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Jean-Pierre Girard
Audio fil du vendredi 19 octobre 2018

Les humeurs de Rosalie sur le cannabis légal

Publié le

Rosalie Dumais-Beaulieu et une image de cannabis
La journaliste Rosalie Dumais-Beaulieu   Photo : Radio-Canada / Vicky Boutin et Julien Lecacheur

C'est rare que j'éprouve de la difficulté à trouver les mots pour parler d'un sujet. Pourtant, le sujet de cette semaine s'imposait, comme un éléphant dans le studio, un paquebot dans l'actualité. Comme une bombe larguée le 17 octobre, une bombe légalisée. Est-ce qu'il me reste encore de l'encre pour couler mes pensées ou on a tout essoré ce qui pouvait être commenté pendant cette ère canabisée?

Un texte de Rosalie Dumais-Beaulieu

Il y a eu la parade de chroniqueurs qui avaient leur mot à dire, la délégation de journalistes qui explorent le sujet de toutes les façons possible, le contingent de fumeurs aguerris qui s’en moque pas mal, les cris du cœur d’une mère dont l’enfant à l’avenir prometteur s’est assombri après une soirée emboucanée, les histoires de peur de joint qui aurait fini par passer entre les mauvaises mains. Mais on dirait qu’une fois que la parade est passée, je ne sais pas plus quoi penser.

Pour m’aider à raisonner, on m’a dit que penser à nos voisins du Sud qui sont passés par là, ou encore aux Pays-Bas ou y’a rien là. Moi je ne fume pas, je ne connais rien à tout ça. Je peux seulement me laisser influencer par l’encre qui a coulé ou les mots qui ont raisonné.

Mais j’ai 21 ans et ma cour d’école du secondaire n’est pas très loin de moi. Je me rappelle que je me suis moi aussi sentie moins hot parce que je n’avais pas la boucane au bout des lèvres pendant un party. Quand tu défiles ton Instagram pis que c’est vert partout et ça a l’air paisible comme toute, pis que tu penses que t’as raté ta vie parce que t’as pas osé embarquer sur le nuage puffé pour te laisser flotter. J’en vois déjà une gang me dire que c’est cliché, mais c’est comme ça que je me sentais quand même. À 21 ans, je me rends compte que tout le monde fait bien ses petites affaires si ça y tente, que je peux fumer si ça m’enchante, et SURTOUT, j’ai le droit d’être enchantée de ma sobriété.

L’affaire, c’est que les démons du pot n’iront pas nécessairement hanter tous les êtres vulnérables de la société, ils ne s’installeront pas nécessairement dans la tête pour l’éternité. Mais ça peut arriver. Pis ça me fait penser au vin. On a renommé un jour de la semaine en son honneur, il est réseauté, photographié, cogné, absorbé et on peut ben tous en rigoler. Sauf que faudrait peut-être faire attention de ne pas s’y noyer.

Je ne sais toujours pas si ma chronique mérite d’être écoutée. Je pense que je préfère laisser flotter la réflexion. Que chacun se demande s’il n’est pas en train de se faire emporter, par la puff, par la masse, par la peur, par la vague médiatisée. Que chacun regarde ce qu’il tient dans les mains, une coupe ou un joint, qu’il se demande si c’est sain. La réponse je ne la connais pas. Mon micro aura peut-être servi à faire travailler les pensées, à ramener sur terre ceux qui se sont perdus dans le vert, à faire lever les drapeaux quand c’est trop, à te rassurer quand t’as pas vraiment envie de t’embarquer, à consommer si ça te rend heureux, mais surtout à fonctionner même quand ça ne te coule pas dans les veines. Si je réussis ça, ça aura valu la peine.

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