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Frederic Tremblay
Audio fil du vendredi 14 décembre 2018

Les humeurs de Rosalie sur le plaisir d’écrire

Publié le

Montage de Rosalie Dumais-Beaulieu avec un crayon appuyé sur une feuille de papier en arrière-plan.
Dans sa chronique hebdomadaire, Rosalie Dumais-Beaulieu nous parle de sa passion pour l'écriture.   Photo : Radio-Canada / Jessica Prescott

Ça fait déjà cinq mois que je m'adonne à ces chroniques hebdomadaires. Ça veut dire que chaque semaine, je dois m'asseoir devant mon ordinateur et écrire. Être forcé d'écrire pour moi ça n'a jamais vraiment été un problème.

Un texte de Rosalie Dumais-Beaulieu

Ma machine à mots est en marche depuis longtemps, elle connaît la procédure. Déjà, quand je savais à peine écrire… je savais que j’aimais écrire. Quand on m’a donné mon premier cahier, je savais que l’histoire venait de commencer, et c’était moi qui allais la griffonner.

C’est une histoire qui a commencé de quelques coups de crayon gribouillés à la lampe de poche, sous les couvertures, trop tard pour le dire à ma mère. J’avais la timidité pognée au fond de la gorge, mais le crayon qui n’allait pas assez vite pour tout dire ce que j’avais à dire. J’étais une collectionneuse de p’tits bouts de papier pliés cent fois et cachés sous le matelas. Mon matelas a caché des centaines de mots gênants que je ne pouvais pas dire à mon kick, de la colère crachée en envolée lyrique, des réflexions poussées jusqu’à tard. Et jamais, ô grand jamais, quelqu’un ne devait plonger le nez dans mes mots cachés.

C’est pour ça que ça m’étonne de raconter mes p’tits bouts de papier pliés au micro aujourd’hui. Écrire, ça a toujours été mon échappatoire. Mon régulateur d’émotions qui s’éparpillent. Mon crayon sait toujours mieux que moi comment raconter ce qui se passe en dedans. Il donne des ailes à mes épaules trop lourdes sous le poids de ma tête. Et je sais que ces ailes-là peuvent pousser, peu importe la main qui tient le crayon. L’écriture, ça libère et ça ne regarde pas le propriétaire.

Tout le monde devrait écrire même quand les p’tits bouts de papier sont envahis de fautes d’orthographe. Même s’ils ont juste trois ou quatre mots et qu’on ne les trouve pas assez beaux. Il faut écrire même si on se dit que c’est quétaine, que c’est niaiseux, que ça ne sert à rien, que ça va sortir tout croche, qu’on a peur.

Je dis ça parce que crier sa créativité sur papier ça change le monde des fois, même si c’est juste notre petit monde à nous. On devient tous des crayons plus aiguisés à force de griffonner.

Moi j’écris tout le temps, j’écris quand j’ouvre la télé et que je n’ai pas de mots tellement ça brasse de l’autre côté. Écrire ça me libère même quand je vois les atrocités du monde passer aux nouvelles. Quand je me dis que ça ne tourne pas rond, le p’tit bout de papier plié lui reste droit et je m’y accroche.

Depuis mes histoires racontées à la lampe de poche avant de me coucher, j’ai eu le temps de comprendre que ça irait mieux si toute la colère du monde avait le temps de décanter sur papier avant d’être crachée dans la réalité. Et aujourd’hui, j’espère que dans toute leur légèreté, mes p’tits bouts de papier dépliés juste pour vous sont un petit baume dans un monde trop souvent barbouillé.

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