Preneur de son
 
Travail d'artiste au même titre que la photographie ou la peinture, la prise de son est faite de nuances et de subtilités. Le preneur de son refaçonne la musique enregistrée lors d'un concert expressément pour la radio.

À Radio-Canada, Jean-Pierre Loiselle se spécialise dans la captation de concerts de musique classique, après avoir tâté du jazz et de la musique pop... Il a développé son oreille, son style et sa connaissance de la musique au fil des années, promenant ses micros parmi des musiciens de talent, s'ingéniant des heures durant, avec d'autres passionnés, à créer de véritables deuxièmes oeuvres, à proposer des expériences auditives différentes de celle du concert...

Étape 1 : Placer les micros
Étape 2 : S'allier l'équipe de scène
Étape 3 : Traiter le son en régie pour la diffusion


» Étape 1 : Placer les micros
 
Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, à Montréal. De la passerelle, le coup d'oeil sur l'orchestre est impressionnant. Pour éviter le vertige, mieux vaut se concentrer sur le sujet de sa quête : quelques morceaux de ruban adhésif, disposés le long de la balustrade. Des endroits marqués par le ruban, Jean-Pierre et son assistant, Alexandre, font descendre des micros pendus à des câbles jusqu'au-dessus de l'orchestre.

Les micros ne sont pas placés au hasard, loin de là ! Leur positionnement est le fruit d'un calcul très inspiré. Il dépend de l'ampleur de l'orchestre, de l'endroit où se trouvent les instruments et du style de musique interprétée par les musiciens.

Avant de placer ses micros, Jean-Pierre lit les partitions (à moins qu'il ne connaisse très bien les pièces). Il tient à comprendre et à rendre l'esprit de l'oeuvre. Son approche dépendra de l'écriture. Quels instruments ressortent ? Quels types d'échanges les musiciens ont-ils les uns avec les autres ? Le compositeur fait-il intervenir un choeur ou une cantatrice ? Jean-Pierre dispose de plusieurs types de micros qui lui permettent de saisir le son selon ses besoins.

Le preneur de son apprend d'abord à apprivoiser le son de chacun des instruments pris individuellement. Ensuite, il peut s'attaquer à un orchestre. Beaucoup d'éléments sont alors à considérer : la profondeur de la scène, l'acoustique de la salle (l'effet de réverbération, par exemple), les particularités des différents instruments (cuivres, percussions, vent), leur proximité (un son peut en partie en couvrir un autre !), ainsi que les interactions entre les musiciens.

» Étape 2 : S'allier l'équipe de scène
 
Dans sa démarche, le preneur de son n'est jamais seul. Le réalisateur de l'émission à laquelle sera diffusé le concert l'accompagne.

Autre personne-clé en musique classique : le chef d'orchestre. Le preneur de son doit comprendre son rôle, connaître son style et ses habitudes. Saisir vite ce qu'il attend de ses musiciens. Bien sûr, le preneur de son peut équilibrer, corriger, rehausser un son. Mais où commence sa responsabilité par rapport à celle du chef d'orchestre, des musiciens, des techniciens et des régisseurs de scène ? Question complexe, résolue à force de communication et d'entraide... C'est quand chacun comprend l'importance de l'apport de l'autre que le travail d'équipe est le plus efficace.

Dans l'effervescence qui précède un concert, le preneur de son se fait très discret. Moins il pose de contraintes, plus l'orchestre se sent à l'aise et mieux il joue.

» Étape 3 : Recréer l'oeuvre sonore en régie
 
Le preneur de son est un artiste, pratiquement au même titre que le musicien. Il rend sa propre interprétation d'une oeuvre, d'une part en choisissant le positionnement des micros, d'autre part en façonnant le son à l'aide de sa console, alors qu'il se trouve à la régie. Le travail en régie se fait avant le concert, au moment des tests de son, puis en direct, pendant sa diffusion.

Jean-Pierre se compare poétiquement à un peintre. Il joue avec les sons comme il le ferait des couleurs, atténuant ceci, mettant l'accent là, dissimulant tel défaut, jamais au hasard, toujours dans la volonté de créer un effet intéressant à la radio.

C'est cette habilité à jouer avec les sons, à enrober, équilibrer, voire recomposer une oeuvre qui fera la renommée d'un preneur de son. Avec le temps, Jean-Pierre a développé sa manière, sa signature. Ses collègues lui reconnaissent d'ailleurs un petit faible pour la contrebasse...

Reportage : Jacinthe Bussières




La partition : s'approprier le style musical pour mieux rendre l'oeuvre.
(1 min 31)




De la passerelle, des micros sont pendus à des endroits stratégiques, au-dessus de l'orchestre.




Une subtilité du métier : savoir composer avec les « défauts » de l'acoustique
(21 s)


Pour capter la musique des solistes, des micros sur pied…


...reliés, comme ceux de la passerelle, à la console de son de la régie au moyen d'une foule de câbles.


Comment balancer voix et instruments ? À la régie, on discute...
(1 min 26)



Le son, en clairs-obscurs : ses rapports avec la peinture
(1 min 8)


La radio et le concert : une expérience différente (37 s)
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