Affectateur international
 
« Une vraie journée de fou ! ». Il est 10 h 10 et, depuis son arrivée à 4 h 25, Gilles LeBigot n'a pas eu cinq minutes pour se dégourdir, boire, manger ou aller au petit coin.

En quatre heures seulement, il a écouté et évalué une vingtaine de reportages provenant d'Asie, d'Océanie, d'Europe, d'Afrique ou du Moyen-Orient. Tous des sujets demandés à des correspondants postés à l'étranger pour satisfaire aux besoins de la salle des nouvelles.

ll nous explique, en quatre temps, ce qu'est le métier d'affectateur international.

Étape 1 : Connaître les besoins du pupitre
Étape 2 : Trouver les journalistes
Étape 3 : Gérer les affectations et la diffusion des reportages
Étape 4 : Souffler et faire le vide !


» Étape 1 : Connaître les besoins du pupitre
 
L'affectateur aide le chef de pupitre à composer les bulletins de nouvelles en lui fournissant des reportages internationaux. Ses critères : la nouveauté, l'importance de la nouvelle et l'urgence d'en traiter, les conséquences attendues, les liens avec le Canada. Ses contraintes : les sujets imposés par l'air du temps et la place plus ou moins grande qu'occupe l'actualité nationale.

L'affectateur ne choisit pas seul les sujets. Il communique constamment avec le chef de pupitre. Assis face à face, les deux se parlent ou se font des signes. Un clin d'œil ? « Oui, le sujet s'impose, je prends. » Un mouvement vague de la main ? « Non, laisse tomber, compte tenu des sujets qu'on a à traiter, ça peut attendre… »

Faute de temps d'antenne ou d'intérêt, Gilles doit refuser des dizaines de sujets de reportages par jour. Brigitte Morissette, qui travaille à Mexico, en sait quelque chose. Elle propose un reportage sur la privatisation des aéroports mexicains. Passera, passera pas ?
Écouter: une conversation entre Gilles et ses assistants, puis avec Brigitte (3 min 52)

» Étape 2 : Trouver les journalistes
 
Gilles collabore soit avec des correspondants de Radio-Canada à l'étranger (à Washington et à Paris), soit avec des pigistes globe-trotters. Il communique avec une bonne quinzaine de journalistes par jour. Il leur propose des sujets de reportages, entretient son réseau… et prend aussi quelques nouvelles, histoire de maintenir le moral de ses collaborateurs, seuls au bout du monde.

Lorsque l'affectateur a besoin d'un reportage, sur une inondation en Inde, par exemple, il consulte sa base de données pour savoir qui se trouve à proximité de l'événement. Il rejoint alors le journaliste, souvent grâce à son cellulaire, et lui demande s'il a l'intention de se rendre sur les lieux.

C'est le pigiste, en effet, qui décide de son emploi du temps et de ses déplacements. Plus il fait de reportages, plus il est rémunéré. Alors, un vrai de vrai se tient toujours prêt ! Ne reste qu'à discuter du contenu du reportage et de l'heure de livraison.

De nombreux journalistes appellent l'affectateur pour lui proposer des reportages. Parfois, Gilles les accepte, parfois non. S'il reste trop peu d'espace à combler dans le bulletin, l'affectateur préférera dire non à un reportage plutôt que de diffuser une information incomplète. Bien sûr, l'affectateur ne tient pas compte exclusivement de la durée du reportage. Il évalue l'importance de la nouvelle et l'urgence de la diffuser. Une catastrophe aérienne, par exemple, trouvera toujours sa place dans un bulletin !

» Étape 3 : Gérer les affectations et la diffusion des reportages
 
L'affectateur doit justifier les dépenses encourues pour les reportages internationaux. Tout reportage commandé doit être diffusé, à moins qu'il ne soit plus à jour au moment venu.

Gilles dispose, entre autres, de listes informatiques pour gérer ses affectations, mais ses outils les plus efficaces demeurent son jugement éditorial et sa fermeté : savoir dire non à un reportage qu'il juge peu pertinent ou à un autre transmis dans de mauvaises conditions. Vivre l'événement de l'année en direct intéressera peu l'auditeur si la voix du courageux journaliste, transmise par son cellulaire, arrive distordue dans son récepteur ! Pour Gilles, la qualité du son prime sur la primeur.

» Étape 4 : Souffler et faire le vide !
 
Vous pensez être fait pour le métier d'affectateur international ? Sachez qu'il exige des nerfs d'acier et une capacité de récupération hors du commun !

Les journées de Gilles relèvent du combat : discuter avec des chefs de pupitre et des journalistes, vendre des sujets, en refuser d'autres, expliquer et justifier ses décisions auprès des uns et des autres, calculer le temps qui reste, toujours et encore…

Posté au cœur du maelström qu'est l'actualité internationale, il doit tout de même garder la tête froide et l'esprit clair. Des milliers d'événements se produisent chaque jour dans le monde. Parmi eux, l'affectateur en choisit une vingtaine.

Par chance, Gilles s'est toujours passionné pour l'actualité internationale. Son rythme de vie s'apparente d'ailleurs à celle d'un grand voyageur : levé quotidiennement à 3 h, couché à 19 h, il subit chaque fin de semaine les effets d'un décalage Montréal-Paris. Son secret pour faire descendre l'adrénaline : le sauna, un peu de yoga et la promesse d'une excursion annuelle dans quelque lointain pays du monde…

 
Reportage : Jacinthe Bussières
 
Archive audio : « La préparation du bulletin de nouvelles de 8 h », avec Raymond Archambault, Michèle Descent, Gilles Le Bigot et Renée Vaillancourt, C'est la faute aux médias, 25/09/1995, 16 min 39




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