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Jean-Pierre Girard
Audio fil du vendredi 10 mai 2019

Les humeurs de Rosalie… qui part en voyage!

Publié le

Rosalie Dumais-Beaulieu devant un mur de photographies de voyage.
Rosalie Dumais-Beaulieu partage son amour pour les voyages.   Photo : Radio-Canada

Je pars en voyage la semaine prochaine en France et en Écosse. J'ai donc décidé d'aller rendre visite à mes grands-parents avant mon départ. En discutant avec mon grand-père, je me suis bien rendu compte qu'il ne comprenait pas pourquoi je m'en allais aussi loin.

Un texte de Rosalie Dumais-Beaulieu

Pourquoi chaque année je ressens le besoin de partir en voyage? Pourquoi tous les jeunes de mon âge ont tous l’air d’avoir la même passion, c’est-à-dire, prendre la poudre d’escampette aussitôt que possible?

Pourquoi je pars, grand-papa? C’est bien compliqué. Moi-même, des fois, je me demande pourquoi je m’inflige ça. Pourquoi est-ce que je me complique la vie? Ah, grand-papa.

Je pense que j’ai besoin de me perdre. J’ai besoin d’apprendre à déchiffrer une carte routière. Je sais que ça peut paraître bien niaiseux pour toi grand-papa, mais moi ça ne m’arrive pas souvent de me donner le luxe de me perdre et de fermer le clapet à Google Maps pour une fois.

Ici, je suis toujours en train de parler, de raconter, de partager quelque chose. J’ai envie de me taire pour une fois grand-papa. J’ai envie que ce soit le reste du monde qui m’apprenne quelque chose. J’ai envie d’avoir le souffle coupé par une montagne, j’ai envie que la vue me dise d’arrêter de parler pour mieux l’admirer. J’ai envie d’entendre les accents, le brouhaha et le calme d’un coin du monde oublié. J’ai envie d’avoir de la difficulté à me faire comprendre et d’avoir à redoubler d’imagination pour inventer mon propre langage des signes.

J’ai envie de m’effacer pour un p’tit bout et de laisser mon billet d’avion me redéfinir. Quand je voyage, grand-papa, je ne suis plus tout à fait la Rosalie que tu connais par cœur. Même moi, je ne me reconnais pas, mais je m’aime en maudit. J’ai développé une Rosalie en version améliorée, et j’aimerais ça un jour te la présenter.

Puis tu sais comment j’suis gênée des fois, grand-papa... Tu le sais que je ne connais pas beaucoup de monde, que je fais mes p’tites affaires dans mon coin toute seule, tout le temps. Mais en voyage, je n’ai plus de gêne, d’orgueil, de peur, d’anxiété, de poids sur mes p’tites épaules frêles. Sais-tu à quel point ça fait du bien ça des fois grand-papa? Légère, je le sais que je peux voler. Il n’y a pas un océan qui me fait peur.

Je le sais grand-papa que je suis tellement chanceuse et privilégiée, j’ai conscience que chaque sou amassé est drôlement bien investi. Je l’investis dans des villes visitées avec un local, dans un plat typique cuisiné dans une maison inconnue où on m’a invitée, dans un coucher de soleil qui s’imprime dans ma tête.

Des fois, quand je pars, je me dis que je retourne à la maison. Je sais que c’est compliqué à comprendre grand-papa. Je m’en vais, mais je me retrouve. J’essaie de ramener cette moi que j’ai tant de difficulté à garder à la maison. C’est ben compliqué tout ça, mais si tu veux, un jour, grand-papa, je pourrais peut-être te montrer.

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