Ubisoft revient-il à dire qu'à moins d'être indépendant de forture et de choisir de ne pas travailler pendant 1 ans après le départ, cette clause en est une d'emprisonnement ???

De plus, comme ce sont des emplois très subventionnés, le gouvernement n'a-t-il pas règlementé là-dessus ?


Envoyé par Alain
5 février 2006 - 21 h 15
EA et Sa Clause de non concurence!
Qu'elle soit subventionné ou pas sa n'a pas de grande importance pour moi! Ubisoft doit protégé c'est manière de fonctionné des compétiteurs et je crois que EA même si elle n'est pas subventionné dois avoir une clause de se genre! EA utilise la mention que Ubi est grandement subventionné et qu'elle as eux des bon succès alors que EA tente d'attiré des gens de qualité et de se faire de la publicité!

Envoyé par Patrick



Radio-Canada n'assume pas la responsabilité
du contenu des sites extérieurs







Recherche
25 Janvier 2010
 Durée : 00:06:30
28 Novembre 2009
 Durée : 00:13:46
11 Novembre 2009
 Durée : 00:19:52
11 Novembre 2009
 Durée : 00:33:54
10 Novembre 2009
 Durée : 00:14:36
Toutes les entrevues